Chroniques / Jean-Baptiste Noé
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Jean-Baptiste Noé
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Talarico / Paxton : duel au Texas
par Jean-Baptiste Noé
Deux lignes politiques, deux ambitions, deux générations : James Talarico et Ken Paxton se livrent un combat sans merci au Texas, qui trouvera sa résolution lors des élections de novembre. Le résultat déterminera une grande partie de la prochaine présidentielle.
Depuis que les États-Unis sont indépendants, ils ont contribué à façonner l’imaginaire européen. C’est encore plus vrai depuis le vingtième siècle et leur domination mondiale. Quoi que l’on pense des États-Unis, les événements de leur politique intérieure influencent les politiques européennes. C’est pourquoi le duel James Talarico (démocrate) Ken Paxton (républicain), qui se réglera par l’élection de novembre prochain conditionnera non seulement la présidentielle de 2028, mais aussi une partie de la vie politique européenne. Cela tient aux lignes politiques que chacun des candidats défend, mais aussi au poids économique et industriel du Texas, qui est en train de détrôner la Californie pour devenir le nouvel État de la tech et de l’innovation, et pas seulement celui du pétrole.
James Talarico, le démocrate nouvelle génération
Il a 36 ans et déjà représentant du Texas depuis 2018. Lors des primaires, il a vaincu ses concurrents démocrates pour pouvoir se présenter lors des élections de novembre.
James Talarico ne représente pas seulement une nouvelle génération, mais aussi une nouvelle ligne démocrate. Il a rompu avec le wokisme et le progressisme débridé des universités comme avec le gauchisme d’un Bernie Sanders. D’une certaine façon, Talarico revient à un parti démocrate plus centriste, moins radical et clivant. Mais il renoue aussi, et c’est sa volonté politique, avec la ligne religieuse des démocrates.
Petit-fils de pasteur baptiste, diplômé d’un master en étude religieuse, il revendique explicitement d’articuler politique progressiste et foi chrétienne, en s’opposant frontalement au nationalisme chrétien porté par le mouvement MAGA. « Je ne crois pas au christianisme progressiste ou conservateur, je crois au christianisme biblique » a-t-il coutume de dire. Ou dans une autre de ses formules : « Ce n’est pas gauche contre droite, c’est le haut contre le bas ».
Cette ligne est à la fois nouvelle, par rapport aux politiques suivies par les démocrates depuis la fin de l’ère Obama, et ancienne car elle renoue avec celle des démocrates des années 1960-1970, époque où le Texas était un bastion démocrate, mais des démocrates opposés aux droits civiques des Noirs.
La ligne suivie par James Talarico rencontre un grand succès, dont témoigne sa victoire au primaire. Il a levé 27 millions de dollars au premier trimestre 2026, ce qui est un record pour un candidat au Sénat, tous États confondus. Sa puissance numérique est immense : 1,5 million de followers TikTok et 2 millions sur Instagram. Télégénique, doué pour le débat, doté d’une grande culture et d’une solide colonne vertébrale, il représente l’avenir des démocrates.
Ken Paxton, la fidélité trumpiste
Face à lui, Ken Paxton, 63 ans. Une autre génération et une autre ligne politique. Attorney General du Texas, il a battu le sénateur sortant lors de la primaire républicaine et représentera donc le GOP en novembre. Un duel de style, de conviction, de fidélité face à James Talarico. Soutenu sans réserve par Donald Trump, il incarne la fidélité au trumpisme et au mouvement MAGA. Les électeurs texans auront donc le choix entre deux lignes claires.
Les enjeux d’une élection
Cette élection sénatoriale recèle plusieurs enjeux majeurs.
Si Paxton gagne, ce sera la confirmation de l’ancrage républicain du Texas, qui n’a plus élu un républicain au Sénat depuis 1994. Sa victoire serait une confirmation de la politique de Trump.
Au contraire, sa défaite serait un désaveu majeur, pour les républicains, mais obligerait les démocrates à se redéfinir, tant Talarico incarne une autre ligne, plus centriste, moins radicale. Et surtout, beaucoup plus religieuse.
Talarico, avec d’autres démocrates, veut en effet combler le « God Gap » et assurer la reconquête chrétienne. La force de Donald Trump et du mouvement MAGA est d’avoir capté l’électorat chrétien, notamment les catholiques et les Latinos, bastion traditionnel du parti démocrate. En revenant aux valeurs, à Dieu et à la foi, les démocrates espèrent reconquérir cet électorat. Mais ce n’est pas qu’un calcul politique cynique, c’est aussi une conviction politique profonde, ancrée dans l’histoire américaine, notamment Martin Luther King. Andy Beshear, gouverneur du Kentucky et probable candidat à la présidentielle 2028, a ainsi publié un livre entièrement centré sur sa foi. Talarico a eu des formules très rudes, désignant le nationalisme chrétien comme « une adoration du pouvoir au nom du Christ » et « une perversion de la foi ».
Cette élection pour le Sénat voit donc s’opposer deux hommes et, à travers eux, deux visions de la politique et de la société. Entre les républicains évangéliques et les démocrates qui veulent combler le « fossé de Dieu », le combat est autant politique qu’intellectuel.
Texas : pièce centrale américaine
Le fait que cette bataille ait lieu au Texas est également majeur pour les États-Unis. C’est l’un des États les plus peuplés de l’Union et donc parmi ceux qui donne le plus de grands électeurs. C’est aussi un État en pleine transformation économique, qui quitte l’omniprésence du pétrole pour se tourner vers la tech et le numérique.
Le Texas a l’ambition de devenir une nouvelle Californie, mais sans les excès des démocrates californiens ni les drames que connaissent San Francisco et Los Angeles. Or le Texas donne sur l’Atlantique, via le golfe du Mexique, et Houston est l’un des plus importants ports des États-Unis. C’est l’axe Grands Lacs / Grandes plaines ainsi que la ceinture du soleil depuis la Floride. Le Texas bénéficie du Mexique riche et développé situé de l’autre côté de la frontière, comme des échanges avec l’Amérique latine, via la mer.
Dans cet essor du Texas, deux îles peuvent jouer un rôle important. Cuba, d’une part, qui contrôle l’accès au golfe et dont le gouvernement est en train de changer sa politique intérieure pour éviter l’effondrement ; la Martinique d’autre part, située à 2 000 miles nautiques de Houston, soit une dizaine de jours de navigation.
250 ans après l’indépendance des États-Unis, il y a matière à redéployer une vision géopolitique américaine de la France, en s’appuyant sur les Antilles et les îles de la Guadeloupe et de la Martinique. Si le Texas poursuit son ascension économique, la France en Amérique aurait tout intérêt à se connecter à ce territoire qui va jouer un rôle crucial dans les prochaines années.
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