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Benoit Coeuré inquiet de l'endettement des entreprises françaises

Dans une interview à France Info, le membre du directoire de la BCE a soutenu l'idée d'Emmanuel Macron, d'un budget européen commun. Il s'est par ailleurs inquiété de la forte hausse de l'endettement des entreprises françaises.
Benoît Coeuré
Benoît Coeuré

Benoit Coeuré a repris ce matin une thématique chère à son "patron", Mario Draghi, qui ne cesse de le répéter depuis qu'il est à la tête de la BCE : la politique monétaire n'aura aucun effet bénéfique si elle n'est accompagnée de réformes structurelles dans tous les pays de la zone euro. Sauf que, le -seul- membre Français du directoire de la BCE, a proféré ce conseil à son propre pays, dans une interview sur France Info : interrogé sur la nécessité pour l'Hexagone de diminuer davantage les dépenses publiques, l'ancien directeur adjoint du Trésor, a ainsi affirmé qu'il fallait que "la France ait une capacité de réaction économique lorsque la croissance ralentira, et ne se repose pas entièrement sur la politique monétaire". En somme, la France doit aussi faire sa part du travail, ce qu'elle est bien en train d'accomplir, a reconnu Benoit Coeuré : pour recréer de la confiance il faut "mener des réformes et cela, la France le fait", a ainsi affirmé l'économiste, nommé au directoire de la BCE il y a bientôt six ans.

Le représentant de la banque de Francfort a par ailleurs soutenu l'idée défendue par le Président Emmanuel Macron, d'un budget européen commun, avec davantage de solidarité. Un projet selon lui nécessaire, pour permettre aux Etats de retrouver "une force de frappe budgétaire" et éviter que ces derniers ne comptent uniquement sur la politique menée par la BCE. Ce projet devrait en revanche prendre du temps, et "les idées françaises ne vont pas s'imposer à l'Europe par magie", a martelé Benoit Coeuré. D'où la nécessité pour son pays de prouver qu'il est capable de mettre en place des réformes. 

Autre sujet sur lequel les membres de Francfort sont visiblement aux aguets, celui de la hausse de l'endettement privé, qui pourrait être selon le membre du directoire, l'une des causes de la prochaine crise économique. "Il y a des petits signaux d'inquiétude. En France, par exemple, la dette des entreprises progresse très vite", a affirmé Benoit Coeuré. A la fin du premier trimestre 2017 en effet, l'endettement des entreprises et des ménages français a atteint près de 130% du PIB, représentant une hausse de 34 points en dix ans. Si ce niveau reste inférieur à celui de l'Espagne ou de la Grande-Bretagne, l'Hexagone est le seul pays où l'endettement privé a progressé aussi rapidement. Mais c'est surtout la dette des entreprises qui inquiète la BCE : celle-ci représentait fin mars 2017 72,1% du PIB, soit un niveau deux fois supérieur à celle des sociétés non financières allemandes et une hausse de 750 milliards d'euros sur dix ans.

Ironie du sort, c'est justement la faiblesse des taux qui a entraîné cette hausse de l'endettement des entreprises de l'Hexagone, ces dernières ayant profité de niveaux historiquement bas pour se refinancer sur les marchés. Un environnement de taux dont la BCE est donc directement responsable ! Benoit Coeuré a d'ailleurs reconnu que le maintien des taux bas sur une durée prolongée pouvait créer des risques pour la stabilité financière : "plus longtemps nous mènerons ces politiques, plus longtemps les taux resteront bas, et plus ces risques existeront, nous en sommes conscients", a-t-il concédé. Une façon de préparer les membres de la zone euro et les entreprises françaises notamment, à la remontée des taux directeurs. Selon les anticipations des marchés, la première pourrait avoir lieu début 2019. Les entreprises françaises les plus endettées devraient donc normalement avoir le temps de se préparer.

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