M&A: la France, acteur de 5 des 10 plus gros deals européens du semestre
L'incertitude est le poison des M&A en principe. Et pourtant, une fois n'est pas coutume, les entreprises françaises ont défié les attentes et ont démontré un activisme sans précédent au premier semestre 2017, alors même qu'une campagne présidentielle inédite battait son plein. Conscients des enjeux de disruption et de consolidation de leurs industries, les corporates ont multiplié les offensives, qu'il s'agisse de fusions entre grands acteurs français de leur secteur, comme Safran-Zodiac ou Gecina-Eurosic, ou même d'optimisation, comme lorsque la famille Arnault s'est renforcée dans LVMH, en lui vendant Dior Couture.
Résultat, si la plus grosse transaction européenne du semestre – le rachat de l'espagnol Abertis par l'italien Atlantia pour 16,3 milliards d'euros- n'implique pas de Français, ils sont pourtant présents sur cinq des 10 plus gros deals européens de ces six premiers mois, selon Dealogic. Tout d'abord avec Essilor, le leader mondial de l'optique qui a décidé de doubler de taille en se mariant avec l'italien Luxottica, afin de former un mastodonte de 46 milliards d'euros. Une opération qui a fait grincer des dents Marc Simoncini, lui qui s'est attaqué au marché de l'optique en ligne avec Sensee et a promis de réduire de 50% les prix pratiqués en boutique.
Ensuite, vient un deal plus complexe, qui regroupe deux opérations: l'OPA de Groupe Arnault sur Christian Dior, et la cession de Dior Couture à LVMH, le tout pour la modique somme de 12 milliards d'euros pour Groupe Arnault. Le prix du renforcement de la famille au capital de LVMH, dans des conditions de financement optimales à l'heure actuelle.
Enfin, le marché français a été porté par deux grandes transactions franco-françaises: le rapprochement entre Safran et Zodiac, qui a survécu aux déboires de cette dernière. Le prix a ainsi été revu à la baisse de 15% fin mai, après un nouveau profit warning de la part de la cible, mais a tenu bon. De même, Eurosic après s'être affrontée à Gecina il y a quelques mois, a finalement succombé aux sirènes de la foncière il y a seulement dix jours.
Outre ces grandes manœuvres, on peut citer Vivendi-Havas, la cession d'Engie E&P ou encore des activités européennes de GM (Opel) en Europe parmi les grands mouvements de ce début d'année. Au total, les M&A français ont ainsi bondi de 60% au premier semestre par rapport à la fin d'année, à 70,13 milliards de dollars, selon Dealogic. Les industriels ont largement devancé les fonds de private equity et autres acheteurs financiers, dont le marché a reculé de 27% par rapport à la fin 2016. Outre les laboratoires Cerba, cédés par PAI Partners à un groupe d'investisseurs, seule la vente de 15% du capital d'Eurazeo par Crédit Agricole a agité le microcosme financier parisien, ce qui a profité au chevalier blanc JC Decaux. Mais le perdant de l'affaire, Tikehau, n'a probablement pas dit son dernier mot et pourrait lui aussi agiter les M&A des prochains semestres.
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