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Havas / Yannick Bolloré / François Laroze

Havas fait des acquisitions son premier moteur de croissance / Les rachats d'agences soutiennent aussi les marges

Du marketing sportif aux affaires publiques, la multiplication des rachats d’agences spécialisées permet à Havas de soutenir sa croissance et de renforcer sa rentabilité, malgré des performances organiques contrastées.
Yannick Bolloré, président-directeur général d’Havas, lors d’une conférence de presse du groupe à Cannes. © Stéphane Sby Balmy
Yannick Bolloré, président-directeur général d’Havas, lors d’une conférence de presse du groupe à Cannes. © Stéphane Sby Balmy

Chez Havas, les acquisitions ont pris le pas sur la croissance des activités existantes au troisième trimestre. Sur la période, elles ont apporté 3,2 points à la croissance du revenu net du groupe publicitaire, contre 2,4 points pour la croissance organique. Les effets de change, redevenus favorables après deux trimestres négatifs, ont ajouté 1,6 point, portant la progression du revenu net à 7,2 %, à 703 millions d’euros.

Huit agences ont rejoint le groupe depuis janvier, après onze en 2025. « Notre mission reste d’être autour de dix acquisitions cette année, ce qui serait, en termes de revenu, l’une des années record », a indiqué François Laroze, directeur financier et directeur des opérations, lors de la présentation mercredi 14 octobre des résultats aux analystes. Loin de se limiter à une accumulation d’agences publicitaires, ces rachats élargissent l’éventail des métiers du groupe. Quatre d’entre eux ont renforcé Havas Play, sa branche spécialisée dans l’activation des marques : l’allemand Styleheads dans le marketing culturel, l’américain Archrival dans le marketing expérientiel, l’espagnol MUT dans l’événementiel à impact et le néerlandais SportVibes dans le marketing sportif. L’espagnol Acento, spécialiste des affaires publiques, a rejoint H/Advisors, tandis que le suédois CTRL a apporté son expertise en matière de mesure et d’analyse des données. En 2025, Havas avait déjà acquis l’américain Channel Bakers, spécialiste de la publicité sur les plateformes de commerce électronique, et le français Unnest dans l’ingénierie des données.


Le pari du client intégré


Encore faut-il transformer cette multiplication des expertises en chiffre d’affaires. Havas entend faire travailler ensemble ses différentes agences pour vendre davantage de services à chaque client, de la création publicitaire à l’achat d’espaces, en passant par les données, les relations publiques ou l’événementiel. « Le cross-selling est notre première priorité », insiste François Laroze, qui dit viser « ces nouveaux clients intégrés qui confient à Havas toutes les missions, des médias à la production, y compris la création, la data, les relations presse ou l’événementiel ».

Cette stratégie d’acquisitions constitue également un levier d’amélioration des marges. Les agences rachetées affichent généralement des marges d’EBIT comprises entre 15 % et 25 %. « La plupart d’entre elles sont plus rentables que la moyenne du groupe Havas parce qu’elles sont à un moment différent de leur vie », explique le dirigeant. Le groupe vise une marge d’EBIT ajusté de 13,2 % à 13,5 % cette année, soit un gain de 30 à 60 points de base, puis de 14 % à 15 % en 2028. François Laroze juge le bas de la fourchette pour 2026 « solide comme le roc ».

Le rythme des rachats va toutefois ralentir au quatrième trimestre. Leur contribution à la croissance devrait revenir autour de 2 % sur l’ensemble de l’exercice. La récente accélération tient « davantage à une question de calendrier », explique le directeur financier. Plusieurs opérations ont pu être bouclées rapidement, tandis que les dossiers encore à l’étude nécessiteront davantage de temps. Certains pourraient glisser au premier trimestre 2027.


Une croissance interne à deux vitesses


La croissance organique, elle, atteint 2,5 % sur les neuf premiers mois de l’année, au milieu de la fourchette de 2 % à 3 % confirmée pour l’exercice. Elle repose largement sur l’Amérique du Nord (+ 7,5 % au troisième trimestre), portée par les médias et surtout par la création, notamment Uncommon, agence londonienne rachetée en 2023 et implantée aux États-Unis depuis dix-huit mois. L’Europe progresse plus modestement (+ 1,7 %), tandis que la zone Asie-Pacifique et Afrique recule de 6,7 %, pénalisée par la Chine et le Moyen-Orient.

Même aux États-Unis, Havas Health souffre de l’abandon de plusieurs molécules par des laboratoires, dont Sanofi, après leurs essais de phase III. Les lancements représentent « à peu près, disons, 20 % de l’activité de la division », précise François Laroze, qui n’attend pas de rebond au quatrième trimestre. Indépendamment de ces difficultés dans la santé, Havas a également perdu le budget média de Sanofi, une perte qu’il compte compenser « peut-être pas en quelques mois, mais au moins en quelques trimestres ».

Le groupe trouve malgré tout les moyens de placer une partie de sa trésorerie hors de son métier. Depuis mars, il a investi 43 millions d’euros dans Louis Hachette Group, dont il détient 2,6 % du capital, puis, début octobre, une trentaine de millions dans Canal+, pour 1,2 %. « Cet investissement est possible parce que Havas est dans une situation financière très saine », souligne François Laroze. Ces prises de participation, qualifiées d’« opportunistes », ne changent rien à la priorité donnée aux rachats d’agences : « Cela n’a absolument aucun impact sur notre ambition en matière d’acquisitions », insiste-t-il.

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