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L’Europe, nouvel eldorado du private equity?
« L’Europe n’est pas seulement l’endroit le plus sûr à l’heure actuelle, mais le meilleur endroit où être ». Cette phrase, sortie de la bouche de William Conway, cofondateur et co-CEO de Carlyle dans un entretien avec Private Equity News, résume à elle seule l’état d’esprit de la plupart des grands fonds de private equity américains à propos du Vieux Continent. Les exemples récents sont nombreux : Carlyle est en train de lever un fonds de 3 milliards d’euros dédié au Vieux Continent, pour lequel il aurait déjà sécurisé 1,1 milliard d’euros d’engagements. Même chose pour le géant KKR, qui commercialise un véhicule de 3 à 3,5 milliards d’euros à l’heure actuelle. Bain Capital a de son côté déjà bouclé un closing à 2 milliards d’euros pour son sixième fonds européen, pour un objectif de 2,5 milliards d’euros et un « hard cap » fixé à 3,5 milliards d’euros. Tandis que Blackstone a créé un précédent en finalisant un fonds de 5,1 milliards d’euros dédié à l’immobilier, un record historique en Europe.
Cette frénésie de collecte est certes assez récente, et ne s’est pas encore manifestée dans les statistiques du premier semestre. Selon Dow Jones LP Source, 112 véhicules ont levé 48,18 milliards de dollars sur les six premiers mois de l'année, en hausse de 6%, mais cela est principalement dû au rebond du capital-développement (1,84 milliard de dollars, contre 695 millions l’an passé), porté notamment par la levée de 450 millions d’euros du dernier fonds d’Ardian, Ardian Expansion Fund III. Mais aussi aux 5,5 milliards de dollars collectés à eux seuls par trois fonds de dette (Alchemy Partners, Hayfin Capital Management et Provendus Capital Partners), ou encore les 3,8 milliards de dollars de fonds mezzanine (+24%).
Du côté des LBO en revanche, seuls 12,54 milliards de dollars ont été levés au premier semestre, en baisse de 32%. Cela est dû au faible nombre de gros closings : seuls deux fonds, Permira (5 milliards d’euros) et TDR Capital (2 milliards d’euros) ont bouclé des véhicules de plus d’1 milliard d’euros sur la période, tandis que PAI Partners a finalisé un premier closing à 1,4 milliard d’euros, pour une cible finale de 3 milliards d’euros.
Mais les collectes devraient bientôt tomber, d’autant que le private equity européen est considéré comme particulièrement attractif par les acteurs du métier. Alors que la Fed se dirige doucement vers une remontée des taux directeurs, la BCE s'emploie à poursuivre une politique monétaire très accommodante, qui devrait perdurer sur le long terme et bénéficier au rendement des valeurs européennes. « Nous avons les moyens de payer une à deux fois l’Ebitda de plus qu’aux Etats-Unis pour obtenir le même rendement », analyse William Conway. Carlyle a déjà identifié 8 à 10 bonnes cibles dont la valorisation atteint 7,5 fois l’Ebitda, soit bien moins cher qu’outre-Atlantique, a-t-il témoigné.
Les investisseurs devraient également apprécier la rotation du portefeuille à l’œuvre en Europe. La réouverture des marchés a boosté les sorties du private equity via des IPO et les cessions de titres ultérieures par les fonds. Si bien qu'ils sont à l’origine de près d’un tiers des revenus des banques américaines depuis le début de l’année (6,5 milliards sur un total de 20,4 milliards de dollars), un chiffre record. Cela a déjà porté ses fruits lors des résultats semestriels des grands acteurs cotés américains : Carlyle a ainsi publié une hausse de 47% de la valeur de son fonds Carlyle Europe Partners III, et a distribué 44 millions de dollars de performance fees grâce à trois sorties, sur le seul deuxième trimestre.
Les fondamentaux devraient donc continuer à jouer en faveur d’un arbitrage européen, dans le private equity comme dans nombre d’autres classes d’actifs. Alors que les banques et fonds de pension sont en retrait en raison des contraintes réglementaires, les fonds devront user de cet argument pour convaincre de nouveaux types d’investisseurs et boucler leurs véhicules. A cet égard, les fonds souverains, dont l’allocation au private equity est passée de 5 à 10% entre 2009 et 2014, ou encore les family offices et fondations (de 6 à 14% sur la période), seront probablement enclins à confier leurs capitaux à la meilleure offre risque-rendement.
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