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Havas valide son premier exercice post-Vivendi / Croissance externe active et virage IA assumé

Un an après sa séparation d’avec Vivendi, Havas publie des résultats 2025 solides et légèrement supérieurs à ses objectifs. Au-delà des chiffres, l’exercice illustre une double inflexion : accélération des acquisitions ciblées et montée en puissance de Converged.AI, son système d’exploitation intégrant données, outils technologiques et intelligence artificielle, au moment où l’IA générative bouscule le modèle économique des agences.
Yannick Bolloré, le président-directeur général du groupe Havas (Photo by Eric Dervaux / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
Yannick Bolloré, le président-directeur général du groupe Havas (Photo by Eric Dervaux / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Sans conteste, 2025 aura marqué une étape charnière dans l'histoire du deuxième groupe publicitaire français. Il s’agissait en effet du premier exercice complet d’Havas en tant qu’entité indépendante depuis la scission effective d’avec Vivendi intervenue en décembre 2024. L’exercice devait démontrer la capacité du groupe à tenir sa trajectoire hors du giron de sa maison mère. Un an plus tard, dans un environnement marqué par une croissance publicitaire inégale selon les zones géographiques, une pression persistante sur les budgets des annonceurs et, surtout, par les doutes que fait peser l’essor de l’intelligence artificielle générative sur le modèle économique des agences, la direction emmenée par Yannick Bolloré peut soutenir avoir respecté les engagements pris devant les investisseurs.

« Nous avons pleinement atteint nos objectifs » a logiquement souligné le dirigeant lors de la présentation des comptes qui avait lieu mardi soir. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : une croissance organique de 3,1 %, légèrement au-dessus de la fourchette révisée de 2,5 % à 3 % communiquée après les résultats du troisième trimestre, et une marge d'EBIT ajusté de 12,9 %, en progression de 50 points de base par rapport à 2024, exactement conforme à l'objectif annoncé. Le revenu net s'établit à 2 783 millions d'euros, et l'EBIT ajusté à 358 millions. « Nos coûts de personnel ont augmenté à un rythme inférieur à celui des revenus », a fait valoir François Laroze, le directeur financier.

 

Une performance plus homogène géographiquement

 

L'accélération s'est concentrée sur la fin d'exercice. Le quatrième trimestre affiche une croissance organique de 3,7 %, tirée par l'Amérique du Nord à 4,6 % et l'Europe à 3,5 %, avec un redressement notable de l'Amérique latine après une contraction au troisième trimestre. Pour la première fois depuis plusieurs trimestres, toutes les zones géographiques ont contribué positivement de manière simultanée. Un détail qui compte, dans la mesure où la performance passée d'Havas avait parfois pâti de déséquilibres géographiques marqués, notamment lors de la perte d'un client majeur dans le secteur pharmaceutique américain en 2024, qui avait plombé l'organique à -0,8 %.

La comparaison avec Publicis, l’étalon-or du secteur, s’impose. Le leader français a publié une croissance organique de 5,9 % au quatrième trimestre, soit un écart d’environ deux points avec Havas. Si l’écart est réel, force est de constater qu’Havas « suit un rythme tout aussi régulier », observent les analystes d’Oddo BHF. Le groupe n’a certes pas vocation à évoluer sur le même registre que son grand concurrent, dont l’intégration d’Epsilon - spécialiste américain de la data et du marketing personnalisé - et de Sapient, positionné dans la transformation digitale et le conseil technologique, lui confère une exposition nettement plus forte aux activités technologiques à forte croissance. Havas joue une partition différente, celle du « challenger le plus résilient », selon les propres termes de Yannick Bolloré.

 

Une stratégie « bolt on » menée tambour battant

 

Une approche stratégique qui s’est traduite, en 2025, par une accélération sensible sur le terrain des acquisitions ciblées, destinées à renforcer les expertises existantes et à compléter le maillage géographique du groupe. Sur le plan opérationnel, l’exercice a ainsi été marqué par une stratégie menée à un rythme inhabituel pour Havas. Onze participations majoritaires ont été prises en 2025, un record dans l’histoire du groupe, légèrement au-dessus de la fourchette cible de cinq à dix opérations. Le quatrième trimestre a été particulièrement actif, avec cinq acquisitions bouclées en quelques semaines : Gauly en Allemagne, pour renforcer le réseau H/Advisors dans l’espace germanophone ; Unnest en France, spécialiste de l’ingénierie des données ; Bearded Kitten au Royaume-Uni, agence expérientielle intégrée à Havas Play ; Kaimera en Australie et Nouvelle-Zélande, qui porte l’effectif local à 450 collaborateurs ; et DIGIZIK en Belgique, dans l’entertainment et la culture, qui marque le lancement officiel d’Havas Play sur ce marché.

La logique de ces opérations : cibler des agences « qui contribuent à l'amélioration de notre ratio de rentabilité », indique François Laroze, avec un cumul de revenus visé autour de 50 millions d'euros par an. L'idée est de sélectionner des cibles qui s'intègrent sans diluer les marges, dans des géographies ou des expertises en déficit. Les investissements financiers liés aux fusions-acquisitions sont ressortis à 49 millions d'euros en 2025, contre 97 millions en 2024, ce qui confirme le caractère ciblé et discipliné de la démarche.

 

Converged.AI monte en puissance

 

En arrière-plan, l’intelligence artificielle et les interrogations qu’elle suscite sur le modèle des agences. Yannick Bolloré a consacré une partie significative de sa présentation à ce sujet, avec un positionnement qui se veut offensif plutôt que défensif. Le groupe revendique l’ampleur de l’effort engagé, les investissements annuels étant passés « de 60 millions d’euros les années précédentes à 100 millions d’euros ». Moment fort de cette stratégie, le lancement d’AVA, un portail mondial d’accès aux grands modèles de langage, dévoilé au CES de Las Vegas en janvier. « AVA offre un accès sécurisé aux modèles de langage les plus importants, notamment Google Gemini, Claude d’Anthropic, ChatGPT d’OpenAI et Microsoft Copilot. Il sera disponible le mois prochain pour l’ensemble des collaborateurs d’Havas. », a souligné Yannick Bolloré.

En parallèle, Havas a pris des participations minoritaires dans Vurvey Labs, plateforme d’IA agentique, et dans Akkio, spécialiste des infrastructures d’intelligence artificielle pour agences médias. Des briques venant alimenter Converged.AI, le système d’exploitation du groupe, qui vise à unifier données, outils technologiques et capacités d’IA au service des équipes créatives et médias, afin d’optimiser les campagnes sur l’ensemble du parcours client.

« La technologie amplifie la créativité humaine sans jamais la remplacer », tranche le président-directeur général du groupe Havas.

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