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Martin Bouygues ferme la porte à Patrick Drahi. Définitivement ?

Le patron de Bouygues n'a laissé planer aucun doute ce matin sur les raisons de son refus de l'offre du nouveau tycoon des télécoms. Celui-ci devra donc revoir sa copie pour l'emporter. Une aubaine pour l'Etat qui redoutait une consolidation aux forceps.
Bouygues - logo
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« Tout n’est pas à vendre », « tout n’est pas une question d’argent » : Martin Bouygues avait l’air passablement déterminé ce mercredi matin sur l’antenne de RTL pour commenter la fin de non recevoir apposée la veille au soir par son conseil d’administration à l’offre de Patrick Drahi sur la filiale télécoms. Les termes, résolument, brutaux semblent démontrer à quel point le numéro un de Bouygues a décidé de claquer la porte au nez du nouveau tycoon des télécoms. Car au-delà des raisons profondes de ce refus, il y a aussi l’exaspération vis-à-vis des méthodes retenues, comme celle d’avoir lâché l’information du lancement de son offre dans les médias, donnant ainsi l’impression que l’opération était faite.

C’était donc aller un peu vite en besogne puisqu’à l’unanimité, le conseil de Bouygues a refusé les généreuses propositions du patron d’Altice. Ce qui ne veut pas dire pour autant que ce dernier ne va pas revenir avec une offre améliorée. Mais sur quel volet peut-il rendre plus acceptable sa demande en mariage ? Très certainement pas sur celui du montant proposé puisqu’à 10 milliards d’euros, Patrick Drahi a placé la barre déjà très haute. Si haute même, qu’elle a déjà commencé à faire tiquer certains analystes jugeant que cette somme était un peut trop généreuse par rapport aux niveaux de profitabilité de la filiale et des économies de coûts qu’elle allait imposer. Proposer plus mettrait d’ailleurs Martin Bouygues en contradiction avec ce qu’il a mentionné ce matin puisque cela voudrait dire que l’acquéreur devrait trouver encore plus d’allègements de charges (donc plus de coupes sombres dans les effectifs) pour équilibrer son plan de financement.

Le président d’Altice pourrait éventuellement donner plus d’assurances sur le volet financier de son offre en proposant un peu plus d’ « equity » au lieu de tout fonder sur de la dette. A cette occasion, Bouygues pourrait recevoir des titres Numericable-SFR et ainsi finalement participer au destin du nouveau groupe créé avec Bouygues Telecom. En comptant l’autocontrôle, Altice détient 80% de Numericable-SFR. Ce qui lui laisserait la possibilité de se voir dilué sans perdre le contrôle de sa filiale dans le cadre d’une offre moitié cash, moitié actions. Mais Patrick Drahi a-t-il envie d’ouvrir le capital de sa pépite française qui capitalise 24 milliards d’euros ? En attendant, le risque financier évoqué n’est pas si certain que cela puisque BNP Paribas et JPMorgan ainsi qu’un pool de banques ont accepté de garantir l’opération à 10 milliards d’euros.

Restent aussi les volets les plus bloquants aujourd’hui : le risque d’exécution et social. Bouygues redoute en effet que les exigences de l’Autorité de la concurrence ne conduisent à un démantèlement de sa filiale télécoms et ce, essentiellement dans le fixe ou la clientèle professionnelle. Socialement, il est clair qu’il serait difficile de maintenir la configuration actuelle ne serait-ce qu’en raison des impératifs de synergies à trouver pour être en adéquation avec le montage financier.

L’Etat qui redoutait une consolidation aux forceps dans les télécoms peut souffler: Martin Bouygues conserve donc, pour l’heure, sa filiale. A voir maintenant si Bouygues Telecom peut durablement vivre seul. Patrick Drahi a, certes besoin d'acquérir de nombreux actifs pour les mettre en collatéral dans ses plans de financement. Mais la France n'est pas son seul terrain de jeu, comme on a déjà pu le voir. S'il ne parvient pas à obtenir gain de cause sur BT, il ne devrait pas mettre longtemps à trouver d'autres cibles en Europe ou aux Etats-Unis où il a déjà commencé à faire quelques emplettes. 

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