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Commission d’enquête sur les fonds spéculatifs : Tikehau Capital revient sur la polémique autour de la vente de LMB Aerospace / Stratégie industrielle ou procès d’intention ?
Lorsque l’on œuvre à la souveraineté, à la réindustrialisation et au développement des entreprises françaises, difficile de s’entendre dire, par une parlementaire, que l’on n’est pas en lien avec l’économie réelle et que l’on détruit le tissu économique pour pouvoir en tirer un maximum de profits. Accusé d’avoir vendu à l’américain Loar Group la PME corrézienne, LMB Aerospace, actif considéré comme stratégique pour la France et une opération ayant fait l’objet d’une autorisation sous conditions de la part des services de contrôle des investissements étrangers de Bercy, Tikehau Capital a tenu à rappeler certaines vérités.
Des industriels pas assez fous pour se tirer une balle dans le pied
« Je trouve curieux que soit révélé brusquement le caractère stratégique d’une entreprise qui pendant très longtemps a vécu sous pavillon américain sans aucun contrôle public. Nous aurions été ravis de vendre à un industriel français rien que pour le temps. Nous avons passé l’année 2025 à attendre une autorisation », a fait observer Xavier Musca, président du conseil de surveillance de la société de gestion et auditionné par la Commission d’enquête sur les prédations des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs.
Et le dirigeant de rappeler que de grands partenaires industriels, tels que Dassault, Thales, Safran étaient tous investisseurs du fonds ACE Aero Partenaires vendeur de LMB. « Nous exerçons notre métier avec de grands partenaires français qui ne toléreraient pas de s'associer avec des gens dont le seul objectif serait une rentabilité survitaminée. Pensez-vous que ces entreprises nous auraient fait confiance si l’on vendait quelque chose contre leurs intérêts ? J’ajoute que c’est le fonds qui revend, ce qui veut dire que les bénéfices attendus sont à due concurrence de chacun des apporteurs de capitaux », a-t-il répondu à la députée La France insoumise, Elisa Martin.
Les repreneurs français et européens ne se sont pas bousculés
De fait, ce n’est pas faute, pour les dirigeants de Tikehau Capital, d’avoir cherché un autre repreneur. Pas moins de 11 industriels, dont 7 Européens, ont ainsi été approchés ainsi que 14 fonds de capital-investissement. « Malgré nos recherches actives, nous n’avons reçu aucune offre d’un industriel français ou européen. Un fonds s’est bien positionné mais de manière partielle, pour racheter un peu moins de 50 % du capital et avec une offre qui n’était pas financée », a indiqué Henri Marcoux, président de Tikehau Investment Management, démentant ainsi des rumeurs de presse disant qu’une offre d’un industriel avait été rejetée. « Malheureusement, nous ne sommes pas dans un monde parfait où il y a les gentils européens et les méchants américains. Notre souci était d’assurer le développement économique d’une entreprise et il nous semblait, sous réserve des conditions de l’Etat que nous ne connaissons pas, que le développement et le maintien de ses capacités de production sur le territoire français n’étaient pas quelque chose qui devait être négligé. Il appartient à l’Etat d’imposer à l’entreprise des obligations spécifiques qui permettraient de concilier l’attractivité des capitaux étrangers en France et le maintien de la sécurité nationale », a ajouté Xavier Musca, rejetant également toute idée de menace pour la sécurité nationale.
Le caractère stratégique de LMB à relativiser
« LMB est un fournisseur des entreprises comme Dassault, Safran, Airbus. Si Loar décidait d’un arrêt brutal de la production, cela poserait un problème car trouver un substitut prendrait quelques mois. La question est donc celle de la substitution et de sa rapidité. Les matériels en question sont tout à fait substituables. Je peux concevoir que parmi les conditions imposées par l’Etat à la vente de LMB il y ait le maintien de la production sur le sol français, la constitution de stocks et l’exigence d’un minimum de délai en cas d’arrêt », a-t-il souligné.
Selon les dirigeants, il faudrait ainsi relativiser la dimension stratégique de LMB. « Elle ne dispose pas d’habilitation ou de certification de la part de la Direction générale de l’Armement ou du ministère des Armées. Aucun salarié n’est habilité secret défense. Ce n’est pas non plus une entreprise de haute technologie, ne déposant pas de brevet. Ses produits sont substituables avec d’autres fournisseurs, l’entreprise n’ayant par ailleurs jamais fourni d’équipement pour le porte-avions Charles de Gaulle ou les sous-marins nucléaires français ».
Loar Group, un partenaire industriel jugé solide
Alors pourquoi Ace Aero Partenaires a-t-il choisi le groupe Loar Group ? « C’est un équipementier américain qui fournit des industriels spécialisés dans l’aéronautique et la défense. Son chiffre d’affaires est de 500 millions d’euros et il compte 1 500 employés en Europe et en Amérique. Par le passé, il a procédé à plusieurs acquisitions en préservant l’autonomie et l’implantation des sociétés rachetées. Les clients de Loar sont mondiaux et incluent des clients français tels qu’Airbus, Safran ou Dassault justement. Loar a clairement mis en évidence un certain nombre de facteurs démontrant qu’il était un partenaire solide et convenait aux enjeux de LMB, à savoir une augmentation de ses capacités de production, de ses recrutements, de sa croissance à l’international. LMB pourra en outre bénéficier de conditions d’achats plus importantes. Cette opération a d’ailleurs obtenu le soutien de la direction et des salariés », a expliqué Henri Marcoux.
Car oui, c’est le sujet des capacités de production de LMB qui a conduit à sa mise en vente. « Le management nous a formulé à de nombreuses reprises la demande de pouvoir s’inscrire dans une dynamique industrielle avec un raccrochement à un acteur industriel », a-t-il insisté. « A l’origine, LMB est une société belge. Jusqu’en 2012, il s’agissait même d’une entreprise américaine, filiale d’Honeywell. Elle a ensuite connu plusieurs actionnaires financiers tandis que le management avait repris l’entreprise en proie à des difficultés. Après une phase de transformation, son actionnaire, Raise – fonds français- a décidé de la mettre en vente en 2021, date à laquelle nous nous sommes positionnés au rachat en réunissant un groupe d’investisseurs. Nous avons alors engagé une nouvelle phase de croissance. Si bien que jusqu'en 2024, le chiffre d’affaires de l’entreprise a crû d’environ 17 % par an pour atteindre les 50 millions d’euros de ventes (doublement depuis le rachat) dont 75 % à l’international. Victime de son succès, LMB a fait face à une saturation de ses capacités de production dans son usine située en Corrèze. Il lui fallait donc un nouveau plan industriel pour augmenter les capacités de production locale et prévoir une extension de site. Cela nécessitait un investissement plus long », a rappelé Henri Marcoux.
La preuve d’une méthode qui marche par les chiffres
Et Xavier Musca d’ajouter : « cette commission reprend des termes qui font allusion à la prédation et à la spéculation. Tikehau Capital ne se reconnaît pas dans ces termes. Notre philosophie est une philosophie de croissance et d’investissement de conviction. Lorsque nous investissons dans une entreprise, nous cherchons à ce qu’elle soit dans une tendance de fond qui anime l’économie, nous nous interrogeons sur son potentiel de croissance. Loin de nous l’idée qu’à travers la simple optimisation financière, nous allons tirer un profit qui ne serait que temporaire. Est-ce que notre philosophie fonctionne ? Il suffit de regarder les résultats 2025 : les entreprises en portefeuille ont vu leur chiffre d’affaires progresser de 8 % et l’excédent d’exploitation de 13 %. Nous contribuons donc au développement, à la réindustrialisation et au renforcement du tissu français ».
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