Macro-économie / Taux / Macro-économie
Macro-économie / Taux
Macro-économie
Au Japon, les entreprises épargnées par la morosité ambiante
De la même manière que le sort de Coca-Cola ne dépend pas intégralement de l’économie américaine, les grandes entreprises japonaises se sont largement décorrélées de leur pays d’origine. Si bien qu’aujourd’hui, ce sont même des antennes ouvertes à l'étranger, comme Honda aux Etats-Unis, qui exportent directement leur production.
Pourtant, d’un regard extérieur, la situation japonaise reste préoccupante : en 10 ans, le PIB japonais est resté presque inchangé, et la déception se fait sentir sur les promesses des « Abenomics ». Mais sur la même période, le chiffre d’affaires des sociétés du Topix 500 ont augmenté de 2,3%, comme le souligne Joël Le Saux, gérant du Fonds Oyster Japan opportunities chez SYZ AM.
Une donnée moins visible, mais qui s’explique par l’expansion internationale de ces grands groupes. Outre des coûts de production plus attractifs en Chine et dans plusieurs pays d’Asie du sud-est comme le Vietnam, ces entreprises ont également implanté de nombreuses usines et succursales dans des marchés porteurs, en particulier aux Etats-Unis mais aussi en Australie, afin d’adapter au maximum leur production à la demande locale, tout en facilitant le transport des marchandises.
Mais cet étalement géographique provient aussi de la pénurie de main d’œuvre au Japon : avec un chômage à un niveau presque plancher, à 3,2%, et un marché du travail quasiment saturé, l’ouverture de nouvelles unités de production peinerait à recruter. Ce qui explique aussi la faible progression du volume des exportations malgré la faiblesse du yen.
Mais alors, quelles perspectives pour les entreprises aux capitalisations plus modestes, largement dépendantes de la consommation intérieures ? Là encore, Joël Le Saux se veut rassurant. En plus d’avoir quasiment atteint le niveau du chômage frictionnel, « le Japon est sorti de la déflation », estime-t-il. Certes l’inflation affichait encore un niveau quasi nul au mois dernier, mais l’inflation « core », délestée notamment des prix de l’énergie, maintient durablement un niveau compris entre 0,5% et 1%.
Un constat surprenant, quand on sait que le salaire moyen a plutôt tendance à stagner. Mais cette moyenne est tirée à la baisse par les CDD, qui se sont multipliés depuis la désindustrialisation du pays et la flexibilisation du marché du travail. Du reste, l’explosion de ces contrats a largement bénéficié aux femmes, nouvelles entrantes dans le monde du travail, et a participé à l’augmentation de la part des salaires dans le PIB.
Sans compter que la création de CDD ralentit sensiblement au profit de contrats moins précaires. Avec une diminution de la population d’environ 0,1% par an et les départs en retraite des « baby-boomers », la compétition s’accroît entre les entreprises pour recruter les jeunes diplômés, ce qui devrait multiplier les CDI. Autant de facteurs qui soutiendront davantage l’activité et la consommation intérieures.
Néanmoins, la mauvaise perception de la morosité japonaise inquiète les investisseurs étrangers, qui vendent leurs titres et tirent à la baisse le marché actions. Et ce alors que le retour sur fonds propres des entreprises du Topix 500 tourne autour de 8%, avec un bénéfice par action qui a progressé de 10% en 2015.
Toutefois, ce dernier devrait baisser de 3% en 2016, avec une faible progression des bénéfices, entre 2% et 3%, sous l'effet du renforcement du yen. Reste à savoir si les investisseurs reprendront confiance dans les actions japonaises malgré des marchés mondiaux déprimés, et le temps qu’ils prendront pour faire repartir les valorisations à la hausse.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

