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Pétrole: les mouvements sociaux peuvent aussi influencer les prix
Le cours du pétrole est reparti à la baisse depuis le début du mois de juin, où le Brent avait franchi la barre des 50 dollars pour la première fois depuis huit mois, et se traitait ce matin autour de 48 dollars le baril. A très court terme, le vote sur le Brexit a fait plonger les cours de l'or noir, dans un marché où l'ensemble des actifs a réagi à la baisse et de façon corrélée, hormis bien sûr, l'or.
Mais le pétrole pourrait de nouveau s'apprécier au delà du seuil symbolique des 50 dollars, estiment les analystes, alors que la perspective d'une hausse des taux au Etats-Unis s'est éloignée avec le résultat du vote britannique. Si Janet Yellen décide effectivement de reporter la prochaine hausse des taux directeurs à la fin de l'année, le billet vert devrait baisser cet automne et soutenir le baril.
A très court terme, il est également intéressant de noter que l'annonce d'une grève de plus de 7500 personnes dans le secteur pétrolier norvégien ce samedi, devrait soutenir les prix du Brent à la hausse dans les prochains jours, soulignant la façon dont les mouvements sociaux peuvent provoquer des remous sur le marché de l'or noir, au-delà des principaux fondamentaux qui constituent l'offre et la demande.
Côté français, les grèves des raffineries du printemps ont elles aussi sensiblement perturbé le secteur: elles ont ainsi entraîné une hausse record des stocks de brut dans les ports d'Amsterdam Rotterdam et Anvers, qui sont passés de 3,5 millions de barils à 65,635 millions de barils sur la semaine du 12 au 17 juin, selon les données de Genscape Inc, citées par Bloomberg. C'est un plus haut depuis que Genscape traque ce genre de données. La société a par ailleurs précisé que 73% de l'espace disponible dans les ports néerlandais était désormais occupé. Les réserves de pétrole aux Pays-Bas et en Belgique n'avaient pas dépassé les 65 millions de barils depuis onze ans selon l'agence internationale de l'énergie. Au moins trois tankers contenant cinq millions de barils ont effectivement dû faire demi-tour au Havre et rejoindre un port du Nord en mai et juin, ce qui a notamment provoqué cette hausse soudaine des stocks dans les pays limitrophes de la France.
Les mouvements de grève en France ont éliminé jusque 900 000 barils par jour du marché français, au plus fort de la grève au mois de juin, soit l'équivalent d'une cargaison complète de brut selon l'indice Dated Brent. La grève aura coûté en moyenne 150 000 barils par jour au marché français en mai et 300 000 par jour ce mois-ci, selon les estimations de l'AIE. Au plus fort des grèves, quatre des huit principales raffineries du pays étaient à l'arrêt tandis qu'une cinquième raffinerie n'a pas fonctionné à plein régime. "Les grèves en France ont surtout eu un impact sur les prix des produits pétroliers : l'excédent qui existait sur le marché français a été absorbé, contraignant le gouvernement à puiser dans ses stocks stratégiques", explique ainsi Harry Tchilinguirian, analyste chez BNP Paribas. Du coup, le cours de l'essence et du diesel s'est sensiblement apprécié.
La situation des ports néerlandais et la hausse du prix des produits pétroliers en France au printemps souligne à quel point le marché de l'or noir reste dépendant des aléas politiques ou géopolitiques. Et combien il est difficile d'apprécier l'évolution du marché depuis quelques mois, alors que plusieurs interruptions surprise de la production ont perturbé le marché. Fin mai déjà, l'intensification des attaques contre les installations pétrolières étrangères du mouvement de rébellion MEND au Nigeria avait pesé sur l'offre de pétrole du pays, premier producteur d'or noir d'Afrique : sur le mois de mai, la production journalière était ainsi passée de 1,9 million de barils par jour à 1,4 million, soit un plus bas depuis 1994. Si le mouvement de rébellion s'est calmé depuis, le marché n'est pas à l'abri d'un nouvel événement perturbateur de la sorte. La grève de samedi en Norvège, l'un des premiers producteurs d'or noir européens, avec 1,96 million de barils par jour, soit 2,1% de la production mondiale, permettra également d'apprécier, dans une moindre mesure, l'impact du facteur social sur les marchés de l'or noir.
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