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Le Brexit pris au sérieux, à une semaine du vote

Pour la toute première fois, l’institut Ipsos Mori donne le Brexit gagnant, à 53% contre 37% il y a un mois. Les Banques centrales se préparent au pire et ajoutent à la nervosité des marchés, tandis que les entreprises n’y voient pas assez clair pour prévoir un plan B.
Eurostar - Brexit
Eurostar - Brexit

« La perspective d’un Brexit a un impact plus fort sur les marchés que la décision de la Fed sur le maintien des taux. » Le point de vue du ministre russe de l’Economie, Alexei Ulyukayev, est un peu extrême mais il reflète bien la spectaculaire montée des craintes sur le risque de Brexit, à mesure que le vote du 23 juin se rapproche.

Le dernier coup de semonce sur les marchés est d’ailleurs venu, en partie, du sondage Ipsos Mori pour l’Evening Standard publié jeudi : pour la première fois, cet institut annonce qu'une majorité de Britanniques est favorable au Brexit, avec 53% contre seulement 37% il y a encore un mois.

En moyenne, les sondages donnent 52% à une sortie de l’UE, selon le site whatUKthinks.org, et l’ascension du dernier mois est impressionnante, notamment à la suite de l’annonce d’une hausse du solde migratoire. Pour ne rien arranger, le quotidien britannique The Sun, le plus lu du pays, a ouvertement pris parti pour le Brexit, tandis qu’à l’inverse, le Financial Times dénonce un « acte gratuit d'automutilation ».

Or, les partisans d’un maintien n’ont cessé de donner de la voix. Le ministre britannique des Finances George Osborne a menacé d’augmenter les impôts, tandis que son homologue allemand Wolfgang Schaüble a exclu toute renégociation avec Londres, pour un accès à la zone européenne de libre circulation. Même la fédération des syndicats britanniques, le Trades Union Congress, a appelé au maintien et a prédit, en cas de sortie, la perte de 525 000 emplois dans le secteur public. Enfin, inutile de rappeler les craintes du FMI et du G7.

Mais rien n’y fait, et face à un risque de plus en plus crédible, les Banques centrales sont sur le pied de guerre. Hier, Reuters affirmait que la Banque d’Angleterre et la BCE préparaient une action coordonnée dès le lendemain du Brexit, à l’instar des mesures mises en place après la crise de 2008, pour parer toute pénurie sur l'euro et la livre sterling.

Le même jour, la Fed, la Banque centrale du Japon et celle de Suisse gardaient inchangées leurs politiques monétaires, invoquant explicitement le Brexit parmi leurs motivations. Le gouverneur suisse disait observer la situation « avec la plus grande attention » pour prendre, le cas échéant, « les mesures qui s'imposent ». Le gouverneur japonais affirmait, lui, « garder des cartouches dans la perspective du referendum ».

Si les inquiétudes gagnent aussi les entreprises européennes, la plupart n’ont pas assez de visibilité pour prévoir un plan B. « Nous ne sommes pas particulièrement inquiets sur l'impact à court terme et la réalité, c'est que nous ne savons pas à quoi ressemblerait la vie en dehors », a confié le patron d'Airbus Group au Royaume-Uni, Paul Kahn. Les entreprises financières restent les plus prévoyantes, comme Deutsche Bank, et bien sûr celles de la City.

Pas de quoi rassurer les marchés, qui se précipitent sur les valeurs refuges comme l’or, le franc suisse ou le Bund allemand, délaissant le pétrole et le marché actions. Ce jeudi matin, les indices européens STOXX 600 et FTSEurofirst 300 frôlaient un plus bas de quatre mois, tandis que la livre sterling atteignait son plus faible niveau depuis deux mois face à l'euro.

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