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Saint-Hubert: l’appétit chinois pour la France ne se dément pas
On attendait l’entrée de Fosun dans la Compagnie des Alpes, c’est finalement Saint-Hubert que le groupe chinois va racheter dans un premeir temps. Vendredi, il a ainsi annoncé s’être allié avec Sanyuan Group, le producteur laitier chinois contrôlé par l’Etat et dont il est le deuxième actionnaire, pour racheter la marque française de margarine. Le vendeur est le fonds britannique Montagu PE, qui avait racheté cet actif auprès de l’industriel britannique Dairy Crest pour 430 millions d’euros en 2012, le vend aujourd’hui pour 625 millions d’euros. Basée à Rungis, l’entreprise, qui est numéro deux du secteur en France et numéro quatre en Italie, a des problèmes de croissance, dans la mesure où son chiffre d’affaires est resté stable autour de 120 millions d’euros depuis cinq ans. Elle a pourtant innové dans les margarines, yaourts et boissons à base de soja, un segment qui a le vent en poupe en tant qu’alternative au lait de vache.
Cette « belle endormie » a sans aucun doutes du potentiel pour des acteurs chinois à l’appétit débordant, malgré la montée en puissance de la régulation des autorités du pays. Selon les données de Bloomberg, Fosun a ainsi dépensé 14 milliards de dollars dans des acquisitions depuis 2014, dont le Cirque du Soleil ou encore l’emblématique Club Med, fruit d’un bras de fer avec l’italien Bonomi. Son intérêt pour les loisirs français ne s’est pas arrêté là car Fosun est en négociations avec la Compagnie des Alpes, le leader mondial des domaines skiables, afin de prendre 10% de son capital et lui donner les moyens de se développer sur le continent asiatique. En cours depuis un an, les discussions pourraient aboutir d’ici la fin de l’année.
De son côté, Sanyuan Group est coté en Bourse mais le titre a été suspendu depuis le 17 juillet dernier en vue d’une grosse acquisition. Selon les rumeurs, le producteur laitier public aurait enchéri pour mettre la main sur les activités chinoises de Mc Donald’s. En parallèle, Unilever – dont l’offre à 143 milliards de dollars faite par Kraft Heinz a finalement échoué - a aussi prévu de mettre en vente son activité de produits à tartiner, dont les revenus atteignent 3 milliards de dollars, et pourrait recevoir des offres dès l’automne.
De quoi attirer l’intérêt de grands acquéreurs chinois, qui ont multiplié les deals en France et en Europe ces dernières années. Selon Dealogic, les M&A chinoises en Europe ont été multipliées par trois l’an passé, à 97,7 milliards de dollars, et par 2,7 en France, à 4,6 milliards de dollars. Les opérations sont très variées, comme la vente de la marque de mode Sandro Maje Claudie Pierlot à Shndong Ruyi pour 1,3 milliard d’euros, le spécialiste de l’emballage en verre pour l’industrie pharmaceutique, SGD Pharma, au fonds chinois CIC, ou la foncière Paref à Fosun. Ou bien sûr, l’entrée de Jin Jiang au capital d’Accor, à plus de 12% ou encore celle de China Eastern au capital d'Air France-KLM à 10% annoncée vendredi.
Mais depuis quelques mois, les autorités du pays ont serré la bride de leurs conglomérats, inquiètes de la fuite des capitaux hors du pays, mais aussi de leur risque systémique. Le mois dernier, la Commission de Réglementation Bancaire chinoise a notamment demandé à ses banques de donner des détails sur les prêts accordés aux grands groupes comme Fosun, Anbang, HNA ou encore Dalian Wanda, dans le cadre de leurs emplettes à l’étranger. La montée en puissance des contrôles réglementaires a déjà donné lieu à un coup d’arrêt des deals chinois à l’étranger, qui ont reculé de 56% sur un an à fin juin, selon Bloomberg. Et a entraîné l’abandon de certaines offensives, comme lorsqu’Anbanga dû retirer son offre de 14 milliards de dollars sur la chaîne d’hôtels Starwood.
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