WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Sur les marchés

Sur les marchés

Euronext fait d’une pierre, deux coups, avec l’expansion européenne de son modèle post-marché / Une avancée stratégique doublée d'un moyen de réduire la fragmentation des marchés

L’opérateur boursier paneuropéen a lancé, avec le concours de plusieurs grands teneurs de compte conservateurs, la phase de test de l’expansion européenne de son service de dépositaire central de titres, sur les marchés de Paris, Bruxelles et Amsterdam. Avec ce modèle unifié, Euronext entend réduire la fragmentation européenne des services post-marché, source de coûts et de complexité, avant d’étendre à terme son offre à d’autres places. Le lancement, qui sera effectif en septembre, représente également une étape importante de son plan stratégique.
Photo par DANIEL PERRON / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
Photo par DANIEL PERRON / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Les marchés boursiers européens sont à l’aube d’une nouvelle étape de la réduction de leur fragmentation. En fin de semaine dernière, Euronext a annoncé initier la phase de test d’expansion et de convergence européennes de son service de dépositaire central de titres (DCT), sur les marchés d’Amsterdam, de Bruxelles et de Paris, qui viendront s’ajouter à ses marchés existants au Danemark, en Grèce, en Italie, au Portugal et en Norvège. Cette phase est soutenue et accompagnée par plusieurs grands teneurs de compte conservateurs, comme BNP Paribas Securities Services, Citi et CACEIS, entre autres. Elle précédera le lancement officiel de cette nouvelle offre, prévu en septembre prochain.

Un projet qui vise ainsi à construire un environnement post-marché plus efficace et intégré à travers l’Europe, pour les actions et les ETF, dont la construction a suivi un fil rouge clair : « L’infrastructure post-marché européenne est fragmentée, plus d’une trentaine de DCT fournissent des services sur leurs marchés domestiques respectifs. Cette situation crée deux problèmes. Il y a d’abord celui de la complexité pour les participants aux marchés financiers européens. Ensuite, puisque chaque DCT est concentré sur son propre marché, il n’y a pas assez de concurrence et donc pas assez d’innovation », explique Pierre Davoust, Head of Euronext Securities, l’activité de dépositaire central de titres du groupe, à WanSquare.

Ce deuxième problème a été documenté au travers de différents rapports, notamment celui de Mario Draghi, au regard du frein qu’il représente encore à la construction du projet d’Union de l’épargne et de l’investissement. « En complément de ce que font les politiques au niveau européen, pour résoudre ce problème de fragmentation, Euronext choisit d’apporter sa propre contribution industrielle en créant une solution européenne de DCT. En pratique, cela consiste à offrir à nos clients, qu’ils soient émetteurs ou participants de marché, comme par exemple des membres du marché Euronext, la possibilité d’utiliser notre plateforme Euronext Securities sur un ensemble de marchés européens », poursuit-il.

 

Un temps pour procéder aux ajustements

 

L’intégralité de la chaîne de règlement, de l’émission à la conservation, sera ainsi validée de bout en bout au sein de l’infrastructure européenne consolidée d’Euronext Securities, qui constituera un point d’accès unique. L’architecture a en effet été conçue pour offrir une plateforme harmonisée de règlement et de conservation couvrant plusieurs marchés de l’Union européenne, avec une gestion simplifiée des opérations sur titres, une transparence accrue, ainsi que des coûts opérationnels réduits. L’intérêt apparaît clair pour les grands teneurs de compte conservateurs ayant décidé de s’associer à cette phase de test. « Nos clients utilisent généralement des intermédiaires spécialisés, afin de se connecter aux dépositaires centraux de titres, qui sont en quelque sorte les distributeurs de nos services. Ils pourront optimiser leurs propres activités et permettre à leurs clients de bénéficier de cet effet d’intégration à compter de septembre », ajoute Pierre Davoust.

L’infrastructure consolidée est déjà capable de traiter une partie des activités nécessaires. Le groupe présidé par Stéphane Boujnah a transféré ses propres actions vers Euronext Securities, tandis qu’une première introduction en Bourse, à Amsterdam, a permis à un émetteur de la désigner directement comme son DCT. Néanmoins, cette phase de test permettra de vérifier qu'elle est en mesure de répondre à la demande sur l’ensemble des cas d’usage, afin d’ajuster ce qui pourrait être nécessaire.

Ces différences de cas d’usage peuvent se traduire de plusieurs manières, notamment au regard des spécificités nationales. C’est le cas, par exemple, du dispositif français de SRD, au travers duquel des investisseurs particuliers peuvent différer le règlement et la livraison de leurs titres jusqu’au dernier jour du mois. « Nous avons développé une offre de services qui permet au client de gérer le règlement différé dans notre infrastructure », relève Pierre Davoust.

 

Un projet (vraiment) européen

 

Ces marchés ont été choisis pour plusieurs raisons parmi les huit Bourses opérées par le groupe. Euronext Securities opère en effet déjà le DCT à Athènes, Milan, Lisbonne et Oslo, ainsi qu’à Copenhague (où Euronext n’opère en revanche pas le marché boursier). L’Irlande n’a pas été intégrée à cette première phase, car si le marché boursier de Dublin est bien opéré par Euronext, la place financière locale a déjà connu une migration importante en matière de DCT à la suite du Brexit, lorsqu’Euroclear Bank avait pris cette place.

Pas de raison, donc, de la perturber pour l’heure en procédant à un changement de taille. En revanche, par la suite, le modèle ne se limitera pas aux places boursières dont Euronext est l’opérateur et sera progressivement étendu à d’autres marchés de l’Union européenne. « Nous ne construisons pas de silos, c’est une offre qui vise à résoudre ce problème de fragmentation sur l’ensemble du marché européen. Pendant longtemps, les clients étaient dans l’obligation d’utiliser les services du DCT local. Avec ce modèle, nous introduisons le choix, même s’ils négocient leurs titres en dehors de nos plateformes. Ce choix a de la valeur car il permet de stimuler la concurrence », résume Pierre Davoust.

Un intérêt pour le marché qui s’articule à un intérêt stratégique pour Euronext, puisque le lancement de ce nouveau modèle constitue une phase importante de son plan stratégique à l’horizon 2027, « Innovate for Growth », notamment sur le plan de la croissance organique. La hausse des revenus d’Euronext Securities est en effet indépendante des volumes de transactions boursières. « Le facteur principal de la croissance des revenus est relatif à la valeur des actifs en conservation. Et ce projet va nous permettre d’élargir fortement le marché adressable d’Euronext Securities, là où nous étions auparavant concentrés sur l’Italie, le Portugal, la Norvège, le Danemark et la Grèce », précise Pierre Davoust.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article