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Chroniques / Jean-Baptiste Noé

Chroniques
Jean-Baptiste Noé

Chronique
Le football, miroir du monde
par Jean-Baptiste Noé

La coupe du monde de football révèle les antagonismes et les relations de pouvoir dans le monde. Elle offre une vitrine pour de nombreux pays, qui y gagnent en image et en popularité, quand d’autres y perdent.

11/07/2026 - 08:28 Lecture 7 mn.

Existe-t-il une géopolitique du sport en général et du football en particulier ? Les spécialistes en débattent et ne sont pas toujours d’accord entre eux pour déterminer s’il est possible d’associer sport et géopolitique. Toujours est-il que cette coupe du monde de football agit comme un miroir des fractures et des tensions actuelles, ainsi que des rapports de force. La compétition sert aussi de catalyseur pour l’image de nombreux pays. Certains en tirent une image positive, d’autres non.

 

Une coupe du monde qui est européenne

 

Passer le filtre des premiers matchs, ce qui ressort, c’est que cette coupe du monde est en réalité terriblement européenne. Sur les huit pays qualifiés pour les quarts de finale, six sont européens, l’Argentine et le Maroc faisant exception. Ce qui est révélateur de l’état de fonctionnement du tissu associatif des pays et de leur capacité à détecter et à former des talents.

Avoir une équipe nationale compétente suppose de disposer de tout un réseau de clubs qui accueillent les enfants et les jeunes, donc d’un dense tissu associatif et de bénévoles passionnés qui consacrent leur temps à l’éducation par le sport. Il faut ensuite, à l’échelle supérieure, disposer de centre de formation pour détecter les talents et tailler les joyaux bruts pour en faire des sportifs de haut niveau. Et avoir, éventuellement, des clubs de dimension mondiale, capables de faire jouer les plus grands sportifs.

Une sélection nationale est donc le révélateur de tous ces corps intermédiaires qui effectuent un travail de l’ombre patient. Ce qui est valable pour le football l’est pour tous les sports, qu’ils soient collectifs ou individuels. Avant de s’envoler pour les États-Unis, les joueurs de l’équipe de France ont posé avec le maillot de leur club d’enfance, pour une photographie d’émotion et d’hommage à ce réseau indispensable. Ce qui suppose donc que le pays dispose d’une certaine richesse et de personnes capables de se dédier aux plus jeunes.

Sans surprise, on retrouve cela davantage en Europe qu’en Afrique et en Amérique latine.

Autre marque de la suprématie de l’Europe, la formation des joueurs une fois adulte. Le journaliste Alexandre Pratt (La Presse, Canada) a ainsi calculé le nombre de joueurs formés par pays et présents à la coupe du monde. La France arrive en tête avec 99 joueurs formés, soit l’équivalent de quatre équipes.

Parmi eux, on retrouve notamment le capitaine de l’équipe du Sénégal, 13 joueurs de l’équipe d’Algérie et plusieurs de l’équipe du Maroc. Viennent ensuite les Pays-Bas (67 joueurs), l’Allemagne (50), l’Angleterre (49). Le cas le plus emblématique étant probablement Lionel Messi, arrivé à 13 ans à Barcelone pour devenir le talent qu’il est aujourd’hui et le pilier de l’équipe d’Argentine.

Si c’est une coupe du monde, la réalité est que la suprématie européenne est totale.

 

Bonne image, mauvaise image

 

Cette coupe a également des conséquences sur l’image des pays, le Paraguay étant l’archétype de la mauvaise communication. Avant le mondial, ce pays était peu connu et ne rentrait pas dans l’imaginaire collectif, à moins d’être un passionné de l’Amérique latine. Les amateurs de football se souvenaient éventuellement du goal Chilavert, star des années 1990, qui avait la particularité de tirer les coups francs et les penaltys. Il a longtemps été la personne la plus connue du Paraguay à l’international.

L’attitude désobligeante et anti fair-play des joueurs lors du match contre la France, puis les propos racistes réitérés d’une sénatrice à l’égard de Kylian Mbappé ont créé une image négative à l’échelle mondiale qui va coller au pays de nombreuses années durant. En termes de communication internationale, c’est particulièrement négatif.

À l’inverse, les États-Unis semblent s’en être bien sortis. Un article de The Economist a ainsi constaté la grande surprise des touristes européens venus pour les matchs et découvrant un pays au niveau de vie bien supérieur au leur. L’effet du rêve américain a été réactivé, très loin des clichés habituels de l’Amérique. Une confrontation avec l’Amérique réelle qui a pu briser bien des idées fausses et, peut-être, contribuer à rapprocher les deux rives de l’Atlantique.

Celui qui a délivré une mauvaise image, mais il semble bien s’en moquer, est bien évidemment Donald Trump, intervenant directement auprès de la direction de la FIFA pour faire annuler un carton rouge à l’encontre d’un joueur américain. Une triche complètement assumée qui ruine la réputation de l’organisation et de son dirigeant, déjà en proie à de nombreuses critiques.

Comme est écornée aussi l’image de la fédération argentine de football, sous le coup d'une enquete du FBI et du DoJ pour des virements suspects vers d’obscures entreprises situées aux États-Unis, pour des montants estimés à 260 millions de dollars. L’enquête est en cours et elle devra déterminer s’il s’agit de virements normaux, de fraude fiscale ou de corruption, mais cela contribue à étoffer le soupçon autour d’une sélection qui bénéficie déjà de beaucoup de mansuétude.

Le sport et le football sont bien des révélateurs de l’image et de la forme économique et sociale des pays et ils contribuent, à l’échelle du monde, à façonner leur image dans les imaginaires collectifs. D’où l’importance de bien y figurer.

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