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Chine, le silence des marchés est-il inquiétant ?
Le risque chinois a-t-il disparu ? Malgré la publication il y a quelques semaines d’un PIB pour le troisième trimestre en hausse de 7,3% seulement, soit son plus faible niveau depuis 2009, les marchés ont à peine réagi à la nouvelle. Et c’est le cas depuis le début de l’année, à chaque annonce de PIB pourtant plus basse que l’objectif visé par le gouvernement.
En juin 2013 pourtant, le risque bancaire et en particulier l’explosion de la bulle du crédit avait créé une mini panique dans le secteur financier mondial, après la faillite de plusieurs entreprises chinoises incapables de rembourser leurs emprunts et les rumeurs d’un défaut temporaire de People Bank of China. Le taux interbancaire chinois Shibor s’était alors fortement tendu, traduisant un assèchement des liquidités dans le système financier du pays, sans que la banque centrale n’intervienne. Une façon pour la BoC de contraindre les banques à adopter une politique plus disciplinée. En avril 2013, Fitch avait également abaissé la note de l'Empire du Milieu d'un cran, à AA-, précisant toutefois que le pays avait les moyens de faire face à une nouvelle crise du secteur financier.
Depuis, c’est donc surtout les nouvelles macros qui auraient pu continuer d'inquiéter les marchés, les indices PMI ayant affiché plusieurs fois des niveaux relativement faibles pour le pays (en dessous de 50 en janvier 2014 ou à 50 tout juste en mai dernier). L’indice Li Ke Qiang, autre indicateur d’activité parfois considéré comme plus lisible que le PIB et basé sur la consommation électrique, le volume du fret ferroviaire et les prêts bancaires du pays, a fortement baissé depuis l’été 2013. Pour autant, pas de signe d’affolement sur les places financières. Sans doute parce que les marchés commencent à prendre au sérieux les velléités de réformes des nouvelles autorités chinoises, arrivées au pouvoir en mars 2013. Selon Xing Hu, responsable de la gestion actions chinoises chez Edmond de Rothschild Asset Management, le marché a pris conscience d’un changement de modèle de croissance, défendu par les autorités et fondé sur la consommation domestique. « La Chine est entrée dans une nouvelle phase, où la très forte croissance est derrière nous. Celle-ci devrait désormais plutôt tourner autour de 6% à 7% mais sera de meilleure qualité », explique Haiyan Li Labbé, analyste chez Carmignac ; « Xi Jinping sera l’un des plus grands réformistes de la Chine après Deng Xiaoping et Zhu Rongji », constate encore l’analyste.
Et les marchés ont effectivement obtenu de nombreux signaux d’évolution de la part des autorités. Ainsi, celles-ci ont entamé un vaste programme de réformes des sociétés étatiques, dont le meilleur exemple est l’ouverture de Sinopec, le deuxième pétrolier du pays, aux capitaux privés. Le but étant progressivement d’améliorer la rentabilité des entreprises publiques. L’entrée de capitaux privés et l’introduction d’un système de stock-options va effectivement permettre d’aligner les intérêts des gestionnaires et des actionnaires et aider à un meilleur contrôle des coûts. La rationalisation des coûts dans les entreprises chinoises concerne également les sociétés de plus petite taille : 10% des entreprises sont suspendues tous les jours depuis le début de l’année, afin de supprimer les surcapacités et fusionner entre elles celles qui ont la même activité. Les deux principales sociétés ferroviaires du pays s'apprêtent ainsi à fusionner en une seule, permettant ensuite à la nouvelle entité d’être beaucoup plus compétitive et réactive en termes d’appels d’offre internationaux. Autre signe tangible du changement de modèle de croissance de la Chine, le plan de lutte anti-corruption, qui a pesé sur la croissance et devrait être totalement terminé d’ici un an, selon Haiyan Li Labbé de Carmignac.
Quant au marché du crédit et au système bancaire, qui avaient affolé les marchés il y a un an, les autorités ont également mis en place des mesures pour les assainir. Le shibor a baissé et selon les analystes le pire de la période est passé, même s’il faudra sans doute encore deux à trois ans pour régler le problème des mauvais crédits. « Le risque relatif au système financier est encore important mais il est contrôlable car le pays possède d’importantes réserves, une épargne des foyers et des comptes courants très sains », explique encore Haiyan Li Labbé de Carmignac. De même, les provinces locales lourdement endettées sont en train d'assainir leurs bilans, réduisant ainsi le risque de faillite qui inquiétait les marchés il y a encore un an. Ainsi, un amendement à la loi budgétaire d'août dernier impose à ces provinces de publier avant janvier 2015 les chiffres définitifs de leur endettement, afin d'établir un meilleur diagnostic des régions les plus en peine. Par cet amendement, les provinces n'auront également plus le droit d'apporter des garanties de prêts à des sociétés privées ou à des véhicules financiers locaux. "La réforme fiscale chinoise progresse bien et devrait se terminer d'ici la fin de l'année 2016" explique Wei Yao, analyste à la Société Générale. "La politique fiscale du pays ne reposera plus sur des prêts bancaires leveragés ni sur le shadow banking mais sur des obligations gouvernementales saines", poursuit l'analyste.
Le scénario d’un crack financier est selon les analystes, peu probable surtout si les autorités montrent qu’elles sont en train d’appliquer leur programme de réformes. Le silence des marchés est donc une façon pour eux de signaler leur adhésion aux réformes entreprises par les nouvelles autorités, et de montrer qu'ils ont intégré le changement de modèle économique du pays; à moins d'un effondrement du système financier chinois, en cas de stress extrême, les bourses devraient donc rester calmes lors des prochaines annonces macros.
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