Brexit : deux tiers des entreprises n'ont pas encore de stratégie
Il ne reste plus que trois petites semaines à Theresa May pour convaincre les 27 Etats de valider la première phase des négociations et d'entamer ainsi celle concernant les relations commerciales entre l'UE et le Royaume-Uni. Le montant de la facture est toujours le principal sujet de discorde entre l'UE et les Britanniques, même si le gouvernement aurait accepté de revoir à la hausse ce qu'il est prêt à débourser. Le temps presse, car plus les négociations avanceront rapidement, plus les entreprises et le secteur financier britannique pourront se projeter et préparer l'avenir de leur business post-Brexit. Sans clarification d'ici au mois de mars prochain, une bonne partie d'entre elles pourraient décider de déménager sur le Vieux Continent, afin de réduire au maximum leurs risques.
Car les entreprises sont pour l'instant dans le brouillard le plus complet quant à leur avenir au Royaume-Uni post-Brexit. Selon une enquête menée par JP Morgan lors d'un forum sur le cash management à Londres réunissant les cadres d'une cinquantaine d'entreprises internationales, 2/3 d'entre eux n'avaient toujours pas finalisé leur stratégie de gestion de trésorerie en cas de Brexit. Ainsi, 47% des cadres interrogés ont répondu qu'ils étaient encore en train de travailler sur le sujet, 21% ont affirmé qu'ils n'avaient même pas commencé mais qu'ils étaient conscients de la nécessité de prévoir un plan en cas de Brexit et seuls 8% disposaient déjà d'une stratégie prête à être mise en oeuvre.
Une impréparation qui découle directement du manque de précision du gouvernement, qui n'a pour l'instant publié que très peu de documents sur le site du ministère du Brexit, détaillant ses attentes en matière commerciale, financière ou douanière. Si la Première ministre britannique défend une telle stratégie auprès de l'UE, préférant ne pas dévoiler ses cartes pour pouvoir avoir des marges de manoeuvre au fur et à mesure des négociations, elle pénalise en revanche l'activité des entreprises du pays. "Depuis le 29 mars 2017 et le déclenchement de la procédure de retrait de l'UE, l'économie britannique ne tourne vraiment pas rond et multiplie les signes de faiblesse", affirme ainsi Jean-Luc Proutat, économiste chez BNP Paribas. Et de citer notamment des chefs d'entreprise de plus en plus nombreux à annuler ou reporter leurs investissements. "En octobre, la Confederation of Brisith Industry alertait sur la détérioration du climat des affaires dans le commerce de détail et l’industrie, à contre-courant de la tendance mondiale", poursuit ainsi l'économiste.
L'impréparation des entreprises au Brexit souligne en tout cas l'urgence pour le gouvernement britannique de garantir une période de transition, post mars 2019, qui maintienne une forme de statu quo entre l'UE et le Royaume-Uni, pour permettre aux sociétés d'avoir plus de temps pour se préparer à la sortie. En attendant, Theresa May doit rencontrer aujourd'hui le président du Conseil européen Donald Tusk, pour discuter de la facture et de l'avenir des relations entre son pays et l'UE.
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