WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux / Macro-économie

Macro-économie / Taux
Macro-économie

L'image de la France s'améliore, pas sa compétitivité

Alors que le Président français reçoit aujourd'hui plus d'une centaine de patrons étrangers pour leur vanter les mérites économiques du pays, une note de Coe-Rexecode souligne que la compétitivité de la France s'est encore dégradée l'an dernier.
Emmanuel Macron
Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a déroulé le tapis rouge aujourd'hui, pour accueillir les dirigeants des plus grands groupes internationaux et les convaincre d'investir et s'installer dans l'Hexagone. Les dirigeants de Google, Facebook, Alibaba, General Motors, Ikea ou encore Barilla sont en effet reçus en grande pompe à Versailles, pour une journée marathon où ils déjeunent avec le Premier ministre et rencontrent les représentants de Bpifrance et Business France, l'agence chargée d'attirer les entreprises internationales dans l'Hexagone. Les chefs d'entreprise vont également discuter des JO 2024, qui se dérouleront à Paris et seront une belle occasion pour eux de faire du business dans la capitale. Et, pour parfaire le tableau et montrer que la France est un pays à la pointe sur les sujets de demain, les chefs d'entreprise vont discuter intelligence artificielle avec le député Cédric Villani, chargé de rédiger un rapport sur le sujet et convié au grand raout de Versailles.

Cette grande rencontre souligne à quel point l'image de la France à l'international s'est améliorée depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron, et la mise en place de la réforme du droit du travail. Mais il reste encore du chemin à accomplir pour restaurer la compétitivité du pays. Ainsi, dans son rapport annuel sur le sujet, l'institut Coe-Rexecode a souligné que la position de la France sur la scène internationale ne s'était pas encore améliorée, malgré l'embellie de la conjoncture en 2017. Les parts de marché du pays se sont encore dégradées l'an dernier, regrettent les experts : ainsi la part des exportations françaises de biens et services dans les exportations totales de la zone euro est passée de 13,2% en 2016 à 12,9% en 2017. La diminution relative des exportations françaises depuis 2000 se poursuit donc, quand d'autres pays ont au contraire amélioré leur position. C'est le cas de l'Allemagne, dont les ventes de biens et services à l'étranger représentent désormais 29,2% de celles de la zone euro, contre 26,5% en 2000, soit une progression de 10%. L'Espagne et les Pays-Bas ont maintenu leur position, tandis que la France et l'Italie ont reculé (en 2000, les exportations françaises représentaient encore 17% des ventes de la zone euro).

Une dégradation de la compétitivité française par rapport à la concurrence européenne qui résulte principalement de la contraction de la base industrielle du pays, estime l'institut de recherche. La hausse des coûts salariaux des années 2000 a entraîné la disparition des entreprises industrielles les moins productives, tandis que les autres ont contenu les hausses salariales en modérant leurs prix, réduisant leurs marges et de fait diminuant leur capacité à innover. Certes, les mesures d'allègement des charges telles que le CICE et le Pacte de responsabilité ont aidé les entreprises industrielles françaises à redresser leurs taux de marge, qui a retrouvé son niveau de l'an 2000. Mais dans le même temps, celui des entreprises allemandes a progressé : la part de marges dans le PIB outre-Rhin est ainsi passé de 7,4% à 9% entre 2000 et 2016, quand elle a diminué, passant de 5,9% à 4,2% en France. "Un cercle vicieux s'est installé de façon structurelle, les pertes de parts de marché réduisant les débouchés de productions françaises et le recul relatif de la base industrielle réduisant nos capacités exportatrices ainsi que la variété de l'offre française", expliquent les experts de Coe-Rexecode. L'institut de recherche souligne également que les produits français sont toujours perçus comme trop chers et de qualité moyenne pour une innovation encore insuffisante, par rapport aux produits des concurrents. C'est du moins ce qui est ressorti de l'enquête qu'ils ont menée auprès de 500 importateurs européens issus de Belgique, d'Espagne, d'Allemagne, de France, d'Italie et du Royaume-Uni. 

Tout n'est pas noir cependant puisque la compétitivité/coût de la France s'est améliorée depuis 2012 : le coût horaire du travail a ainsi progressé de 5,4%, contre 7,1% en moyenne dans la zone euro, et contre 11,4% en Allemagne. Une amélioration qui résulte cependant davantage de l'allègement du coût du travail côté entreprises, grâce au CICE, qu'à une modération des salaires. Si la politique de baisse de charges a réduit la divergence de coûts salariaux avec l'Allemagne, elle est donc encore loin de l'avoir comblée. "La perte de compétitivité coût observée depuis 2000 par rapport à notre principal concurrent qu'est l'Allemagne n'a été résorbée qu'à hauteur d'un quart par les allègements du CICE et du Pacte de responsabilité", résume ainsi Coe-Rexecode. 

Les gains que la France pourrait réaliser en restaurant sa compétitivité devraient en tout cas conforter le gouvernement Philippe dans sa volonté d'accélérer les réformes : selon les calculs de l'institut de recherche, si la part de marché de la France était restée à son niveau de 2000, le montant de ses exportations de biens et services serait de 210 milliards d'euros au-dessus de son niveau actuel... Le manque à gagner cumulé depuis 2000 est de 1.700 milliards d'euros. Un chiffre à donner le tournis. 

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article