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La Compagnie qui fait un pied de nez à Air France
Frantz Yvelin l'annonce tout de go, il n'a pas la prétention d'avoir lancé la compagnie aérienne avec la meilleure classe affaires. Mais celle avec le meilleur rapport qualité-prix, sans aucun doute. Et de fait, ce pilote de formation, qui avait déjà créé une petite révolution dans l'aérien lorsqu'il avait créé la première compagnie business low-cost avec l'Avion en 2007, compte réitérer ce premier succès. Vendu à British Airways à peine deux ans plus tard, qui l'a intégré dans Open Skies, le concept a depuis été transformé. Une nouvelle place est donc à prendre.
L'ambition de la Compagnie, qui commercialise depuis juillet une ligne Paris-New York en classe affaires, est simple: mono-produit, simplifier à outrance pour réduire les coûts tout en gardant les critères de la gamme business. Pour lancer ce projet téméraire -démarrer une compagnie aérienne dans un secteur aussi réglementé et saturé-, Frantz Yvelin a su s'entourer. L'entrepreneur a levé 30 millions d'euros l'an passé, un record dans le private equity français depuis dépassé par quelques biotechs et bien sûr Blablacar cet été, avec ses 100 millions de dollars. Ici, plus de 80% des capitaux ont été apportés par des fonds de private equity et des family offices, et de grands noms du patronat français s'y sont associés à titre personnel: Paul Mizrahi, ancien dirigeant de Fortuneo, Eric Scotto, créateur de start-up et président d'Akuo Energy, Michel Cicurel ou encore le flamboyant Charles Beigbeder, qui siège comme co-président du conseil de surveillance.
Tel un Xavier Niel à son époque, la Compagnie espère à son niveau être le nouveau "trublion des compagnies aériennes". Plus de 85% de l'offre transatlantique provient des trois grandes alliances que sont Skyteam, Oneworld et Star Alliance, et cela s'est sans nul doute ressenti sur les prix. Surtout, les compagnies classiques n'ont encore jamais réussi à rentabiliser le modèle de la classe business à prix bradés, et c'est le défi de cet acteur spécialiste. Une seule classe, 74 sièges inclinables en version lit et des services haut de gamme comme le lounge à l'aéroport, des plats préparés par le chef Christophe Langré et des connotations Frenchies comme le calva (région dont est originaire le fondateur) ou des produits de beauté Caudalie. Tout cela pour un prix de 1200 euros l'aller-retour, soit près de trois fois moins qu'un billet classique en classe affaires.
Flexibilité et innovation dans le haut de gamme, c'est un véritable défi que la Compagnie lance à ses confrères historiques, englués dans le corporatisme et incapables pour l'instant de concurrencer de nouvelles offres compétitives telles que celle-ci. Pour Frantz Yvelin le constat est sans appel, Air France est aujourd'hui la barrière principale au développement de l'aviation et le conflit récent n'est que la triste preuve de son incapacité à se transformer. Tout en soutenant Alexandre de Juniac dans sa démarche, il enfonce le clou lorsqu'il explique avoir reçu dix fois plus de candidatures que de postes ouverts au moment de recruter ses pilotes et stewarts. Pourtant, il est possible de fournir une offre low-cost tout en rémunérant généreusement ses pilotes, les compagnies américaines Southwest et Allegiant en sont selon lui la preuve.
En attendant, sur le segment business, la Compagnie a su trouver une place et combler l'attente d'une offre à prix serrés, elle a enregistré un taux de remplissage de près de 50% et assuré tous ses vols à l'heure depuis le 15 août. Et preuve de son ambition, un deuxième avion, qui assurera soit la même ligne, soit une autre ville européenne vers New York, soit une nouvelle route, devrait déjà être livré dans les prochaines semaines. Le but est d'atteindre le point mort dans les 12 mois, mais aussi et surtout de changer le paysage aérien à l'image de ce que Free est parvenu à faire dans les télécoms. Quitte à ce que cela passe par de douloureuses restructurations au sein des compagnies classiques.
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