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Les finances de Kering seront sous tension en 2025 / Préserver la trésorerie devient primordial

Kering entame 2025 dans un contexte incertain, marqué par la chute des ventes de Gucci et une dette en forte augmentation. Le groupe de luxe doit désormais gérer sa trésorerie avec prudence, en prévision de sorties de liquidités importantes.
Francois-Henri Pinault, le Président-Directeur général de Kering - Photo by Ludovic MARIN / AFP
Francois-Henri Pinault, le Président-Directeur général de Kering - Photo by Ludovic MARIN / AFP

Les investisseurs étaient préparés au pire après la récente éviction de Sabato de Sarno de la direction artistique de Gucci. Un départ précipité qui a définitivement dissipé l’espoir d’un rebond des ventes de la marque phare de Kering au quatrième trimestre. Il suffisait dans ce contexte que les comptes annuels 2024 du numéro deux mondial du luxe se révèlent légèrement moins dégradés qu’anticipé pour être bien accueillis. Et c’est le cas.

Le chiffre d’affaires de Kering a reculé de 12 % l’an dernier, s’élevant à 17,19 milliards d’euros. Pour donner un ordre de grandeur, ce montant, comme depuis cinq ans, est inférieur aux seules ventes du quatrième trimestre de LVMH, le numéro un mondial. Mais il est supérieur au consensus des analystes, qui s’établissait à 17,05 milliards d’euros. Et, si la chute de 46 % du résultat opérationnel courant (ROC), à 2,55 milliards d’euros, ne constitue pas non plus une bonne nouvelle en soi, elle ne surprend guère alors que le groupe avait prévenu que ce résultat chuterait de moitié à environ 2,5 milliards d’euros en 2024. Prudents, les analystes tablaient ainsi en moyenne sur un ROC de 2,47 milliards d’euros.

 

Gucci sans direction artistique

 

En analysant plus en détail la performance de Gucci, qui a représenté 45 % des ventes du groupe l’an dernier, il apparaît que la griffe italienne a enregistré des performances en ligne avec les attentes pour ses ventes au détail (-21 %), avec une accélération modeste de 4 points de pourcentage par rapport au trimestre précédent, observent les analystes d’UBS. Dans le même temps, les ventes réalisées par le réseau de distribution sélective ont chuté de 53 %, une baisse que le groupe attribue à une "sélectivité accrue" de ses partenaires.

Compte tenu du départ prématuré de Sabato De Sarno, le retour de la marque italienne sur le devant de la scène est cependant remis à plus tard. Et si son "potentiel intrinsèque reste élevé", il se pourrait que Gucci doive attendre un nouveau cycle de mode "pour retrouver une résonance auprès des consommateurs ", préviennent de leur côté les analystes de Jefferies. Le processus risque donc de prendre du temps. D’autant que les premières indications du Nouvel An chinois montrent que la demande reste relativement faible, ce qui signifie que la base de comparaison a priori plus favorable pourrait ne pas suffire à faire repasser les ventes en territoire positif à court terme.

 

Des échéances obligataires de 1,5 milliard d’euros en 2025

 

Pour Kering, 2025 s’annonce donc comme une année de transition supplémentaire. Dans ce contexte, préserver la trésorerie devient crucial. La dette nette du groupe a augmenté pour atteindre 10,5 milliards d’euros l’an dernier, sous l’effet de nombreuses acquisitions. La prise de participation de 30 % dans Valentino lui a coûté 1,7 milliard d’euros, et le groupe a investi plus de 2 milliards d’euros dans des immeubles à Paris, New York et Milan, dont le prestigieux "via Montenapoleone 8".

Ainsi, l’entreprise fait face à des échéances de dettes obligataires d’environ 1,5 milliard d’euros en 2025, 1 milliard d’euros en 2026, et plus de 1,2 milliard d’euros en 2027. Viennent s’ajouter d’autres besoins de liquidités, dont le paiement du dividende prévu cette année, réduit de plus de moitié, à 6 euros par action (contre 14 euros en 2023), qui représentera un versement d’environ 740 millions d’euros. Par ailleurs, le groupe devra anticiper un autre besoin de financement avec l’option d’achat des parts restantes de Valentino, qu’il pourra exercer en 2026, soit un investissement potentiel d’environ 4 milliards d’euros.

 

D’autres cessions d’actifs immobiliers à venir

 

Face à cette pression, Kering reconnaît lui-même la nécessité d’une "vigilance particulière" en matière de discipline financière. Le groupe devrait adopter "une approche plus agressive en matière de coûts", estiment les analystes de Jefferies. Parallèlement, il est probable qu’il poursuive ses ventes d’actifs à l’image de sa récente transaction immobilière conclue avec Ardian portant sur la majorité des parts d’un portefeuille d’actifs immobiliers de premier plan à Paris, opération dont il a récupéré 837 millions d’euros. Cette opération a été suivie par la vente de The Mall Luxury Outlets au groupe immobilier américain Simon en Italie, pour un montant de 350 millions d’euros.

L’ampleur des besoins de trésorerie potentiels à venir suggère que d’autres suivront. Selon Jefferies, totalisant déjà 1,2 milliard d’euros, les ventes d’actifs pourraient se monter à 2 milliards d’euros sur l’ensemble de 2025.

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