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Le private equity français décroche / Dealflow, fundraising et sorties en net recul
Le private equity français a entamé 2026 sur une jambe. Rarement, depuis la sortie de la crise sanitaire, le marché avait paru aussi défensif, pris entre une croissance française atone, un marché des introductions en Bourse toujours en panne, et des investisseurs devenus beaucoup plus prudents face aux incertitudes économiques, budgétaires et géopolitiques.
Les chiffres compilés par PitchBook traduisent ce coup de frein brutal. Avec seulement 10,9 milliards d’euros investis au premier trimestre, le marché français du private equity signe son plus faible niveau d’activité depuis 2021. Le recul atteint 20 % par rapport au trimestre précédent et 67 % sur un an. Dans le même temps, le nombre d’opérations est tombé à 220, un point bas de cinq ans. Un trou d’air qui intervient alors que « les investisseurs deviennent de plus en plus averses au risque dans un contexte d’incertitudes domestiques et mondiales », constate PitchBook.
Une croissance trop faible
Il faut dire que le contexte macroéconomique n’offre guère de soutien. La croissance française n’a progressé que de 0,2 % au quatrième trimestre 2025 et les projections pour 2026 tablent sur une hausse du PIB limitée à 0,9 %, loin d’un environnement susceptible de relancer franchement l’appétit pour le risque. L’inflation, ressortie à 1,7 % en mars, reste contenue mais sans véritable effet d’entraînement sur l’activité.
Dans le même temps, le chômage est remonté à 7,9 % fin 2025, son plus haut niveau depuis 2021, sur fond de resserrement budgétaire et de confiance des entreprises dégradée. Certes, le gouvernement est finalement parvenu à faire adopter le budget 2026 après deux années de paralysie politique et trois exécutifs successifs. Mais l’objectif de déficit public, fixé autour de 5 % du PIB, reste très éloigné du plafond européen et continue d’alimenter les interrogations sur la trajectoire de la dette française.
La BCE, de son côté, a maintenu ses taux inchangés en mars tout en relevant sa prévision d’inflation pour 2026 à 2,6 %, confirmant une posture prudente qui éloigne l’hypothèse d’un assouplissement rapide des conditions de financement.
Les add-ons prennent le dessus
Dans ce contexte, le repli du marché traduit surtout un changement très net de comportement chez les sponsors. Les opérations de type add-on ont représenté 58 % du nombre total de deals au premier trimestre, contre seulement 24 % pour les buyouts. En valeur, elles ont absorbé près de 45 % des montants investis. Une façon, pour les fonds, de continuer à déployer du capital tout en limitant leur exposition aux paris plus transformants ou aux valorisations encore jugées exigeantes sur certains actifs.
Le principal deal du trimestre illustre cette logique défensive. La plus grosse transaction recensée n’est pas un LBO industriel classique mais la création d’Isemia, société immobilière de santé issue d’un carve-out d’Emeis, associant TwentyTwo Real Estate et Farallon Capital autour d’un portefeuille de maisons de retraite et cliniques valorisé 1,22 milliard d’euros. L’investissement réalisé par les deux partenaires a porté sur 761 millions d’euros pour acquérir 62 % de ce portefeuille. Une plateforme à la croisée de l’immobilier spécialisé et de la santé, reflétant la recherche de profils de rendement plus résilients dans un environnement peu propice aux prises de contrôle classiques. Viennent ensuite Entoria, courtier en assurances repris dans le cadre d’un LBO de 400 millions d’euros, puis SNIC Technologies Group, dans les fournitures industrielles, pour 225 millions d’euros.
Les capitaux américains restent en retrait
Le contraste avec le capital-risque est d’ailleurs frappant. Certes, l’activité VC française reste elle aussi dégradée en volume, avec moins de 200 deals recensés au trimestre, mais quelques mégatours liés à l’intelligence artificielle et au quantique ont permis de soutenir les montants investis. Le private equity traditionnel, lui, ne bénéficie pas de tels moteurs narratifs.
Autre signal révélateur : la place encore limitée des investisseurs américains dans les opérations françaises. Selon PitchBook, la part moyenne des deals français impliquant des investisseurs américains ressort à 24,4 % sur la période 2020-2025, loin derrière le Royaume-Uni à 44,7 % ou l’Allemagne à 36,7 %. Au premier trimestre 2026, les transactions avec participation américaine ne représentent que 2,5 milliards d’euros pour 27 opérations. Une faiblesse qui prive le marché français d’un relais important de liquidité dans une phase où les investisseurs domestiques deviennent eux-mêmes plus sélectifs.
Le fundraising cale à son tour
La levée de fonds donne, elle aussi, des signes d'essoufflement préoccupants. Seulement six fonds ont bouclé une levée au premier trimestre, pour un total limité à 2 milliards d’euros, un démarrage très en retrait au regard des exercices récents, durant lesquels le marché français du fundraising a régulièrement dépassé les 10 milliards d’euros annuels, parfois de plus du double. La concentration du marché autour de stratégies atypiques devient également plus visible. Principal véhicule du trimestre avec 540 millions d’euros collectés, l’AXA IM Prime GP Stakes Fund de BNP Paribas Asset Management Alts est le premier fonds de GP stakes jamais structuré par un gestionnaire européen. « Plutôt que d’investir directement dans des entreprises, il acquiert des participations minoritaires dans des sociétés de gestion mid-market », explique PitchBook. Autrement dit, certains investisseurs préfèrent désormais miser sur les revenus et la croissance des gestionnaires eux-mêmes plutôt que sur les actifs détenus dans leurs portefeuilles.
Les introductions en Bourse toujours au point mort
Le marché des sorties, enfin, reste enlisé dans une forme d’attentisme. PitchBook ne recense que 4 milliards d’euros d’exits au T1 pour 36 opérations. Surtout, la fenêtre boursière demeure largement fermée. « Le premier trimestre a été calme, reflétant une tendance plus large », note le cabinet au sujet des introductions en Bourse. Euronext a enregistré moins d’un milliard d’euros de produits d’IPO sur l’ensemble de ses marchés en 2025, une première depuis sa propre introduction il y a plus de dix ans. En France, seules deux cotations ont été recensées au premier trimestre 2026 : Ieva Group et Rising Stone, pour des valorisations d'entrée de respectivement 118,6 et 120 millions d'euros. Dans ces conditions, difficile pour les fonds de retrouver une véritable fluidité de rotation des portefeuilles.
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