WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions / JPMorgan

Entreprises / Actions
JPMorgan

JPMorgan a mieux à faire de son capital que racheter ses actions / Jamie Dimon y voit une bonne nouvelle

Avec 15,3 milliards de dollars de bénéfice net au troisième trimestre, JPMorgan dispose de moyens considérables pour financer son développement. Jamie Dimon estime désormais les opportunités de croissance plus rentables que les rachats d'actions, sans pour autant minimiser les risques économiques.
Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan Chase. (FABRICE COFFRINI / AFP)
Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan Chase. (FABRICE COFFRINI / AFP)

JPMorgan a racheté pour seulement 664 millions de dollars de ses propres actions au troisième trimestre, bien loin des quelque 7 milliards de dollars par trimestre évoqués comme rythme habituel par une analyste lors de la présentation mardi des résultats de la banque américaine. Jamie Dimon y voit pourtant une bonne nouvelle. Cette réduction ne tient ni aux futures règles de Bâle III, ni aux variations comptables des fonds propres, ni aux incertitudes économiques, a expliqué mardi le PDG de la banque aux analystes. « Nous pensons désormais, ce qui est différent de ce que nous vous avons dit par le passé, que nous pouvons redéployer ce capital à de très bons rendements dans la durée », a-t-il poursuivi. Avec un capital excédentaire qu’il évalue à environ 30 milliards de dollars, la banque estime plus rentable d’investir dans son développement que de racheter des titres offrant un rendement bénéficiaire d’environ 6 %.


Le trading actions en surrégime


Les résultats du troisième trimestre témoignent en tout cas de la bonne tenue de l’ensemble des activités de JPMorgan. Le bénéfice net atteint 15,3 milliards de dollars, en hausse de 6 % sur un an, porté par des revenus qui progressent de 8 %, à 50,9 milliards. La banque a profité à la fois de la vigueur des marchés financiers et de la croissance de ses métiers traditionnels. Dans la banque de financement et d’investissement, les activités de marché sur actions se sont particulièrement distinguées, avec un bond de 49 % de leurs revenus, à 5 milliards de dollars, tandis que le conseil en fusions et acquisitions a soutenu les commissions de banque d’affaires. Du côté de la banque de détail, la croissance repose notamment sur les cartes de crédit et les dépôts, avec plus de 650 000 nouveaux comptes courants nets sur le trimestre. La gestion d’actifs et de fortune bénéficie, elle, de la hausse des marchés et d’importants apports de capitaux de la clientèle. En parallèle, les charges ont augmenté de 12 %, plus vite que les revenus, sous l’effet notamment des rémunérations et des recrutements.

Cette croissance mobilise aussi davantage de fonds propres. Le ratio CET1 recule de 30 points de base sur le trimestre, à 13,9 %, sous l’effet notamment d’une hausse de 52 milliards des actifs pondérés liée à l’essor des prêts. « Nous avons commencé à quelque chose comme 15,7 % et nous sommes maintenant à 13,9 %, sur une période durant laquelle nous avons réalisé énormément de déploiement interne », a rappelé Jeremy Barnum, le directeur financier, qui juge logique de « garder des munitions ». Et les possibilités de déploiement du capital sont nombreuses. Jamie Dimon a notamment cité la Security and Resiliency Initiative, un programme lancé en octobre 2025 pour faciliter et financer jusqu’à 1 500 milliards de dollars de projets sur dix ans, dans des secteurs jugés stratégiques pour la sécurité économique, notamment l’industrie, l’énergie et les infrastructures. Selon lui, plus de 200 milliards de dollars pourraient être mobilisés au cours de la première année.


Une rentabilité hors norme


La direction n'entend pas pour autant faire des résultats exceptionnels du troisième trimestre une nouvelle norme. « Les conditions que nous avons connues récemment, dans lesquelles pratiquement chaque activité du groupe bat des records, ne sont pas habituelles au regard de l’histoire », a souligné Jeremy Barnum. Jamie Dimon lui-même reconnaît ne pas savoir combien de temps cette situation peut durer : « Nous ne savons simplement pas quand cela va s’arrêter ». D’ordinaire, certains métiers profitent du niveau des taux quand d’autres en pâtissent. C'est pourquoi JPMorgan retient un objectif de rentabilité de ses fonds propres tangibles de 17 % en moyenne sur l'ensemble du cycle économique, sensiblement inférieur aux 21 % dégagés au troisième trimestre, hors moins-values sur son portefeuille de titres.

Un ralentissement s’est déjà fait sentir dans la banque d’affaires. Après la remontée des rendements obligataires, l’activité y a marqué le pas dans la seconde moitié de septembre, les acheteurs et les vendeurs prenant le temps de s’accorder sur les valorisations, selon Jeremy Barnum. « Le carnet est comme un accordéon. Il peut s’ouvrir et se refermer assez vite », observe Jamie Dimon, qui juge toutefois les perspectives d’activité en Europe plutôt favorables, notamment pour les introductions en Bourse.


Plus de sélectivité dans le crédit


JPMorgan entend également se montrer plus exigeante dans l’octroi de crédits. Certaines conditions de crédit sont devenues « un peu trop souples » aux yeux du PDG de la banque, qui pointe notamment l’affaiblissement des protections contractuelles accordées aux prêteurs. Et pas question de s’aligner sur toutes les pratiques du marché : « Nous n’avons simplement pas le sentiment qu’il faille encore courir après ce genre de choses. » La banque surveille aussi les risques liés au financement des infrastructures d’intelligence artificielle, qui fait désormais appel aussi bien aux crédits à la construction qu’aux lignes de trésorerie et aux marchés actions. Face au risque d’un retournement de l’engouement pour l’IA, Jeremy Barnum insiste, lui, sur la nécessité d’en mesurer les conséquences possibles pour les différents métiers de JPMorgan. Si les expositions de la banque restent « encore assez modestes » au regard de ses financements aux entreprises, un retournement brutal du sentiment des investisseurs pourrait néanmoins toucher d’autres activités du groupe.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article