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La chutes des matières premières plombe l'Amérique latine
La baisse des cours des matières premières et de l’or noir ne fait pas les affaires de tous les Etats. Et si l’Europe bénéficie ainsi d’un rebond de sa consommation grâce aux gains permis par la chute du prix de l’énergie, les pays d’Amérique du Sud font grise mine. Ainsi, selon une étude de la Coface parue aujourd’hui, la région devrait connaître sa cinquième année de contraction de son PIB et progresser de 0,5% seulement l’an prochain après 1,2% cette année. Si la baisse de la consommation a contribué à peser sur les PIB des Etats de la zone, celle des matières premières a accentué le ralentissement de la région même si tous les pays ne sont pas impactés à la même hauteur. Le cours du pétrole a baissé de plus de 50% depuis un an, avec un Brent qui s'échangeait aujourd'hui autour de 49 dollar le baril, tandis que le cuivre a lui chuté de lus de 31% sur 12 mois.
Si l’Argentine n’est pas la plus affectée par la baisse du pétrole, elle devra faire face à de nombreux défis dans les prochains mois : tout d’abord des élections le 25 octobre, qui devraient être très serrées avec trois candidats désignés lors de primaires d’août au touche-touche dans les sondages. Ensuite, la santé économique du pays dépend en grande partie de l’équilibre de sa balance commerciale ; or celle-ci est déficitaire depuis 2010, à la fois en raison de l’effondrement des prix du soja qu’elle exporte massivement et de sa dépendance grandissante au pétrole dont l’importation a sensiblement augmenté ces dernières années. Enfin, le pays a été classé dans la catégorie défaut sélectif (SD) en juin 2014 après que des créanciers qui n’avaient pas été remboursés lors du défaut du pays en 2001 aient obtenu gain de cause auprès de la justice américaine. Le pays a rejeté le jugement qui demanderait que le pays cède près de la moitié de ses réserves en devises. Ce qui laisse le successeur de Kirchner dans une situation délicate. Selon la Coface, la croissance du pays sera nulle l’an prochain, après un recul de son PIB de 1% en 2015.
La Colombie est particulièrement impactée par la chute des prix de l’or noir, qui représente la moitié de ses exportations et un sixième des revenus du gouvernement. Comme d’autres pays d’Amérique latine, la Colombie a concentré ses efforts sur le développement de l’extraction des matières premières et de l’industrie en lien avec les commodities, profitant de la forte demande mondiale et de la hausse des prix de ces matières premières cette dernière décennie. Ce qui a également attiré de nombreux capitaux étrangers dans le pays, avec des IDE (investissements directs à l'étranger) qui sont passés de 2,6% du PIB en 2004 à 4,3% du PIB en 2013. Le revers de la médaille est que le pays est par conséquent très sensible aux baisses violentes des matières premières, comme cela a été le cas ces derniers mois. « Le contexte actuel sur le marché des matières premières a impacté de façon négative la Colombie et l’ensemble des pays d’Amérique latine, à l’exception du Mexique, dont les exportations consistent davantage en des produits manufacturés et que dans les matières premières », expliquent les analystes de la Coface.
Le Brésil a de son côté été très perturbé par le scandale de Petrobras et un modèle contre cyclique basé sur la consommation et le crédit, qui est en train de s’effondrer tandis que le Chili est impacté négativement par la baisse du cuivre et la réforme fiscale instaurée par Michelle Bachelet, qui a entraîné une chute des indicateurs de confiance. Le Pérou enfin a vu sa croissance passer de 5,8% en 2013 à 2,4% entre 2014 en raison de la chute du cours des minéraux et de projets miniers retardés.
La détérioration de l’activité de la région a entraîné une forte dépréciation des devises locales contre dollar, en particulier en Colombie (le peso a chuté de 52%) et au Brésil (en raison de la plus forte détérioration de son environnement macro).
Le marché des matières premières ne devrait pas remonter dans les prochains mois, avec le ralentissement anticipé de la demande chinoise, et les pays d’Amérique du Sud devraient donc tous continuer de voir leur balance commerciale se dégrader et les IDE chuter. Sachant que ces pays ont également perdu en compétitivité ces années, avec l’accent donné seulement au secteur des matières premières et le manque d’investissement dans les infrastructures, une bureaucratie importante et une fiscalité trop lourde. Selon les analystes de Coface, l’ensemble de la région aura donc beaucoup de mal à repartir à court terme.
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