WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions / Aéroports de Paris / Groupe ADP

Entreprises / Actions
Aéroports de Paris / Groupe ADP

Groupe ADP défend sa transformation dans un climat "chahuté" / Philippe Pascal mise sur un compromis autour du futur CRE

L’assemblée générale d’ADP s’est tenue cette année dans un climat particulièrement sensible. Entre l’impact grandissant de la guerre au Moyen-Orient sur le trafic aérien et les interrogations persistantes autour du futur contrat de régulation économique, Philippe Pascal a cherché à convaincre les actionnaires qu’un compromis avec l’État restait possible et que le groupe conservait les moyens de financer sa transformation industrielle.
Philippe Pascal, Justine Coutard et Christelle de Robillard lors de l’assemblée générale 2026 du Groupe ADP.
Philippe Pascal, Justine Coutard et Christelle de Robillard lors de l’assemblée générale 2026 du Groupe ADP.

Réunis jeudi à la Maison de la Chimie, les dirigeants d’Aéroports de Paris avaient deux fronts à gérer face à leurs actionnaires. Un front géopolitique d’abord, alors que la guerre au Moyen-Orient pèse déjà sur le trafic aérien et ravive les inquiétudes autour de la saison estivale. Un front réglementaire ensuite, autour du futur contrat de régulation économique qui doit encadrer les investissements et les redevances du groupe jusqu’en 2034. Deux sujets devenus indissociables dans l’équation boursière d’ADP, dont le titre reste fragilisé depuis le refus, le 18 décembre dernier, par l’Autorité de régulation des transports, d’homologuer la hausse tarifaire demandée pour 2026. Une décision qui avait provoqué une chute de 12,3 % du titre en séance, avant une nouvelle baisse de 7 % le 29 avril après un premier trimestre jugé décevant.

Philippe Pascal n’a d’ailleurs pas cherché à contourner le sujet. “Le refus de l'homogation tarifaire pour l'année 2026 a suscité une forte baisse du cours”, a reconnu le PDG, comprenant que “les investisseurs restent attentifs et attentistes aux prochaines étapes de l'élaboration du contrat de régulation économique”.

 

Un équilibre à trouver avec le régulateur

 

Mais le dirigeant a surtout cherché à défendre l’idée qu’un compromis restait possible avec les pouvoirs publics et le régulateur. “On ne peut pas considérer, à la lecture de l'avis de l'Autorité de régulation des transports, mais aussi de l'ensemble des étapes précédentes, qu'il n'y a pas de chemin qui est ouvert et positif pour arriver à un bon équilibre entre les différentes parties prenantes”, a-t-il affirmé devant les actionnaires, confiant que “la finalisation du contrat de régulation économique saura lever une partie de l'incertitude pesant sur la valorisation de votre société”.

Au-delà même des enjeux financiers du groupe, Philippe Pascal a replacé le débat sur le terrain de la compétitivité nationale : “Si nous n'arrivons pas à le délivrer, la compétitivité et même la connectivité du pays prendront du retard et perdront des parts de marché.” Toute la présentation du management a ainsi consisté à convaincre les actionnaires que ce futur CRE constitue moins un sujet tarifaire qu’un outil de transformation industrielle de long terme.

“Ce projet industriel parisien s'inscrit dans un nouveau cycle pour l'industrie aéroportuaire que nous devons regarder avec lucidité”, a insisté Philippe Pascal. Le groupe estime que les équilibres du secteur se sont nettement durcis ces dernières années, entre ralentissement relatif de la croissance du trafic, intensification de la concurrence internationale sur le long courrier, vieillissement accéléré des infrastructures parisiennes et pression environnementale croissante. “Tout cela nécessite une politique d'investissement actif”, a résumé le dirigeant.

 

Huit ans pour transformer les plateformes parisiennes

 

C’est dans cette logique qu’ADP défend le programme de 8,4 milliards d’euros d’investissements sur le périmètre régulé présenté en décembre dernier pour la période 2027-2034. Justine Coutard a insisté sur le changement d’approche du groupe, désormais très éloigné du mégaprojet Terminal 4 abandonné en 2021. La directrice générale déléguée a décrit “une approche beaucoup plus progressive, plus sobre, plus flexible”, privilégiant d’abord l’optimisation des infrastructures existantes et la résorption des goulets d’étranglement avant le développement de nouvelles capacités. Le groupe souhaite étaler ce programme sur huit ans afin de disposer de “la visibilité nécessaire à la mise en œuvre progressive d'un projet industriel en 3 grandes phases”, selon Philippe Pascal.

Le message adressé aux actionnaires consistait aussi à montrer que le groupe avait déjà préparé le terrain politique et territorial. La directrice générale déléguée a longuement insisté sur les dispositifs de concertation menés autour des plateformes parisiennes. “Plus de 17 000 participants ont contribué à cette concertation avec plus de 20 000 avis”, a-t-elle souligné, avant d’affirmer que “la communauté aéroportuaire, y compris les compagnies aériennes, soutiennent fermement notre projet industriel à Paris”.

Reste que ce calendrier réglementaire demeure serré. Philippe Pascal a rappelé qu’“une seconde consultation des usagers” était attendue en septembre, avant la saisine formelle de l’ART, “en vue d'une signature du contrat à la fin de l'année pour une entrée en vigueur en janvier 2027”.

 

ADP mise sur un conflit de courte durée

 

L’autre enjeu de cette assemblée générale concernait évidemment l’exposition d’ADP aux tensions géopolitiques. Christelle de Robillard a livré un diagnostic plus prudent qu’auparavant sur l’impact du conflit au Moyen-Orient. “En mars, nous avons enregistré un impact fort”, a expliqué la directrice financière. Fermeture d’espaces aériens, annulations de vols, reports de trafic vers d’autres zones : plusieurs plateformes du groupe ont été touchées simultanément.

Le groupe dit toutefois observer des premiers signes d’amélioration. “Les données enregistrées montrent des signaux d'une reprise progressive”, a indiqué Christelle de Robillard, précisant que “certaines liaisons notamment avec le Moyen-Orient ont rouvert”. ADP continue néanmoins de bâtir ses prévisions sur “l'hypothèse d'un conflit limité dans le temps”. “Les capacités pour la saison été, les tendances de réservation portées à notre connaissance soutiennent ces perspectives”, a-t-elle ajouté.

 

Objectifs maintenus malgré les turbulences

 

Malgré les perturbations observées depuis le début du conflit, ADP continue de miser sur un scénario de normalisation progressive du trafic au second semestre. “Nous pouvons confirmer les objectifs financiers fixés pour 2026”, a affirmé la directrice financière, malgré un premier trimestre affecté par le contexte géopolitique, les effets de change et certaines difficultés opérationnelles en Inde. Le trafic parisien devrait progresser de 1,5 % à 2,5 % cette année, avec un EBITDA supérieur à 2,3 milliards d’euros.

Pour convaincre les actionnaires de la résilience du modèle, la direction a également mis en avant la diversification internationale du groupe. Philippe Pascal a rappelé que la cession partielle de GMR Airport en Inde valorisait l’actif “quatre fois supérieure à celle que nous avons payée en 2020”. “Nous voulons rester indiens en Inde et y maintenir notre exposition durablement”, a-t-il insisté. Même tonalité du côté de Christelle de Robillard, qui a souligné la “résilience” de l’aéroport d’Amman “malgré un contexte géopolitique particulièrement complexe en 2025”.

Dans un environnement que Philippe Pascal a lui-même qualifié de “chahuté”, le groupe continue de mettre en avant la solidité de ses fondamentaux et la diversification de ses actifs. “L'année 2026 est une année charnière”, a résumé le dirigeant, alors qu’ADP prépare son prochain plan stratégique et cherche à sécuriser, à travers le futur CRE, le cadre économique devant soutenir cette nouvelle phase d’investissement et de transformation.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article