Espagne : le problème vient bien de la dette extérieure
EXCLUSIF.
Le vrai boulet au pied de l'Espagne est celui de sa dette extérieure, qui représente 90% du PIB. Si bien que la BCE doit aujourd'hui se substituer aux investisseurs étrangers.
"L'Espagne n'a pas de problème de dette publique, qui est d'ailleurs inférieure à celle de l'Allemagne", a déclaré le ministre des Finances allemand Wolfgang Schaüble, dans un entretien au quotidien El Pais début juillet. Pourquoi dans ces conditions le pays est il attaqué depuis plusieurs semaines par les marchés et est-il associé à la crise de la dette souveraine qui frappe le sud de l'Europe ? Parce que selon Goldman Sachs, Madrid est plombée par son endettement extérieur. Fin 2011, les engagements nets du pays à l'étranger étaient proches de ceux de la Grèce ou du Portugal.
Cette accumulation d'endettement extérieur remonte à la période des années 2000 : la croissance du pays à cette époque est surtout venue des secteurs non marchands, tandis que la hausse des salaires a nui à la compétitivité du pays. Dans le même temps, la demande intérieure a fortement augmenté et la faible compétitivité des produits espagnols a conduit à une très forte hausse des importations, soutenue par un accès au crédit facile avec des taux d'intérêt très bas. La naissance de l'union monétaire a maintenu les taux d'intérêt artificiellement bas, ce qui a notamment conduit à des déséquilibres très importants. Si l'Espagne avait dû uniquement compter sur son épargne domestique pour se financer pendant cette période, cela aurait permis de faire monter les taux d'intérêt et aurait sans doute évité le boom immobilier.
Autre facteur qui a contribué à accroître la dette extérieure du pays: la hausse de titres souverains détenus par des investisseurs étrangers, tandis que l'Espagne troquait ses titres obligataires contre des actions. La dette extérieure espagnole représente 90% de son PIB ; or selon le FMI, les pays qui possèdent un endettement externe supérieur à 40% de leur PIB sont sérieusement exposés à une crise de la dette".
Mais la crise de Lehman a coupé court au crédit privé, et l'Espagne ainsi que d'autres pays périphériques ont dû se tourner vers la BCE notamment. "L'Espagne est un excellent exemple de pays qui a accumulé de la dette à l'extérieur pendant la période faste du début du XXIème siècle, puis s'est soudainement retrouvé à court de financement", expliquent les analystes. Si le secteur privé et les investisseurs étrangers continuent à être réticents à prêter au pays, son endettement extérieur devrait progressivement se rétablir. Mais en attendant, la BCE devra se substituer aux investisseurs privés pour lui permettre de continuer à se financer. L'Espagne devra aussi, dans le même temps, améliorer sa compétitivité pour renforcer sa croissance et réduire sa dépendance à l'extérieur.
© Copyright WanSquare
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article
À lire aussi

