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Russie, Turquie, Ukraine : ces économies qui pâtissent des risques géopolitiques
Pas plus tard que jeudi dernier, Janet Yellen, la présidente de la Fed, alertait les membres du Congrès américains sur l’impact économique significatif que pouvaient avoir « les risques géopolitiques comme des attaques terroristes ou l’accélération de la violence ». Il faut dire qu’en termes de tensions et de conflits l’année 2015 a été tout particulièrement affectée. Selon l’économiste du Crédit Agricole S.A., Tania Sollogoub qui tenait une conférence ce matin, ces risques ont même changé de nature influençant aujourd’hui à long terme et dans une approche plus systémique les acteurs des marchés. Qu’ils se diffusent à l’économie via des canaux de transmissions directes (sanctions, flux commerciaux, pression sur la Banque centrale, priorités budgétaires) ou indirectes (volatilité du change, notation souveraine, stratégie des investisseurs), ces risques géopolitiques influencent indéniablement l’économie. Tania Sollogoub s’est intéressée à trois pays particulièrement touchés par ces sujets : la Russie, la Turquie et l’Ukraine.
Concernant l’Ukraine, l’économie souffre de problèmes internes postsoviétiques : le système Kuchma, dit de « middle corruption », et l’oligarchie continuent à alimenter une économie parallèle inconciliable avec un Etat de droit. Mais depuis la crise de 2013, les conflits géopolitiques extérieurs affectent aussi directement l’économie ukrainienne soumise au bon vouloir du pouvoir russe par exemple dans sa dépendance à l’égard des importations en métaux et en gaz (les tarifs du gaz ont été multipliés par 3,5 pour les particuliers en avril 2015). Pourtant, l’économiste du Crédit Agricole reste optimiste et veut croire à une transition qui peut se réaliser dans les prochains mois. En s’appuyant sur la légitimité encore d’actualité de Porochencko et sur l’aide historique apportée par le FMI (renégociation de la dette, stabilisation des réserves et des taux de change) l’Ukraine peut parvenir à mener à bien sa transition aussi bien politique qu’économique.
Le principal problème de l’économie turque reste un taux d’épargne exceptionnellement faible qui rend le pays fortement tributaire des capitaux étrangers. Le taux d’épargne de l’économie turque n’atteint que difficilement 15% du PIB en 2015. Mécaniquement, ce facteur peut mener au piège de la perte de compétitivité (croissance ralentie, diversification industrielle limitée, marché du travail figé) et de l’augmentation de la dette des agents endettés en devises étrangères, notamment les entreprises. Cette situation est particulièrement intenable en raison de la volatilité chronique du change directement liée à l’arbitraire de l’état du parti islamo-conservateur d’Erdogan, aux soubresauts de la question kurde et à l’instabilité géopolitique de la région très affectée par le conflit syrien et irakien.
La Russie est quant à elle confrontée à un ralentissement durable de sa croissance liée à de multiples facteurs : consommation privée en déclin, endettement des ménages, accélération de l’inflation. De plus, les chiffres sur l’investissement ne sont pas plus encourageants car la Russie est toujours pointée du doigt en matière de transparence. Rappelons que le pays est classé au 176ème rang (sur 215) de l’indice de gouvernance de la Banque Mondiale en matière de lutte contre la corruption. Ajouter à cela, les effets des sanctions sur une économie déjà faible et la Russie de Poutine ne pourra pas inverser la tendance, selon Tania Sollogoub, sans des changements structurels profonds permettant de reconquérir la confiance des investisseurs et des entrepreneurs qui pour l’instant ne recherchent que le cash et le profit à court terme.
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