WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
précédent 1/1 suivant
Evening recap
précédent 1/1 suivant
1/1 suivant

éditorial / Laurent Bigorgne

éditorial
Laurent Bigorgne

éditorial
Enfin massif ?
par Laurent Bigorgne

Comme chaque année au début du mois de juillet, économie et politique avaient rendez-vous, cette semaine, à Aix-en-Provence sous les auspices du Cercle des économistes. Plusieurs candidats à l’élection présidentielle sont ainsi venus à la rencontre des dirigeants d’entreprise et des économistes « naviguer dans un monde sans repères », comme les y invitait le titre de l’événement cette année.

05/07/2026 - 06:25 Lecture 8 mn.

En l’absence de primaire

 

À Aix, les candidats sont surtout venus tenter de rassurer leur auditoire. Les mots d’amour ont abondé. Les preuves attendront : pour la plupart, les programmes ne sont manifestement pas prêts… C’est un des problèmes de l’absence de primaire à la droite et au centre : nul n’est incité à se presser et il n’y a pas de moments formels de comparaison institués entre les différents candidats, ce qui peut contribuer à une forme d’imprécision sur les caps et les mesures proposées par chacun.

L’ambiance estivale qui régnait aux Rencontres d’Aix ne doit cependant pas masquer une réalité crue. Hier, le taux de l’obligation française à 10 ans était toujours devant celui de l’Allemagne, de l’Espagne et il a même redépassé celui de la Grèce et de l’Italie. Après avoir atteint près de 4 % mi-mai, il remonte à nouveau. 

Il va falloir davantage que des paroles pour redresser la situation budgétaire de l’État et nos comptes sociaux. Pour mémoire, le déficit de ces derniers a atteint 21,6 milliards d’euros en 2025, c’est-à-dire un niveau jamais atteint hors période de crise économique ou sanitaire. Les dépenses de maladie comptent pour près de 16 milliards d’euros dans ce dérapage et leur déficit pourrait culminer, si rien n’est fait, à près de 20 milliards en 2029. Pour mémoire, il atteignit 30 milliards en 2020 et 26 milliards en 2021, qui correspondent à deux années de pandémie globale !

On est surpris de la légèreté avec laquelle ce sujet est traité, puisque pour Edouard Philippe, dans Les Échos cette semaine, il est clair qu’ « on ne pourra pas dépenser moins sur la santé, ce n’est pas souhaitable ». Quant à Gabriel Attal, il renvoie d’abord à « la spirale infernale des arrêts maladie ».

La situation du pays exige des programmes audacieux et elle bénéficierait donc d’une compétition forçant ces candidats à formuler des propositions ambitieuses. Pourtant, les uns et les autres se rêvent déjà au second tour et sont plutôt à l’affût, comme Gabriel Attal, d’opportunités de débat avec Jordan Bardella. À Aix, les trois candidats du bloc central se sont soigneusement évités… On regrette que les organisateurs ne les aient pas conviés à un débat commun, car il sera trop tard l'an prochain. Il eût mieux valu leur imposer un format et risquer de ce fait leur absence, que de les faire venir pour dire si peu, non ? Il est à souhaiter que rapidement après l’été, de tels moments démocratiques se multiplient.

 

Bruno Retailleau chiffre et documente

 

La droite reste traumatisée par le débat d’entre-deux tours de la primaire entre François Fillon et Alain Juppé, du fait des coups, que certains trouvèrent bas, que le second porta au premier. L’ensemble du processus de la primaire manqua de peu de porter à l’Élysée l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy. Il avait, de loin, le programme le plus ambitieux pour la croissance du pays comme pour le retour à l’équilibre des comptes publics !

Dix ans plus tard, Bruno Retailleau a joué lui aussi le jeu de la transparence en présentant son programme économique en détail depuis plusieurs mois. Il propose 120 milliards d’euros d’économies sur les dépenses publiques, le non-remplacement de 250 à 300 000 fonctionnaires partant à la retraite (soit trois fois plus que Gabriel Attal), le retour à un fonctionnement normal de notre système de solidarité avec 30 milliards d’euros d’économies et un choc fiscal de 40 milliards d’euros pour les entreprises dès 2027. Ces mesures doivent bien sûr être débattues, mais au moins sont-elles sur la table et documentées depuis le début de l’année déjà.

Édouard Philippe livrera peut-être aujourd’hui, à l’occasion de son meeting de lancement de campagne, quelques indications sur ses intentions. Sa volonté de rester le maître des horloges – véritable gimmick qu’il emprunte à Emmanuel Macron dont c’est l’obsession depuis sa campagne gagnée en 2017 – l’a conduit à dévoiler très peu du contenu de ce « programme massif » qu’il a annoncé depuis quelques mois.

 

Le dimanche d’Édouard Philippe ?

 

Ce vide a laissé d’autres parler à sa place. C’est ainsi qu’on peut lire l’arrivée, à ses côtés, ces dernières semaines auprès du maire du Havre de Nathalie Kosciusko-Morizet, de Jean-François Copé ou même le énième revirement de Laurent Wauquiez, qui le pare désormais de qualités qu’il ne lui avait jamais spontanément reconnues, allant jusqu’à le comparer à Bonaparte.

L’effet produit par cette reconstitution de ligue dissoute – l’ancien UMP d’il y a 20 ans – n’a rien de vraiment massif, d’autant qu’aucune de ces personnalités ne s’est distinguée par sa capacité à convaincre les Français de son apport irremplaçable à la vie publique de notre pays.

À force de retarder le moment de parler du fond – son diagnostic, sa vision, sa stratégie et les conditions de son exécution -, l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron donne le sentiment d’organiser un casting permanent plutôt que de s’attaquer aux vrais sujets. Son interview dans Les Échos mardi va dans le bon sens, mais elle n’a rien de nouveau ni de massif. Édouard Philippe vise 2 % de déficit en 2032 contre 5,1 % en 2025, encore heureux !

Il fait un pas en avant sur le financement de la protection sociale qui ne peut plus l’être « essentiellement par le travail », mais il ne va pas plus loin que ce diagnostic que chacun connaît déjà. Les généralités et les angles morts sont nombreux dans cette interview… Sur la méthode, notamment pour la réforme des retraites, on comprend qu’il y aura discussion avec les partenaires sociaux, alors que la campagne présidentielle et le suffrage des Français doivent permettre de trancher ce sujet. Une nouvelle hésitation… Peut-être saurons-nous enfin aujourd’hui si Édouard Philippe va enfin franchir son Rubicon ou s’il continuer de préférer les petits pas. Au risque de faire du surplace.

 

laurent@fnxlb.org

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Laurent Bigorgne

Éditorial / Macron, encore et encore ?

28/06/2026 - 06:22

Éditorial / Laurent Bigorgne

Éditorial / Les « idiots utiles » du Sénat

21/06/2026 - 06:25

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Talarico / Paxton : duel au Texas

04/07/2026 - 08:28

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Indonésie : l’ambiguïté du nickel

27/06/2026 - 08:22

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Paix avec l’Iran : le monde a changé

20/06/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Le monde défile à Pékin

13/06/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Quand le pétrole monte, l’économie tangue

06/06/2026 - 08:25

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Léon XIV : les enjeux mondiaux de l’IA

30/05/2026 - 08:28

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / L’Iran s’arroge Ormuz

23/05/2026 - 08:25