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La guerre des changes n'aura pas lieu
“Au cours des derniers mois, le référendum britannique et l’élection présidentielle américaine ont ravivé la crainte exprimée dès 2010 par le ministre des Finances brésilien, G. Mantega, d’une guerre des changes internationale, avance Olivier Chemla, chef économiste de l’Association française des entreprises privées dans une étude qui vient d'être publiée. Dans le contexte de sortie de la grande récession, chaque pays aurait cherché à déprécier sa devise afin de gagner en compétitivité-prix, relançant le risque des politiques du chacun pour soi, d’où le paragraphe régulier des déclarations du G20 sur la question.” A partir du taux de change effectif réel, pour tenir compte de l’inflation et de la structure des échanges, il met ainsi en avant un creusement entre les principales monnaies qui s’accentue depuis 7 ans : le dollar et le Yuan se sont régulièrement appréciés quand l’Euro et le Yen se sont dépréciés, le second bien plus que la monnaie européenne. Quant à la livre sterling, elle a fait un parcours à part. “Au Royaume-Uni, la livre était sur une trajectoire d’appréciation jusqu’à la fin 2015, avant le net retournement constaté suite au référendum de juin 2016”, relève l’AFEP.
Ces écarts peuvent-ils s’expliquer par une guerre des changes ? Faut-il y voir un parallèle avec l’après-crise de 1929 ? “Les dévaluations compétitives des années 30 faisaient suite à un choc déflationniste symétrique dans un univers de changes fixes, rappelle Olivier Chemla. La grande récession de 2008-2009 a représenté un choc asymétrique. Là où les économies avancées vivaient un recul de l’activité et des pressions déflationnistes, plusieurs émergents étaient en surchauffe (fortes croissance et inflation)”. Ce qui explique une absence de coordination au niveau international, post-crise. “Une coordination optimale aurait requis une politique budgétaire nettement plus restrictive chez les émergents afin de contrer les effets de l’expansionnisme monétaire des avancés, explique l’étude de l’AFEP. Cette coordination n’a pas eu lieu pour des raisons politiques (impopularité du resserrement budgétaire), les émergents préférant recourir à des mesures protectionnistes et de contrôle des capitaux.” Mais ce n’est peut être pas une mauvaise nouvelle. “D’un point de vue théorique, plusieurs arguments montrent les limites d’une telle approche (différences de position des économies dans le cycle, décalage entre le contexte dans lequel un accord est négocié et celui où il est mis en œuvre…) en sus des questions institutionnelles (la légitimité de la politique économique reste très largement nationale).”
Au final, si “guerre des changes” il y avait, elle s'avèrerait inutile. “A partir d’un modèle de commerce international comportant les principales économies (les pays du G7 et les BRIC à partir de données désagrégées sur la période 1996-2011), les économistes Benkovskis et Wörz montrent que l’évolution des parts de marché à l’export est avant tout déterminée par des facteurs non pécuniaires (goût des consommateurs, qualité des produits…) et ce, quel que soit le pays : ainsi, c’est la compétitivité hors-prix qui expliquerait la montée des émergents et, symétriquement, le recul des pays avancés”, rapporte Olivier Chemla.
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