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Les deux énormes erreurs du budget proposé par Donald Trump

En visite au Moyen-Orient, Donald Trump a laissé à son gouvernement la lourde tâche de présenter un budget 2018 ultra-rigoureux, avec des coupes massives dans les programmes sociaux. Mais il repose surtout sur une croissance à 3% et ne prend pas en compte les coûts de ces réformes.
Donald Trump
Donald Trump

Donald Trump a fait un double affront à ses électeurs qu’ils pourraient bien ne pas lui pardonner : présenter un budget extrêmement rigoureux avec des réductions dans toutes les dépenses sociales, et qu’il n’a même pas daigné défendre lui-même, puisqu’il était en plein voyage au Moyen-Orient. Il a donc laissé cette tâche pénible à son directeur du Budget, Mick Mulvaney, qui a lâché des phrases comme « il faut faire des suppositions dans un budget », lorsqu’il a voulu justifier que la réforme fiscale était considérée comme neutre au plan financier.

Dans le détail, le budget 2018 réduirait les dépenses de 4 500 milliards de dollars sur dix ans, dont 1 700 milliards dans les aides sociales. Il réduirait ainsi de 600 milliards de dollars Medicaid, le programme d’assurance santé pour les plus pauvres, les bons alimentaires de 193 milliards de dollars ou encore les programmes d’aide sur la dette étudiante de 143 milliards de dollars. Il prévoit en revanche une hausse de 10% des dépenses militaires ou encore 2,6 milliards pour la protection des frontières, un grand plan d’infrastructures et pour cela, souhaite contourner l'obligation de ne pas aggraver le déficit en étendant les dépenses budgétaires au-delà de dix ans.

« Je déteste dire ça, mais je dirais que ce budget était mort avant que l’encre n’ait séché dessus », a déclaré Don Young, député républicain de l’Alaska. De fait, ce projet n’a aucune chance de passer un vote du Congrès en l’état, et devra être modifié substantiellement, de nombreux républicains le qualifiant volontiers de budget le plus conservateur présenté depuis des décennies. Il repose en réalité sur une estimation totalement fantaisiste et un « oubli » saisissant.

Tout d’abord, le gouvernement compte sur une croissance à 3% pour financer ce budget mais n’offre aucun détail sur les manières de parvenir à ce sursaut de croissance. Si la croissance américaine a atteint 3% et plus dans les années 90 et au début des années 2000, le PIB a ensuite reflué et n’a progressé que de 1,6% en 2016, sa plus faible performance en cinq ans. La Fed et le bureau budgétaire du Congrès ont eux-mêmes tablé sur une croissance inférieure à 2% sur le long terme aux Etats-Unis. En réalité, ce plan pourrait faire grimper la dette de 5 500 milliards de dollars sur dix ans, selon le Comité pour un Budget Fédéral raisonnable, un organisme à but non lucratif. Cela risquerait de faire fuir les investisseurs privés et de contrer les bénéfices d’une hausse des investissements et de l’épargne, selon lui.

Ensuite, la deuxième erreur fondamentale de ce budget est de ne donner aucun chiffrage des coûts des baisses d’impôts. Le gouvernement fait le pari incroyable de ne pas baisser recettes fédérales, tout en promettant de réduire d’au moins 15 points l’impôt sur les sociétés, et même de les faire progresser à un horizon de dix ans. Selon l’économiste Larry Summers, ancien conseiller des administrations Obama et Clinton, il s’agit de « la plus flagrante erreur comptable depuis 40 ans que je suis les budgets ». En tout état de cause, ce budget semble être une sorte de manifeste irréaliste imaginé par le Président (qui a donné des indications sur les postes du budget par « oui » et « non », selon son directeur du Budget…), qui sera totalement revu par le Congrès au cours des prochains mois. Mais ce document pourrait coûter cher en réputation aux législateurs républicains qui remettent leurs places en jeu l’an prochain.


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