Les cadences infernales de la banque
EXCLUSIF.
Les horaires des banquiers font la une après l'annonce en début de semaine de la mort d'un stagiaire de Bank of America à Londres. Les volumes horaires sont pointés du doigt.
"Esclavage à la City". Ainsi titrait The Independent mardi dernier après l'annonce de la mort de Moritz Erhardt, qui effectuait un stage d'été chez Bank of America Merrill Lynch à Londres. Selon les témoignages recueillis, l'allemand de 21 ans avait passé huit nuits blanches à travailler au cours des deux dernières semaines. Au-delà de l'aspect tragique de la nouvelle, ce sont les cadences infernales des banques qui suscitent désormais le débat.
Interrogée par le Financial Times, l'association Intern Aware, qui milite pour un meilleur traitement des stagiaires, a dénoncé la culture des semaines à 100 heures exigées des stagiaires d'été des banques de la City.
Mais le problème ne se limite pas aux stagiaires. Moritz Erhardt n'est que le dernier d'une longue liste de banquiers décédés prématurément. Le 17 décembre, Andrew Littell, responsable Europe du trading obligataire chez CVC Partners, décédait d'une insuffisance cardiaque à l'âge de 44 ans. En 2008, Gavin Macdonald, responsable M&A de Morgan Stanley, est mort d'une crise cardiaque à l'âge de 47 ans.
Une étude publiée par Financial News appuie les accusations d'Intern Aware et révèle que les métiers de la banque sont parmi les plus exigeants en termes de volume horaire. La banque d'investissement étant le milieu où les effectifs travaillent le plus, entre 70 et 100 heures hebdomadaires. Les traders, quant à eux, travailleraient "seulement" 50 à 60 heures par semaine.
Sous couvert d'anonymat, une source d'une clinique de Londres, révèle avoir constaté une forte augmentation du nombre de professionnels des services financiers souffrant d'arythmie cardiaque et de fibrillation auriculaire au cours des dernières années. Il a déjà été prouvé que les volumes horaires contribuent à l'apparition de troubles coronariens. Les personnes qui travaillent plus de 11 heures par jour en moyenne ont, de fait, 67% de chances supplémentaires de développer une maladie cardiaque que celles travaillant huit heures par jour.
Par ailleurs, la pression inhérente au milieu des affaires conjuguée aux longues heures est un cocktail explosif qui influe sur la santé des banquiers. Mika Kivimäki, professeur du département d'épidémiologie et de Santé Publique de l'University College de Londres, souligne que l'environnement professionnel joue un rôle prépondérant dans l'apparition de certaines pathologies. "La combinaison de fortes charges de travail et d'ambitions professionnelles élevées [...] font augmenter de 20% le risque de maladie cardiaque", précise-t-il, après avoir mené une étude en 2012 auprès de dizaines de milliers de banquiers.
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