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L'OPEP a-t-elle remporté la bataille contre les Etats-Unis ?
La dégringolade de l’or noir est-elle terminée ? Après avoir baissé de près de 50% entre juin 2014 et janvier dernier, où le pétrole avait atteint un niveau plancher de 50 dollars le baril, il s’échangeait aujourd’hui autour de 63 dollars soit un plus haut depuis le début de l’année. Cette remontée des prix résulte en grande partie, selon les analystes, de la stratégie menée par l’OPEP depuis l’automne pour faire pression sur le marché du gaz de schiste américain.
Ainsi, les membres de l’organisation ont-ils refusé en novembre de réduire leur production journalière d’or noir, ce qui aurait permis de faire remonter les cours. Selon eux, le marché devait se rééquilibrer de lui-même. Mais le but non avoué était également de faire baisser le prix du pétrole jusqu’au niveau où l’exploitation des puits de gaz de schiste ne serait plus rentable pour les Etats-Unis. La production américaine du seul pétrole a en effet bondi depuis 2008, pour passer de 5 millions de barils par jour à 9,3 millions en décembre dernier et la production américaine est responsable de la majorité de la hausse de l’offre de pétrole depuis 7 ans. D’où l’inquiétude des pays du Golfe de voir leurs puits concurrencés et l’un de leurs principaux anciens importateurs avoir gagné son indépendance énergétique.
Six mois plus tard, la stratégie de l’OPEP pour contrer le développement du gaz de schiste a visiblement fonctionné : le Federal Energy Department américain a ainsi annoncé que deux des trois principaux champs pétroliers du pays connaîtraient une baisse de leur production entre avril et juin. Et le gisement du Nord Dakota a de son côté déclaré que la production du site Bakken Shale, l’un des plus importants du pays, avait diminué pour le second mois d'affilée. Enfin, le nombre de plateformes qui forent activement de nouveaux puits a diminué pour atteindre son plus bas niveau depuis 2010, à 760, soit deux fois moins qu’en octobre 2014.
L’OPEP elle-même a constaté hier dans son rapport mensuel que la production de gaz et pétrole de schiste en avril, mai et juin allait diminuer et atteindrait 13,65 millions de barils par jour, soit 60 000 de moins que lors de ses dernières prévisions de mars. Et l’organisation prévoit que la production devrait continuer de baisser d’ici la fin de l’année, pour atteindre finalement 13,59 millions de barils. Cette baisse de la production de gaz de schiste a en partie contribué à la hausse des prix du pétrole, qui a grimpé de 16% sur le seul mois d’avril.
Tout n’est pas si simple pourtant dans la guerre des prix larvée engagée entre les producteurs du Golfe et les Etats-Unis. Car les plateformes américaines ayant cessé leurs activités ces derniers mois, pourront reprendre les forages rapidement, si les prix regagnent le break-even. Or, selon Harry Tchilinguirian, de BNP Paribas, le break-even est situé autour 65 dollars le baril dans la plupart des régions où sont exploités le gaz et pétrole de schiste. Ce qui signifie qu’au-delà de ce prix, l’exploitation américaine redevient rentable. Le marché n’en est plus très loin. Selon Anne Louise Hittle, de Mackenzie, la production US pourrait effectivement diminuer au printemps mais repartir dès que les prix se seront stabilisés autour de 60 dollars.
D’autre part, les compagnies pétrolières américaines ont également compensé cette baisse des prix du Brent en concentrant leur forage sur les plateformes les plus rentables et en développant des technologies leur permettant d’accroître leur productivité. La baisse du nombre de forages ne se traduira donc pas forcément par une chute drastique de la production américaine. L’agence internationale de l’énergie est d’ailleurs assez confiante et estime que la production globale de pétrole cette année, sera supérieure à celle de 2014. Il faudra donc surveiller l’évolution du cours du Brent ces prochaines semaines pour connaître le réel impact du coût du pétrole sur l’évolution de la production américaine, qui est finalement sans doute plus flexible que ce que les membres de l’OPEP avaient envisagé.
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