Une deuxième chance pour les volailles Doux
EXCLUSIF.
Le plan de continuation a été déposé au tribunal. Le management mise sur un partenaire saoudien et un ambitieux programme d'investissement pour sortir du redressement judiciaire et sauver 2 200 emplois.
Il était attendu de pied ferme par les syndicats, les 2 200 employés et même les 5 000 personnes qui vivent indirectement du fabricant de volailles Doux. Selon les informations de Wansquare, le plan de continuation du groupe a été déposé au greffe du tribunal de commerce de Quimper vendredi par les administrateurs judiciaires.
Au plan capitalistique, les grandes lignes du projet, conduit par le directeur général Arnaud Marion et ses équipes, ont déjà été dessinées: l'investisseur Didier Calmels prendra 52,5% des parts via sa holding Développement et Partenariat Finance. Le financier a d'ores et déjà racheté 142 millions d'euros de créances détenues par Barclays, pour un montant resté inconnu. Le groupe va par ailleurs proposer un remboursement immédiat de 15% de leur dû à ses créanciers (25% pour les créanciers de la partie élaborée), ou bien un rééchelonnement sur dix ans, en attendant un retour à meilleure fortune. Ce qui, au terme de l'opération, devrait ramener le passif entre 60 et 80 millions d'euros, contre 340 millions d'euros aujourd'hui.
Deuxième partenaire clé: le saoudien Almunajem, un des principaux clients de Doux qui le soutient depuis son dépôt de bilan. Celui qui avait déjà fait un chèque de 10 millions d'euros à l'été 2012 s'arroge 25% du capital. Sa position s'explique par une évolution de marché défavorable: sur les 5-6 acteurs brésiliens qui représentaient plus de 80% des exportations de volailles vers le Moyen-Orient, il n'en reste désormais plus que deux. Le seul autre marché est français, et regroupe deux entreprises: Doux (75% du marché) et Tilly-Sabco, d'où la volonté de promouvoir cet acteur alternatif français pour l'export au Moyen-Orient.
Surtout que les deux entreprises viennent d'être frappées par la décision de Bruxelles de supprimer ses restitutions, les aides à l'exportation pour les poulets congelés. Pour Doux, cela représente une perte annuelle sèche de 58 millions d'euros par an. Certes, le groupe a bénéficié de la baisse du prix des matières premières, mais les deux tiers de l'effort sur ce montant sont constitués d'économies de fonctionnement et d'achat. Ce gros travail de restructuration, qui a déjà conduit à la suppression de 1000 postes, a permis de dégager 40 millions d'euros de cash flows pendant la période d'observation, dont la moitié grâce à une cession.
Mais le but est de poursuivre l'effort de modernisation de l'outil industriel de Chateaulun, qui produit déjà un demi-million de poulets par jour. Pour cela, une enveloppe de 80 millions d'euros a été allouée sur huit ans. Tout cela afin de parvenir ainsi à dégager 20 millions d'euros de cash flows annuels à partir de 2015, notamment grâce à l'export au Moyen-Orient, où Doux détient 12% de parts de marché.
Le plan de continuation, approuvé par la famille fondatrice qui gardera 22,5% des parts, est donc l'exemple du travail optimal qu'a pu fournir le management de transition pour financer l'exploitation malgré un manque-à-gagner, et trouver un partenaire stratégique dans un marché en pleine croissance. Ce dossier dénote par rapport aux autres sociétés françaises d'envergure qui, comme Kem One (1 400 salariés), Gad SAS (700 employés) ou encore Virgin (1200), ont fini ou se dirigent dans le mur. Et pourrait même servir de précédent pour que, dans ce cas de figure, un redressement judiciaire soit prononcé sans tarder, afin de mettre en place une stratégie de retournement rapide et efficace.
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