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Moody's Analytics pointe du doigt la désindustrialisation de l'Hexagone

Le fournisseur de données et d'études économiques estime que la consommation privée et l'investissement devraient soutenir le PIB de l'Hexagone en 2016, alors que le marché du travail montre des signes d'amélioration. Mais la désindustrialisation française demeure un défi pour le pays à long terme.
Arc de Triomphe -Paris - France
Arc de Triomphe -Paris - France

Les équipes de Moody's Analytics sont plutôt confiantes pour la croissance de l'Hexagone cette année, malgré la performance plus que décevante du PIB au second trimestre (de 0%). La reprise de la demande des ménages, l'amélioration de la compétitivité du pays à l'extérieur et la hausse de l'investissement en capital fixe devraient être autant de facteurs susceptibles de soutenir le PIB, estiment ainsi les analystes dans une étude qui vient de paraître. 

Certes, la croissance du second trimestre du pays a surpris les analystes, après un très bon début d'année, en hausse de 0,7%, la consommation des ménages ayant stagné tandis que les investissements et un changement dans la comptabilisation des inventaires ont contribué à plomber le PIB entre avril et juin. Si l'investissement est toujours de 9,5% en dessous de son niveau de 2007, et qu'il lui faudra encore deux ans pour retrouver les niveaux post crise de 2008, il devrait se reprendre dans les prochains trimestres, estiment les analystes de Moody's Analytics. Les marges des entreprises ont en effet grimpé depuis la mi-2014 et pourraient atteindre 32% cette année, notamment grâce à la faiblesse du prix des matières premières et les mesures de soutien mises en place par le gouvernement dans le cadre du Pacte de responsabilité. Mesures qui ont d'ailleurs permis d'améliorer la compétitivité du pays. Enfin, la faiblesse historique des taux d'intérêt devrait également inciter les entreprises à investir, d'autant que leur taux d'utilisation des capacités de production a atteint 83,4% et est encore en hausse.

Le marché du travail est par ailleurs en meilleure forme que ces deux dernières années, poursuivent les analystes: les embauches ainsi que le taux de participation sont en hausse et le nombre de personnes cherchant activement du travail a diminué au mois de juillet sur un an. Par ailleurs les niveaux de salaires ont progressé, sauf dans la construction et l'industrie mais particulièrement dans les services. Le niveau global des salaires est ainsi au plus haut depuis 2012 selon les équipes du fournisseur de données. Enfin, le vote in extremis de la loi travail en juillet dernier, devrait soutenir le marché de l'emploi, même si le texte a été très modifié et est finalement beaucoup moins ambitieux que la version initialement présentée. Le texte prévoit notamment une simplification des procédures de licenciement lorsqu'une entreprise souffre de difficultés économiques, Il permet également d'élargir le champ des négociations directes entre salariés et entreprises, réduisant du même coup le pouvoir des syndicats. Il prévoit enfin de pouvoir renégocier les seuils d'heures supplémentaires au-delà de 35 heures par semaine et permet aux dirigeants de pouvoir mieux adapter le temps de travail aux besoins saisonniers. Si le taux de chômage devrait continuer de décroître lentement dans les prochains mois, estiment les analystes, le marché de l'emploi devrait cependant souffrir au moins temporairement du fort recul du secteur du tourisme post-attentats. La France, qui accueille chaque année 85 millions de touristes par an, représentant environ 6,8% du PIB annuel du pays, a connu une chute du nombre de visiteurs de plus de 6,5% cet été après les événements de Nice. Si le gouvernement a accru ses dépenses pour améliorer l'image de la France à l'étranger et rassurer les touristes, ceci ne devrait pas avoir d'impact sur le secteur avant le début de l'année prochaine, estime encore Moodys' Analytics.

Dans ces conditions, les analystes anticipent tout de même une croissance de 1,4% cette année, après une hausse de 1,2% l'an dernier, mais qui devrait ralentir l'an prochain autour de 1,3%, notamment en raison de l'impact de la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE sur l'économie de l'Hexagone. Sur le long terme, la croissance française ne devrait pas dépasser le 1,2% poursuivent les économistes, soit un rythme relativement faible dû au vieillissement de la population, à un chômage des jeunes encore élevé et surtout la désindustrialisation du pays. Selon les analystes, ce phénomène représente le principal défi de long terme pour le pays: même si l'écart entre le nombre de nouveaux sites industriels créés et le nombre de sites fermés a diminué en 2015 et que l'emploi dans ce secteur a diminué à un rythme plus lent, le problème demeure. La vague de désindustrialisation massive semble pourtant être terminée dans des pays comme l'Espagne et l'Irlande, qui ont mis en place des réductions de salaires massives dans le secteur afin de préserver leur industrie, tandis que l'Allemagne ou la Suisse ont choisi de se concentrer sur l'industrie de pointe, parvenant ainsi à rester compétitifs par rapport à l'industrie d'Amérique Latine ou d'Asie. "Mais la France ne fait partie d'aucun de ces deux camps", déplorent les analystes.

Aucun remède n'a pour l'instant été trouvé alors que le pays a déjà perdu plus de 50% de ses emplois industriels depuis les années 1980, soit plus que tous les autres pays européens, à l'exception de la Grande-Bretagne dont le secteur ne représente plus que 11% de son PIB contre 28% sur la même période. Or l'industrie française représente tout de même 75% des exportations du pays et 78% de la recherche privée. Une étude récente souligne par ailleurs que tout emploi créé dans le secteur permet de développer 0,2 à 0,5 emploi supplémentaire dans d'autres secteurs, un rendement bien plus élevé que pour les nouveaux emplois dans les services, la construction ou l'agriculture. "Une base industrielle saine est donc vitale pour l'économie française", concluent les économistes. "La désindustrialisation de la France nuit à son potentiel de développement économique et sa résistance aux chocs, augmente le taux de chômage et aggrave le déficit commercial du pays". Il est donc urgent de consolider ce secteur clef pour l'Hexagone. Selon eux, l'allègement des règles et contraintes qui pèsent sur les PME leur permettrait de se développer davantage dans ce secteur. Le taux de transformation de SME en PME n'est que de 6% en France, contre 58% en Allemagne et 55% dans les Pays-Bas. Selon Moody's Analytics, il faudrait que l'industrie représente environ 17% à 20% du PIB français (contre un peu plus de 11% actuellement) pour que le pays retrouve un potentiel de croissance honorable qui lui permette de créer des emplois. La solution serait à la fois une baisse des niveaux de salaire et un recentrage sur certaines activités à haute valeur ajoutée... Tout un programme pour le futur gouvernement qui sera élu au printemps prochain. 

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