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L'Oréal : Nestlé a dorénavant toute latitude pour dégainer, ou pas
Ce 21 mars ne correspond pas seulement à l’arrivée du printemps. Cela fait en effet six mois que Liliane Bettencourt est décédée. Ce qui veut dire que c’est aujourd’hui que devient caduc le pacte d’actionnaires liant le Suisse Nestlé à l’Oréal. Ce Pacte date de 1974 et prévoyait qu’aucun des deux signataires ne pouvait augmenter sa participation dans le groupe de cosmétiques. Sachant qu’à ce jour la famille Bettencourt possède 33,1% de son capital et Nestlé 23,17%. De quoi alimenter toutes les rumeurs et tous les scénarios, vu les forces en présence aujourd’hui.
S’il semble assez vraisemblable que le nouveau patron du groupe helvétique, Mark Schneider, n’ait pas l’intention à court terme de vendre sa participation, étant donné ce que lui rapporte tous les ans ces titres, il est difficile d’appréhender le pouvoir de nuisance de son nouvel actionnaire (à hauteur de 1,3%), l’activiste Third Point qui a déjà largement communiqué sur sa volonté de voir Nestlé vendre sa participation dans le groupe de cosmétiques pour se concentrer sur de nouvelles cibles. Certes, avec 1,3%, l’activiste ne peut pas faire grand-chose par la force. Mais c’est quand même sous son influence que la direction de Nestlé a récemment indiqué qu’elle ne comptait pas renouveler le fameux pacte d’actionnaires, « afin de maintenir toutes les options ouvertes dans l’intérêt des actionnaires ».
Concession en trompe-l’œil ou véritable allégeance ? Lorsqu’une entreprise est prise dans les maillons d’un investisseur activiste, elle doit certes faire preuve de bonne volonté, sous peine de mécontenter tous ses actionnaires qui ne comprendraient pas pourquoi elle ne concentre pas tous ses efforts pour améliorer soit sa gouvernance, soit ses performances financières et boursières.
Dans le cas de Nestlé, l’entreprise connaît effectivement depuis quelques années un ralentissement, tant de son activité que de ses marges bénéficiaires. En 2017, elle a ainsi affiché sa plus faible croissance organique depuis vingt ans, à 2,4 % tandis que son bénéfice net a reculé de 15,8%, à 7,2 milliards de francs suisses. Dans le but de rassurer ses actionnaires, la direction s’est d’ailleurs engagée sur un programme de rachats d’actions pour un montant de 20 milliards de francs suisses (17 milliards d’euros).
Dans ce contexte, il n’est donc pas permis d’exclure une éventuelle cession du bloc de titres L’Oréal. Jean-Paul Agon l’a bien compris qui est sorti de sa traditionnelle discrétion le mois dernier pour indiquer que s’il était à vendre, il se porterait acquéreur de ce bloc. Les moyens ne manquent pas : entre sa participation dans Sanofi, sa trésorerie et sa capacité d’endettement auprès de banques qui ne demandent qu’à lui prêter de l’argent, il est effectivement très à l’aise pour financer ce projet.
De très importants enjeux en perspective, cette participation étant actuellement valorisée un peu plus de 23 milliards d’euros. Bougera, bougera pas ? La balle est maintenant dans le camp du Suisse qui a toute latitude pour dégainer. Ou pas.
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