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Brexit, les chances d'aboutir à un accord ce soir s'amenuisent
C’est un véritable jeu de dupes qui est en train de se jouer en ce moment à Bruxelles entre les chefs d’Etats européens et le premier ministre britannique au sujet du Brexit. Alors que Cameron semblait plutôt confiant d’aboutir à un accord lors des négociations bilatérales pré sommet, les discussions patinent depuis hier et n’ont pour le moment abouti qu’à plusieurs points de désaccord. Des objections qui permettent à chacun des deux camps de prouver leur fermeté devant leurs citoyens respectifs, et éviter d’être le premier à céder.
Le chef du gouvernement britannique a d’emblée donné le ton des discussions hier à l’ouverture du sommet en déclarant : « Je suis à Bruxelles où je compte négocier fermement pour notre pays. Je n’accepterai pas de deal qui ne correspondrait pas à ce dont notre pays a besoin. C’est bien plus important de faire les choses comme il faut que de bâcler un accord dans la précipitation ». Une façon de prévenir ses homologues européens, qu’il fera tout pour obtenir gain de cause, et éviter de laisser penser aux partisans anglais du Brexit, qu’il ne s’est pas battu pour défendre leurs intérêts.
Deux points pourtant semblent bloquer le processus, à commencer par celui sur le mécanisme de frein d’urgence. Le premier ministre avait obtenu du président du Conseil dans le pré-document auquel ils étaient parvenus au cours de semaines dernières, que la Grande-Bretagne puisse geler les prestations sociales aux migrants de l’UE arrivant sur le territoire britannique pendant cinq ans, si les conditions l’exigeaient (en cas d’afflux massif de nouveaux travailleurs). Un dispositif qui ne passe pas du tout auprès des gouvernements des pays de l’Est dont de nombreux citoyens partent travailler en Grande-Bretagne. Le sujet a d’autant plus déplu que Cameron a exigé lors de négociations hier soir, que la durée du gel des aides sociales soit finalement de 7 ans et puisse éventuellement être prolongée de 3 ans. En jouant les fiers à bras sur ce sujet, l’un des plus médiatisés dans son pays et repris par les partisans du Brexit, le premier ministre a sans doute voulu gagner des voix auprès des plus populistes de son parti.
Autre point d’achoppement, celui sur le poids donné aux Etats non membres de la zone euro dans les négociations. Inquiet de subir des réglementations qui auraient été choisies par les membres de la monnaie unique, le premier ministre britannique a en effet demandé de pouvoir protéger les droits des Etats non membres de l’euro et garantir à son pays de ne pas se voir imposer des décisions de l’extérieur. Or les Etats européens ont de leur côté voulu montrer que l’UE n’était pas une union où chacun pouvait arriver avec ses requêtes et le voir acceptées immédiatement. Le but est d’éviter à tout prix de créer un précédent qui entraînerait une dislocation progressive de l’UE au gré des requêtes de chaque Etat. Le premier ministre belge a d'ailleurs fait savoir qu’il souhaitait que le texte de l’accord précise qu’il s’agissait d’une version unique et définitive et que les Etats n’accepteraient pas de nouvelles requêtes. Ce qui éviterait la possibilité d’un second référendum britannique en cas d’échec (en juin), selon les analystes.
Selon les premières informations qui ont filtré aujourd’hui, le sommet pourrait être prolongé tout le week-end afin de parvenir à un accord dimanche. Les journaux britanniques ont de leur côté déjà capitulé : le Daily Mail décrivait ainsi les négociations comme une "gigantesque cacophonie", tandis que le Daily Express titrait en Une ce matin, « Tu ne pourras pas gagner Premier Ministre ». Or ces journaux grand public auront un poids considérables auprès de l’opinion dans les prochains mois, en particulier auprès des indécis, qui sont encore nombreux. « Les journaux populaires n’abordent pas les points les plus importants du sujet et notamment l’aspect économique du Brexit, se concentrant sur les sujets clivants comme les migrants », explique ainsi un analyste de la City. « Le premier ministre n’a et n’aura aucun pouvoir sur la façon dont le sujet est abordé par les médias », déplore-t-il. La campagne pour le maintien de son pays dans l’UE sera donc également une rude bataille d'opinion dans les journaux.
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