Macro-économie / Taux
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Taux d’intérêt : la BCE temporise / Des effets de second tour liés au choc énergétique encore absents
Si Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, tenait sa conférence de presse post-réunion du Conseil des gouverneurs cet après-midi, c’est ce matin que la Française a le plus fait parler d’elle. En effet, la banquière centrale a annoncé son départ de l’institution de Francfort, départ qui aura lieu le 7 février prochain, soit neuf mois avant la fin de son mandat.
Elle l’a justifié par sa volonté de pouvoir retrouver une liberté de parole ne pouvant assumer de « rester neutre » en lien avec son rôle de patronne de la BCE. « Je m’intéresse à la vérité, et je constate qu’elle est très souvent altérée, contredite par des représentations déformées de la réalité », a-t-elle indiqué. Elle participera aux deux prochaines réunions de politique monétaire du Conseil des gouverneurs (16 et 17 décembre, 3 et 4 février) avant de faire ses valises.
À l’issue de celle des deux derniers jours, le Conseil des gouverneurs a décidé de ne pas réviser le niveau de son principal taux d’intérêt directeur. Le taux d’intérêt de la facilité de dépôt se situe ainsi toujours à 2,50 % ; pour mémoire, du fait des retombées inflationnistes de la guerre en Iran, il a été relevé de 25 points de base à deux reprises depuis le début de l’année.
« Bien que les effets complets du choc énergétique soient encore en train de se déployer, l’inflation sous-jacente est restée globalement stable jusqu’à présent et les salaires ne montrent, à ce stade, aucune réaction significative », a pointé Christine Lagarde. Dernièrement, si l’inflation de la zone euro est passée de 3,2 % en août à 3,8 % en septembre, sa composante hors énergie a atteint 2,3 % en septembre, après 2,1 % en août.
Par ailleurs, Christine Lagarde a indiqué que les tensions salariales restaient modérées. La rémunération par salarié a progressé de 3,3 % au deuxième trimestre, contre 3,6 % au premier trimestre. Dans le même temps, l’amélioration de la productivité a contribué à contenir la progression des coûts salariaux unitaires, a-t-elle fait valoir. « Notre indicateur prospectif des salaires suggère que la croissance des salaires négociés fluctuera entre 2,5 % et 2,8 % au cours des derniers mois de 2026, avant de s’établir en moyenne à 2,6 % au cours des trois premiers trimestres de 2027 », a détaillé la banquière centrale.
Pour autant, le Conseil des gouverneurs juge que les aléas entourant l’inflation sont haussiers. « Le choc énergétique pourrait encore s’intensifier, et ses répercussions sur les autres prix et sur les salaires pourraient être plus importantes que prévu. Plus les prix de l’énergie resteront élevés longtemps, plus ils seront susceptibles de faire augmenter l’inflation dans son ensemble, par le biais d’effets indirects et de second tour », a déclaré Christine Lagarde.
Du côté des marchés, Christophe Boucher, directeur des investissements chez ABN AMRO Investment Solutions, estime qu’une nouvelle hausse des taux en décembre « demeure possible ». Bastien Drut, responsable Stratégie & Analyse chez CPRAM, ne dit pas autre chose. « À l’instar de la Fed, la décision de la BCE de ne pas relever ses taux directeurs en octobre malgré la poursuite de la hausse des prix de l’énergie s’explique essentiellement par la hausse des taux longs significative des deux derniers mois. Néanmoins, les prévisions économiques qui seront publiées en décembre devraient afficher un chemin d’inflation trop élevé pour que la BCE n’agisse pas », juge-t-il.
Au-delà de décembre, Bénédicte Kukla, chief strategist chez Indosuez Wealth Management, insiste sur les retombées que pourrait avoir la modification de la composition du directoire de la BCE. Alors que Christine Lagarde quittera la BCE en février, rappelons qu’Isabel Schnabel partira en janvier, tandis que le mandat de Philip Lane, chef économiste, arrive à échéance en mai. "Un successeur plus restrictif pourrait rendre une hausse en mars plus probable, la nouvelle direction cherchant à asseoir sa crédibilité dans la lutte contre l’inflation. Une approche plus accommodante pourrait, au contraire, favoriser le statu quo, au motif qu’après une hausse de 25 points de base en décembre, des taux à 2,75 % seraient déjà suffisamment restrictifs", indique Bénédicte Kukla.
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