WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Publications, Résultats / Schneider Electric

Publications, Résultats
Schneider Electric

Schneider Electric au cœur de la vague européenne des datacenters / Associé au projet géant de SoftBank

Après avoir largement profité du boom des datacenters aux États-Unis, Schneider Electric veut désormais prendre pied dans la future vague européenne de l’intelligence artificielle. Son partenariat stratégique avec SoftBank dans les Hauts-de-France illustre l’ampleur des investissements qui commencent à émerger sur le continent autour des infrastructures IA géantes.
Laurent Bataille, président de Schneider Electric France (à gauche), et Olivier Blum, directeur général du groupe, lors de la présentation du partenariat stratégique noué avec SoftBank autour du projet géant de datacenters IA dans les Hauts-de-France.
Laurent Bataille, président de Schneider Electric France (à gauche), et Olivier Blum, directeur général du groupe, lors de la présentation du partenariat stratégique noué avec SoftBank autour du projet géant de datacenters IA dans les Hauts-de-France.

L’onde de choc de l’intelligence artificielle, qui a jusqu’ici surtout gonflé les carnets de commandes américains de Schneider Electric, commence désormais à traverser l’Atlantique. Le groupe français figurait lundi parmi les annonces phares du sommet Choose France, en s’associant comme partenaire technologique et industriel stratégique au projet colossal dévoilé par SoftBank dans les Hauts-de-France : jusqu’à 75 milliards d’euros d’investissements dans des infrastructures d’IA à terme. Pour Schneider Electric, l’enjeu est clair : se positionner au cœur de la future vague européenne des datacenters géants.

Car derrière l’ampleur du projet se dessine aussi une évolution plus large de la géographie mondiale des datacenters. Même aux États-Unis, certains grands hubs historiques commencent à atteindre leurs limites électriques, poussant les grands opérateurs à arbitrer davantage entre différents États américains pour répartir leurs nouvelles capacités. “Le Texas arrive à saturation sur certains sites et les opérateurs sont désormais obligés de diversifier davantage la géographie de leurs infrastructures”, a notamment expliqué Laurent Bataille lors de la présentation du projet à la presse. Or, de ce côté-ci de l’Atlantique, “la France dispose d’un avantage massif”, a-t-il ajouté, en mettant en avant les capacités électriques disponibles et l’atout d’une production largement décarbonée.

Le projet donne la mesure du changement d’échelle en cours dans les infrastructures européennes d’intelligence artificielle. Le groupe japonais a dévoilé un plan d’investissement visant à développer jusqu’à 5 gigawatts (GW) de capacités de datacenters dédiés à l’IA en France, pour un montant pouvant atteindre 75 milliards d’euros. Une première phase, chiffrée à 45 milliards d’euros, prévoit déjà la livraison de 3,1 GW d’ici 2031 sur trois sites situés à Dunkerque, Le Bosquel et Bouchain.

L’ampleur du projet apparaît d’autant plus spectaculaire que la capacité totale installée en France atteignait environ 1 GW fin 2025. Autrement dit, la première phase du projet SoftBank représente à elle seule plus de trois fois le parc français actuel de datacenters.

 

Les modules préfabriqués au cœur du dispositif industriel

 

Bien sûr, Schneider Electric ne touchera évidemment ni les 45 milliards d’euros de la première phase, ni les 75 milliards potentiels évoqués à terme. Ces montants couvrent l’ensemble du projet SoftBank : terrains, bâtiments, serveurs, GPU, réseaux, infrastructures énergétiques et coûts d’exploitation. Mais à écouter les dirigeants du groupe, Schneider apparaît positionné bien au-delà du rôle d’un simple fournisseur d’équipements électriques.

“Notre grosse différenciation, c’est que l’on intervient sur plusieurs étapes du cycle de vie. Du design à la construction, aux opérations, à la maintenance”, a expliqué Olivier Blum. “On capture des données et ces données nous permettent de rendre à chaque fois ces data centers de plus en plus intelligents.” Le dirigeant décrit un groupe présent dès la phase de conception des infrastructures, mais aussi dans les équipements électriques, les modules préfabriqués, le refroidissement liquide, les logiciels, les services et la maintenance. Une présence transversale qui doit permettre au groupe de capter une part bien plus large de la chaîne de valeur des futurs datacenters IA.

Parmi ces différentes briques, les modules préfabriqués apparaissent comme le véritable pivot industriel du projet. Schneider Electric prévoit d’implanter à Dunkerque une nouvelle usine dédiée à ces équipements capables d’intégrer en amont transformateurs, systèmes moyenne et basse tension, refroidissement liquide et automatismes au sein d’unités déjà assemblées et testées avant leur déploiement sur site.

“Ce concept de prefab est très, très important parce que ça permet d’aller beaucoup plus vite et on divise par deux, trois les temps de conception, de fabrication et d’installation”, a insisté Olivier Blum.

Le management évite soigneusement de chiffrer les revenus potentiels associés au projet. Mais plusieurs éléments montrent que Schneider considère l’opération comme particulièrement structurante. D’abord parce qu’elle justifie la création d’une nouvelle implantation industrielle dédiée. Ensuite parce qu’elle accélère déjà plusieurs investissements industriels existants au sein du groupe.

“On a déjà trois usines dont on augmente très fortement la capacité”, a indiqué Olivier Blum, en précisant que plusieurs sites français seront mobilisés pour fournir les composants destinés aux futurs modules préfabriqués.

 

Produire localement pour suivre l’explosion de la demande

 

Au-delà des équipements eux-mêmes, l’un des messages les plus importants réside probablement dans la logique de partenariat industriel de long terme mise en avant par Schneider.

Olivier Blum a ainsi expliqué que Schneider travaillait avec ses grands clients sur des architectures techniques standardisées et définies à l’avance, autour desquelles les deux parties s’engagent sur plusieurs années : le client sur les volumes, Schneider sur les capacités de production. “Nous travaillons sur des contrats cadres de deux à trois ans”, a indiqué le dirigeant.

Le dirigeant y voit un modèle “très gagnant-gagnant”, offrant à Schneider “beaucoup plus de visibilité sur le futur” et la capacité “d’investir en amont” pour accompagner la montée en puissance des projets.

Cette recherche de visibilité industrielle explique aussi l’insistance du groupe sur la régionalisation des chaînes de valeur. Olivier Blum a rappelé que l’objectif de Schneider était désormais de produire localement “90 % de ce que l’on vend” dans chacune de ses grandes régions - Europe, Amérique du Nord ou Asie.

Une logique particulièrement importante dans les datacenters dédiés à l’IA, où la rapidité d’exécution et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement deviennent des enjeux critiques. Schneider souligne ainsi que ces projets géants nécessitent désormais des partenariats industriels de long terme capables de sécuriser à la fois les capacités de production et les délais de déploiement.

“SoftBank ne peut pas refaire un design ni relancer des appels d’offres à chaque étape. La vitesse à laquelle ces projets avancent rend ces partenariats technologiques et industriels indispensables”, a expliqué Olivier Blum.

 

SoftBank, éclaireur de la vague européenne

 

Le groupe semble surtout considérer que SoftBank pourrait n’être qu’un premier jalon d’une vague d’investissements beaucoup plus large dans les infrastructures IA européennes. Olivier Blum évoque “beaucoup d’investissements” déjà en préparation, y compris “des projets portés par des acteurs du Moyen-Orient” en France et ailleurs en Europe.

Dans cette perspective, le projet des Hauts-de-France pourrait faire figure de démonstrateur industriel à très grande échelle pour Schneider Electric en Europe. Jusqu’ici, le groupe avait surtout profité de la montée en puissance des hyperscalers américains et de l’explosion des besoins en puissance électrique et en refroidissement liquide aux États-Unis. Le rachat de la société américaine Motivair, spécialisée dans le refroidissement liquide, illustre cette forte exposition historique au marché américain : au moment de l’acquisition, “95 % de son activité” provenait encore des États-Unis, a rappelé Olivier Blum.

Schneider semble désormais vouloir ancrer davantage cette dynamique IA en Europe, porté par une conviction très forte sur la profondeur du cycle d’investissement à venir. “On n’est vraiment qu’au début de l’aventure”, a affirmé Olivier Blum à propos de l’intelligence artificielle, estimant que la dynamique de marché allait devenir “exponentielle”.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article