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Walmart se pose en bon élève de l'American Dream
C'était l'un des thèmes centraux du discours sur l'état de l'union de Barack Obama, sur la partie économique. Le président avait appelé de ses voeux la hausse du salaire minimum, à 10,10 dollars de l'heure contre 7,25 dollars aujourd'hui au niveau fédéral.
Ce matin, Walmart a pris les devants en annonçant qu'il relevait de 1,75 dollar le salaire minimum de 500 000 salariés, soit près de 40% de son effectif, à 9 dollars de l'heure. Puis à 10 dollars en février 2016. Le P-dg du groupe a expliqué que l'activité de son groupe était avant tout basée sur les hommes, et que cette mesure pourrait améliorer le quotidien de ses employés, et fidéliser les meilleurs éléments. Rappelant qu'un caissier pourrait devenir directeur de magasin, qui pourrait lui-même accéder au poste de CEO un jour. Un beau plan de communication sur le thème de l'American Dream, mais cette décision a en réalité bien été prise pour des raisons plus matérielles et rationnelles.
D'une part, cette annonce populaire a un coût limité pour Walmart: si l'on prend en compte que tous les salariés travaillent au maximum de leur temps partiel, soit 30 heures par semaine, cela revient à un coût annuel de 1,5 milliard de dollars, soit 26 à 29 cents par action, alors que la société vient d'annoncer un profit annuel de 16 milliard de dollars au titre de 2014. L'impact est également ténu pour l'ensemble de l'économie, où les salaires représentent 7 500 milliards de dollars aux Etats-Unis.
Mais cette décision est également stratégique car elle vise non seulement à redorer le blason de la société, qui pâtit depuis de nombreuses années d'une mauvaise réputation en termes de gestion des ressources humaines, mais aussi à adresser un message fort à ses concurrents, Target, Costco ou encore Sears. La chaîne low-cost fait en effet face depuis quelques temps à une compétition de plus en plus forte sur les prix et ne dispose pas de certains produits dans ses supermarchés. Cette hausse des salaires vise à attirer les meilleurs employés dans un secteur très concurrentiel, et les inciter à s'aligner.
Cette hausse des salaires minimum a déjà été décidée par d'autres acteurs importants du retail: Gap avait décidé d'une même augmentation en deux temps à 10 dollars de l'heure il y a déjà un an, suivi par le suédois Ikea, qui avait relevé ses salaires minimum américains de 17% à 10,7 dollars de l'heure. En fin d'année dernière, ce sont les employés de fast-food qui avaient lancé un mouvement de grève, réclamant un salaire minimum à 15 dollars, soit une augmentation de 67% par rapport à aujourd'hui.
Mais cette fois, l'annonce vient d'un acteur d'une industrie aux marges beaucoup plus serrées, et envoie un signal fort sur l'économie. Avec un taux de chômage revenu à 5,7%, les Etats-Unis se rapprochent de leur niveau de plein emploi, et ce geste de Walmart sonne comme un aveu: les pressions à la hausse sur les salaires se font enfin jour, ce qui pourrait bientôt inciter une Fed encore hésitante à passer le cap de la hausse des taux.
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