WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
France; politiques; exonérations

Macro-économie / Taux / Antoine Bozio / Etienne Wasmer / SMIC

Macro-économie / Taux
Antoine Bozio / Etienne Wasmer / SMIC

La politique de l’emploi française enfermée dans une impasse / L’Hexagone souffre encore et toujours des trappes à bas salaire

Trois décennies de stratégie française de soutien à l’emploi ont été passées au crible par Antoine Bozio, directeur de l’Institut des politiques publiques (IPP) et Etienne Wasmer, professeur à l’université New York d’Abu Dhabi. La note du Conseil d’analyse économique publiée cette semaine suggère d’opérer un virage vers une politique plus ciblée et structurelle, après des années passées à prioriser le coût du travail au niveau du Smic via des allègements de cotisations sociales.
SMIC. Photo par JOAO LUIZ BULCAO / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
SMIC. Photo par JOAO LUIZ BULCAO / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Prise à son propre jeu. Le choix délibéré de la France de diminuer fortement le coût du travail pour les emplois au Smic - via des allègements de cotisations sociales - serait loin d’avoir été couronné de succès sur tous les plans à en croire Antoine Bozio, directeur de l’Institut des politiques publiques (IPP) et Etienne Wasmer, professeur à l’université New York d’Abu Dhabi. Déjà auteurs d’un rapport éponyme sur la question des trappes à bas salaire, ils constatent que celles-ci sont loin d’avoir disparu depuis cette publication.

Alors même que le coût des allègements généraux (77 milliards d’euros en 2024) et transferts sociaux orientés vers les bas salaires était conséquent. Le coût du travail au Smic est certes fortement réduit et le revenu disponible demeure élevé pour les bas salaires, les taux marginaux implicites « demeurent trop élevés ». Leurs calculs sont que « pour augmenter de 100 euros le revenu disponible d’un travailleur sous le salaire médian, l’employeur doit supporter un coût salarial supplémentaire compris entre 300 et 400 euros », ce qui crée un mécanisme freinant la progression des salaires dès lors qu’on s’éloigne un temps soit peu de la zone où les exonérations sont présentes.

 

Un autre temps

 

Les résultats de méta-analyses internationales sont également relayés et celles-ci expliquent que « les effets des allègements sur l’emploi, importants dans les années 1990 (fort chômage, coût du Smic élevé), sont aujourd’hui plus faibles ». Une problématique reste forte, celle du besoin d’un ciblage plus forte des aides à l’emploi. Actuellement elles profitent essentiellement aux bas salaires, aux jeunes et plutôt lors des périodes de conjoncture défavorable. Les seniors n’en profiteraient pas notamment, alors même que leur taux d’emploi n’est pas au beau fixe.

Difficile pour autant de dire que les recommandations de la note parviendront à réunir un large consensus derrière elles, tant le paysage politique tricolore est éclaté. Il est néanmoins proposé plusieurs pistes d’action. La première consistant en une désindexation les allègements généraux du Smic afin de « réduire les taux marginaux implicites et de réviser conjointement l’indexation du Smic et des allègements ». Conjointement est faite la proposition de conserver les réductions ciblant les jeunes et les publics éloignés de l’emploi. Un virage sur la prime d’activité est également jugé pertinent, celui d’un recentrage « sur l’incitation au retour à l’emploi plutôt que sur le soutien permanent au pouvoir d’achat ».

 

Parapluie

 

Prendre en otage la question de l’emploi sur les seules questions des exonérations ne paraît pas non plus adapté aux yeux des économistes. D’autres politiques sont évidement essentielles sur la question, avec en premier lieu la question de l’éducation et de la formation ainsi que de l’investissement associé. La bonne adaptation de l’offre de travail au marché de l’emploi est également une priorité.

Le rapport indique que le débat sur le coût des exonérations pour les finances publiques ne doit pas occulter d’autres leviers permettant de réduire les charges supportées par la collectivité. Ainsi, le rapport cite la situation des jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET) qui constitue un enjeu majeur. Cette problématique a des conséquences importantes, tant sur le plan social qu’économique. Elle est également liée aux difficultés d’accès au logement observées dans certains bassins d’emploi, qui peuvent freiner l’insertion professionnelle et la mobilité des actifs.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article