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Paris, une nouvelle "no-go-zone" à cause d'UberPop?

Les médias américains ont rivalisé de superlatifs pour relayer les violences qui ont éclaté à Paris entre les taxis et la compagnie de voitures avec chauffeur. La dégradation des relations avec ce « disrupteur » vient aussi d’une communication déplacée.
Uber
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La rock star Courtney Love qui affirme avoir été attaquée à sa sortie de l’aéroport et estime être plus en sécurité à Bagdad qu’à Paris : il n’en fallait pas plus pour déchaîner la presse américaine. « Chaos», « jets de pierres », « scènes de guerre », les superlatifs se sont succédés ce jeudi. Et la photo en Une du site du Wall Street Journal, où des policiers suréquipés retournent une voiture dans une rue parisienne enfumée, rappelle les sombres heures des émeutes de banlieue, en 2005. La raison de ces dérapages : la grève des taxis contre Uber, qui dérive en attaques physiques à Paris et dans les villes françaises ce jeudi. Si bien que dans l’urgence, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a dû ordonner un arrêté sur l’interdiction du service de covoiturage.

Du côté des Etats-Unis, l’incompréhension est manifeste par rapport à ce type de comportement. Kevin O’Leary, célèbre investisseur américain et « shark » de l’émission Shark Tank, l’affirme sur CNBC : malgré toutes les gesticulations des taxis, aucune force ne peut contrer la refonte du secteur amenée par Uber. La direction d’Uber France n’a d’ailleurs pas tenté de calmer le jeu et a indiqué que, malgré les propos du ministre, la justice n’avait pas encore pris de décision sur l’illégalité d’UberPop et qu’il continuerait son service d’ici là. Et a lui-même porté plainte au nom de la liberté d’entreprendre.

La violence des réactions à l’égard d’Uber est à l’image du tsunami qu’il crée dans un secteur très encadré en France. Or, si le mot « entrepreneur » est bien un terme français adapté en anglais, nous n’avons pas de traduction exacte du mot « disruption » en français. Et en raison de l’arrivée ce nouveau specimen, les archaïsmes d’un secteur français réglementé et schlérosé apparaissent aujourd’hui au grand jour. Pourtant, Uber n’est pas une fin en soi. Interrogé sur la place de ce service la veille des manifestations, Bill Gates avait indiqué qu’il n’était qu’une simple réorganisation du travail de façon plus dynamique. Et que le véritable changement viendrait des voitures sans chauffeur, expérimentées à Mountain View par Google. Grâce à sa position de premier entrant, Uber a plusieurs temps d’avance : il alloue un budget R&D colossal à ce projet et réfléchit aussi à sa diversification dans les livraisons de courses ou de colis.

Le véritable problème d’Uber n’est donc pas son positionnement sur un marché illégal ou encore le manque d’anticipation sur l’évolution de son secteur, mais plutôt le risque de réputation que sa démarche jusqu’au-boutiste crée. Avant lui, d’autres « disrupteurs » ont dû adopter une mission, un objectif ambitieux pour la société qui justifiait leur présence. Pour Google, ce fut « don’t be evil », une façon de montrer qu’il apportait une information utile et accessible à tous. Facebook adopta en son temps « Connect the world » pour justifier son ambition de mettre en relation 1,15 milliard de personnes à travers le monde. Enfin, Twitter affirma la capacité de chacun de créer et partager l’information de façon instantanée, avec sa phrase « Information instantly ».

Pour le moment, Uber n’a fait que poursuivre une politique de développement très agressive, en levant régulièrement des fonds sur des valorisations de plus en plus délirantes, soit 40 milliards de dollars pour son dernier tour de table. Une approche plus sensée et sensible sur ses différents marchés ne règlerait certes pas tous ses problèmes, notamment en France, mais pourrait participer à des relations plus pacifiées avec les pouvoirs publics et la justice, mais aussi des concurrents qui pourraient devenir des salariés d’Uber.

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