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Le private equity piaffe pour les actifs des banques européennes
Les fonds sont candidats aux ventes distressed par les banques du Vieux Continent, mais elles tardent à se concrétiser. Le secteur est pourtant attractif pour un métier en mal de rendement.
"Le décalage entre le battage médiatique sur les ventes d'actifs par les banques européennes et la réalité est exceptionnellement important", a déclaré un responsable de KKR lors de la conférence SuperReturn, qui rassemble en ce moment les grands pontes du private equity à Berlin. Phrase qui traduit la frustration des fonds américains notamment, qui vantent depuis plusieurs années les opportunités à venir d'une rationalisation des bilans bancaires. A l'aune de Bâle 3 et des cessions d'actifs auxquelles devront se livrer les institutions sauvées par leurs gouvernement, le segment avait pourtant tout d'alléchant pour des investissements distressed.
Pourtant, la lame de fond tarde à se manifester. La BCE a largement contribué à retarder l'échéance, lorsqu'elle a prêté quelque 1 000 milliards d'euros à trois ans aux banques européennes au taux avantageux de 1%, fin 2011 et début 2012. Les politiciens locaux ont également oeuvré pour préserver les filiales en difficulté des banques (immobilier, crédit à la consommation), et que celles-ci soient le coup de pouce indispensable à la croissance.
Certains deals arrivent néanmoins à aboutir. Ainsi, Société Générale a finalisé la vente de sa société d'investissement américaine TCW à Carlyle en début d'année, Apollo a acheté des activités de prêts à la consommation en Irlande et en Espagne auprès de Bank of America, ou encore KKR a repris un portefeuille de prêts australiens à la Lloyds. Reste que certaines banques, sauvées par les pouvoirs publics comme RBS et qui doivent rembourser le contribuable, n'ont pas encore dégainé. Peu sont vraiment acculées à la cession, et elles se refusent à vendre ou à baisser leurs prétentions lorsqu'elles jugent le prix trop bas.
Mais les institutions européennes n'ont pas le choix, elles qui croulent encore sous 60 trillions de dollars d'actifs à leurs bilans, contre seulement 12 trillions pour leurs pairs américaines. La mise en oeuvre de Bâle 3 est inéluctable, et les dégraissages finiront par se produire. Le patron de l'Europe chez Blackstone, Lionel Assant, mise d'ailleurs beaucoup sur l'Espagne, qui malgré son niveau de chômage et l'état encore fragile de ses banques, s'attelle à moderniser son marché du travail, resserrer les liens avec l'Amérique latine et à chercher le retour de la croissance en interne. Pour lui, les deals à court terme devraient être de taille moyenne, entre 500 millions et 2 milliards d'euros. Dernière inconnue néanmoins: le résultat des élections italiennes, qui aboutit à un blocage politique temporaire du pays, va-t-il remettre en cause l'accalmie sur le front de la zone euro? Sur ce sujet, aucun n'a voulu se prononcer à chaud, tant l'incertitude est grande sur l'avenir.
Cela n'est pourtant pas une bonne nouvelle pour les fonds de private equity, qui ont encore beaucoup de capitaux disponibles à investir. Ceux-ci ont tiré les leçons de la crise et sont décidés à abonder davantage en equity dans le montage de leurs deals, malgré des taux de financement au plus bas sur les marchés. Par ailleurs, la faiblesse de la croissance mondiale rend de plus en plus difficile la création de richesse purement opérationnelle. "Il sera très difficile de reproduire les rendements traditionnels du métier, entre 20 et 25%", témoigne Leon Black, patron d'Apollo Management. Au-dessus de 15%, les LPs pourront être satisfaits, surtout étant donné les alternatives, a repris le CEO de Goldpoint Partners, Thomas Haubestricker. Mais les investisseurs pourraient trouver un plan B plus lucratif: co-investir aux côtés des fonds ou même en direct afin d'éviter de payer les fees.
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