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Sur les marchés

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Les marchés encaissent l’escalade au Moyen-Orient / Le choc énergétique au centre de l’équation

Les marchés ont terminé en baisse contenue lundi malgré l’escalade militaire au Moyen-Orient et l’envolée des prix du pétrole. Les investisseurs continuent de parier sur un choc énergétique temporaire, même si la perspective d’un conflit plus long pourrait rapidement rebattre les cartes pour l’inflation, la croissance et les banques centrales.
(Photo by Thomas SAMSON / AFP)
(Photo by Thomas SAMSON / AFP)

La séance de ce lundi 9 mars sur les marchés financiers s’est révélée nettement moins mauvaise que ne le laissait craindre l’ouverture. L’escalade militaire au Moyen-Orient avait pourtant provoqué un net décrochage des marchés actions dans les premiers échanges, les indices européens chutant d’emblée de 2 à 3 % dans le sillage de la flambée des prix de l’énergie et de la multiplication des frappes entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Les ventes se sont toutefois progressivement calmées au fil de la séance.

À la clôture, le Stoxx Europe 600 limitait finalement son recul à 0,73 % à 594,3 points. Le CAC 40 cédait 0,9 % à 7 919,1 points et le Dax allemand 0,9 % à 23 368,6 points. Les replis restaient plus modérés ailleurs en Europe : le FTSE Mib à Milan abandonnait 0,3 % à 44 024 points, l’Ibex 35 madrilène 0,8 % à 16 916 points et le FTSE 100 londonien 0,3 % à 10 249,5 points. À Amsterdam, l’AEX est même parvenu à terminer en légère hausse, gagnant 0,3 % à 928,92 points.

À Paris, seules trois composantes du CAC 40 ont terminé dans le vert. Assez logiquement, Thales (+2,6 %), valeur de défense par excellence, figure parmi les rares hausses de l’indice phare, aux côtés de TotalEnergies (+1,3 %). Plus surprenant, STMicroelectronics a progressé de 2 %, le titre semblant bénéficier de l’annonce de l’entrée en production à grande échelle de sa plateforme photonique sur silicium destinée aux infrastructures d’intelligence artificielle. À l’autre extrémité du classement, les replis ont été plus marqués pour les valeurs sensibles au cycle économique, à l’image d’Unibail-Rodamco-Westfield (-3,5 %), Dassault Systèmes (-3,4 %), Stellantis (-3,2 %), Michelin (-3 %), L’Oréal (-2,2 %), EssilorLuxottica (-2,1 %) ou encore Accor (-2 %).

La tension s’est également fait sentir à Wall Street, mais là encore sans mouvement de panique. À l’approche de la mi-séance à New York, le Dow Jones reculait de 0,7 % à 47 185,7 points, le S&P 500 cédait 0,2 % à 6 725,65 points, tandis que le Nasdaq évoluait légèrement dans le vert, gagnant 0,1 % à 22 518 points.

Au cœur de la réaction des marchés se trouve bien évidemment la trajectoire incertaine du conflit. Pendant les premiers jours des frappes, l’hypothèse dominante restait celle d’une opération rapide et circonscrite. Ce scénario s’effrite progressivement. « Ce qui devait ressembler à une opération chirurgicale commence à prendre la forme d’un affrontement appelé à durer, avec le risque de s’installer dans une logique de guerre d’usure à l’échelle régionale », souligne ainsi Edmond de Rothschild dans une note de marché. Or la perspective d’un conflit plus long modifie forcément l’équation pour les investisseurs.

 

Le pétrole en première ligne

 

La principale courroie de transmission reste l’énergie. Les marchés pétroliers ont connu une volatilité exceptionnelle dans la nuit de dimanche à lundi, alors que les flux énergétiques dans le Golfe étaient fortement perturbés et que la navigation commerciale dans le détroit d’Ormuz demeurait paralysée, le trafic y restant quasi nul, les armateurs renonçant à s’y engager face aux risques. Des informations faisant état d’attaques contre des pétroliers et des infrastructures gazières iraniennes dimanche soir ont encore amplifié les craintes d’une perturbation durable de l’approvisionnement. Le Brent s’échangeait autour de 98,5 dollars lundi, en hausse d’environ 16 % par rapport à la veille, après avoir brièvement touché près de 120 dollars dans la nuit, un niveau inédit depuis mi-2022. Le WTI évoluait pour sa part autour de 96 dollars, tandis que le gaz européen TTF progressait à près de 57 euros le mégawattheure.

Pour les investisseurs, le choc énergétique constitue avant tout un choc macroéconomique potentiel. « Une hausse de 50 dollars du prix du pétrole pourrait ajouter environ un point de pourcentage à l’inflation mondiale cette année », observent les stratégistes d’Invesco, tout en soulignant que l’impact resterait gérable si la crise demeurait de courte durée. Dans leur scénario central, les marchés continuent d’anticiper une perturbation temporaire de l’offre énergétique, ce qui contribue à expliquer la réaction relativement ordonnée des actifs financiers. « Les marchés ne semblent pas être en mode panique », relèvent-ils également.

Le risque principal réside dans une prolongation des tensions. Une hausse durable des prix de l’énergie agit en effet comme un impôt implicite pour les économies importatrices. « Elle renchérit les coûts pour les ménages comme pour les entreprises et leurs marges », prévient Edmond de Rothschild, qui souligne également la remontée progressive de la prime de risque géopolitique sur les marchés.

Ce choc énergétique intervient par ailleurs à un moment délicat pour les banques centrales. Un renchérissement durable des prix de l’énergie pourrait raviver les tensions inflationnistes alors même que les marchés anticipaient jusqu’ici un assouplissement progressif des conditions monétaires. Outre cet effet sur l’inflation, la situation « risque de peser sur le PIB si le conflit perdure ou s’amplifie », estime BNP Paribas Asset Management. Une combinaison qui complique la lecture de politique monétaire : la hausse des prix de l’énergie pourrait limiter la marge de manœuvre pour abaisser les taux alors même qu’un ralentissement de la croissance irait plutôt dans le sens d’un assouplissement.

Une lecture qui mérite toutefois d’être nuancée à ce stade. « Dans le manuel fourni à chaque banquier central lors de sa prise de fonction, l’article 1 stipule qu’il ne faut pas réagir à un choc pétrolier », rappellent les économistes d’Oddo BHF, tout en reconnaissant qu’un rebond de l’inflation pourrait peser dans le débat monétaire.

Sur les marchés obligataires, la tension initiale des rendements s’est d’ailleurs partiellement résorbée au fil de la séance. Le taux des Treasuries américains à dix ans, monté jusqu’à environ 4,17 % dans la matinée, est revenu autour de 4,12 %. Les OAT françaises à dix ans ont brièvement dépassé 3,6 %, leur plus haut depuis janvier, avant de retomber autour de 3,51 %, proches de leur niveau de la veille. Le Bund allemand à dix ans a suivi une trajectoire similaire, refluant vers 2,87 % après avoir atteint près de 2,90 % en début de séance.

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