Start-up / Private Equity / Ardian / Buyout
Start-up / Private Equity
Ardian / Buyout
Buyout : la nouvelle discipline des fonds / Les actifs doivent cocher plus de cases
« S’il existe un risque de disruption, c’est rédhibitoire. C’est devenu un critère éliminatoire pour nos comités d’investissement. » Emmanuel Miquel, responsable du buyout France et Managing Director d’Ardian, a donné jeudi 10 septembre à l’IPEM Global 2026 la mesure du durcissement des critères d’investissement. À ses côtés lors de la session « Buyouts, what top GPs see inside their deal pipelines », Sally Rocker (J.C. Flowers & Co.) et Eric Halverson (Qualitas Funds). Trois positionnements de marché très différents, mais une même exigence : les actifs doivent désormais cocher davantage de cases pour passer le filtre des investisseurs.
Chez Ardian, la sélection commence par un périmètre resserré : santé et bien-être, chaîne de valeur alimentaire, services essentiels aux entreprises, technologies appliquées. Le fonds concentre l’ensemble de ses investissements sur ces quatre secteurs, sans aller chercher opportunément des dossiers au-delà. Et dans ce périmètre, les actifs qui trouvent preneur sont ceux qui associent croissance, résilience et bonne conversion en cash. Le marché européen conforte cette polarisation : sur environ 200 milliards d'euros de transactions en 2025, niveau comparable à 2024, 50 milliards sont allés à la technologie et 38 milliards à la santé et aux biotechnologies, a détaillé Eric Halverson, quand la consommation signait son plus faible niveau d'investissement depuis 2014.
L’IA entre dans toutes les due diligences
ProSol, propriétaire de Grand Frais et cédé à Apollo, remplit précisément ces critères : « c'était une activité totalement immunisée contre l'IA », relève Emmanuel Miquel. Le sujet est désormais examiné dans chaque due diligence, d’abord comme un risque, puis comme un levier potentiel d’efficacité. Dix data scientists interviennent auprès des participations du groupe, par exemple chez Robot-Coupe Magimix, où l'exploitation des données a servi à optimiser les tournées de la force commerciale. « L'IA est partout et, en même temps, toujours pas partout », nuance Sally Rocker, qui y voit un outil de diligence plutôt qu'une thèse d'investissement. Chez Qualitas Funds, un agent a passé au crible les 600 participations : toutes peuvent améliorer leur efficacité opérationnelle, tandis que 80 % sont potentiellement menacées sur leurs revenus. Autrement dit, la baisse des revenus peut survenir sans action de leur part ; les économies liées à l’IA, elles, supposent de la déployer réellement.
La sortie devient un critère d’entrée
Cette exigence à l'entrée est indissociable de la sortie, à l'heure où les investisseurs réclament du DPI. Ardian a réalisé neuf cessions en deux ans et demi, pour environ 5 milliards de produits, et des acquéreurs stratégiques ont participé à près de la moitié des processus. « Avoir une valeur stratégique, ou construire une valeur stratégique pendant notre période de détention, accroît évidemment la tension concurrentielle à la fin, et le momentum aussi », explique-t-il. Cette dimension offre aussi une sécurité supplémentaire pour la liquidité, dans un environnement où les comités d'investissement des fonds sont eux-mêmes volatils : elle est devenue « quasiment un incontournable ».
« Nous aimons les processus propriétaires à l'entrée, moins à la sortie, c'est certain. » Avec des tickets de 300 à 400 millions d'euros de fonds propres, l'upper mid-cap laisse peu de place à ce type d'opérations : une discussion bilatérale peut amorcer un dossier, mais elle débouche le plus souvent sur une enchère au moins restreinte. À la vente, les processus très ouverts se raréfient en Europe, davantage qu'aux États-Unis, au profit d'enchères limitées à quelques acheteurs déjà familiarisés avec l'actif, ce qui déplace l'effort vers la préparation. Les neuf sorties ont toutes dépassé deux fois la mise, avec la même contrainte : « quand vous n'avez qu'un seul enchérisseur, voire deux, vous perdez évidemment prise sur votre processus ». Sur le lower mid-market, Eric Halverson défend au contraire une autre mécanique : « nous voulons acheter dans des processus propriétaires et nous voulons vendre dans des enchères », en profitant d'un segment où le capital est plus rare et les multiples d'entrée plus faibles.
Le M&A ne suffit plus
Reste le M&A, longtemps l’un des principaux moteurs de création de valeur. Ardian en a exploré des formes opposées, de la fusion de Bellsolà et Berlys, deux spécialistes espagnols de la boulangerie et des pâtes surgelées, qui a donné naissance à Monbake, ensuite cédé à CVC, aux plus de vingt acquisitions réalisées chez Trescal, spécialiste des services de métrologie et d’étalonnage. La question est surtout de savoir si les acquisitions forment réellement un ensemble intégré, en matière de gouvernance, d’organisation, de CRM, d’ERP et d’outils informatiques, ce qui peut faire monter ou baisser la valeur de la plateforme. « Il y a beaucoup d'autres leviers désormais qu'il faut évidemment regarder. C'est devenu probablement un levier parmi d'autres », tranche Emmanuel Miquel.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

