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idiCo mise sur les PME du réarmement / Une forteresse de dette privée pour changer d'échelle

Réarmement, souveraineté, montée en cadence industrielle : les besoins de financement des PME de la défense changent d’échelle. Avec Forteresse 1, idiCo se positionne sur ce marché encore relativement peu adressé par les financiers, en proposant des solutions de dette junior adaptées aux entreprises familiales et aux fondateurs.
Le général Benoît Puga siège au comité stratégique de Forteresse 1, le fonds dédié aux PME de la défense et de la souveraineté lancé par idiCo. (Photo by Arthur Nicholas Orchard / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
Le général Benoît Puga siège au comité stratégique de Forteresse 1, le fonds dédié aux PME de la défense et de la souveraineté lancé par idiCo. (Photo by Arthur Nicholas Orchard / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Drones, cybersécurité, spatial, infrastructures critiques : derrière les grands programmes de réarmement européens se cache un vaste tissu de PME appelées à changer d’échelle. C’est sur ce maillon de la base industrielle et technologique de défense française qu’idiCo entend se positionner avec son nouveau fonds Forteresse 1, dont le premier closing vient d’être réalisé à hauteur de 65 millions d’euros pour un objectif final de 200 millions.

C’est la Direction générale de l’armement qui est venue frapper à leur porte. Il y a quelques semestres, raconte Benjamin Arm, directeur général d’idiCo, la DGA a contacté la société pour lui expliquer que les budgets des armées allaient croître, que les capacités de l’État ne seraient pas infinies, et qu’il faudrait faire appel au secteur privé.

Pour la société de gestion, le potentiel apparaît rapidement. Derrière les grands maîtres d’œuvre de la défense française gravite un écosystème de plus de 4 500 entreprises, majoritairement des PME, bénéficiant d’une visibilité exceptionnelle grâce à la commande publique mais confrontées à des besoins croissants de financement.

Benjamin Arm souligne une autre singularité du secteur : « aucun financier ne s’y intéresse », ou très peu, alors même que « les budgets sont quand même en très très forte croissance » et que les besoins de consolidation demeurent considérables.

 

Une filière stratégique encore peu financée

 

Cette incursion dans l’univers de la défense s’appuie sur un savoir-faire déjà ancien auprès des PME françaises. Issue des activités de private equity et de dette privée d’Omnes Capital, idiCo accompagne depuis plus de vingt ans les PME et ETI des territoires. « On a été le bras armé du Crédit Agricole en capital investissement jusqu’en 2011, on a été indépendant tout au long d’Omnes Capital entre 2011 et 2023 », rappelle Benjamin Arm. Depuis 2023, l’IDI est devenu actionnaire majoritaire de la société de gestion.

Derrière les grands noms de la défense française gravite une multitude d’entreprises moins connues mais souvent indispensables aux chaînes d’approvisionnement militaires. Certaines travaillent exclusivement pour les armées. D’autres évoluent sur des marchés dits « duals », c’est-à-dire qu’elles développent des technologies ou des équipements utilisés à la fois dans des applications civiles et militaires. C’est au sein de cet écosystème qu’idiCo entend sélectionner ses futures participations.

Le fonds ciblera principalement des PME et ETI réalisant entre 10 et 150 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec des tickets compris entre 5 et 25 millions d’euros. Les secteurs visés vont de la défense duale à l’aérospatial, en passant par la cybersécurité et le maintien en condition opérationnelle des infrastructures critiques.

 

Une définition élargie de la souveraineté

 

La notion de souveraineté retenue par le fonds va délibérément au-delà du seul périmètre des armées. L’aérospatial, la cybersécurité et le maintien en condition opérationnelle des infrastructures de transport, d’énergie et de données ont été intégrés dans le spectre d’investissement pour deux raisons : leur proximité fonctionnelle avec les besoins militaires, et la dynamique de marché comparable qu’ils présentent. Environ deux tiers du portefeuille seront déployés sur la défense stricto sensu, le reste sur ces adjacences souveraines.

 

Le défi de l’industrialisation

 

Le véhicule bénéficie d’un comité stratégique composé d’experts du secteur, parmi lesquels le général Benoît Puga, ancien chef de l’état-major particulier des présidents Sarkozy et Hollande et grand chancelier de la Légion d’honneur, dont le rôle est d’aider l’équipe à décrypter un écosystème particulièrement complexe.

Pour lui, l’enjeu dépasse largement les grands programmes emblématiques. « Ce ne sont pas les grands programmes qui posent aujourd’hui la principale question, mais tous les petits programmes qui permettent aux moyens militaires de fonctionner ensemble », explique-t-il, citant les drones, la logistique, l’énergie, la cyberdéfense ou encore les équipements spécialisés. Derrière ces marchés se trouvent majoritairement des PME disposant de savoir-faire pointus mais confrontées à un même défi : passer à l’échelle. « Elles ont les idées et les compétences. Ce qui leur manque souvent, c’est le financement pour passer à l’échelle », insiste-t-il.

C’est précisément sur ce besoin qu’entend se positionner Forteresse 1. Pour Benjamin Arm, « le grand sujet c’est la capacité de production ». Autrement dit, moins l’innovation elle-même que sa traduction industrielle. Alors que les commandes progressent rapidement, de nombreuses entreprises doivent investir pour augmenter leurs capacités, recruter ou réaliser des acquisitions afin d’atteindre une taille critique. Les pouvoirs publics encouragent d’ailleurs l’émergence d’acteurs intermédiaires capables d’accompagner durablement l’effort de réarmement.

 

La dette junior plutôt que la dilution

 

C’est ce constat qui a conduit idiCo à privilégier la dette junior plutôt que les prises de participation. « On est sur un marché qui est très primaire », explique Benjamin Arm. Beaucoup d’entreprises du secteur restent contrôlées par leurs fondateurs ou leurs familles et sont peu enclines à ouvrir leur capital, d’autant qu’elles abordent aujourd’hui une phase de forte croissance.

L’obligataire apparaît dès lors comme l’outil le plus adapté pour accompagner cette montée en puissance. La dette junior permet de financer des investissements industriels, des opérations de consolidation ou des projets de croissance tout en préservant l’indépendance capitalistique des dirigeants. Une caractéristique particulièrement recherchée dans un secteur où les enjeux de souveraineté se conjuguent souvent avec un fort attachement au contrôle de l’entreprise.

Les premiers investisseurs réunis au closing incluent des institutionnels et, fait inhabituel pour idiCo, un investisseur industriel du secteur dont le nom n’a pas été communiqué. « C’est la principale innovation pour nous », reconnaît Benjamin Arm, « parce que les corporate ne sont habituellement pas souscripteurs de nos fonds. » Un premier dossier est en cours de finalisation, sans que les détails aient été divulgués. Le closing final est attendu d’ici la fin de l’année.

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