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Family offices : le grand écart entre ambitions IA et allocations / Quand la valeur se déplace plus vite que les portefeuilles
Les family offices abordent 2026 avec une confiance affichée dans leur capacité à prendre du risque, mais aussi avec un décalage de plus en plus visible entre leurs ambitions stratégiques et la réalité de leurs allocations. C’est l’un des enseignements structurants du Global Family Office Report 2026 de J.P. Morgan Private Bank, fondé sur une enquête menée auprès de 333 structures dans 30 pays, représentant une valeur nette moyenne de 1,6 milliard de dollars.
L’intelligence artificielle cristallise ce paradoxe. Elle s’impose comme le thème d’investissement dominant dans les discours, sans encore trouver une traduction à la hauteur dans les portefeuilles. « Si les family offices font face, partout dans le monde, à des vents contraires similaires, leurs stratégies varient selon les régions. À l’échelle mondiale, ce qui ressort clairement est une attitude résolument orientée vers la prise de risque. Sans surprise, l’IA s’impose comme le principal thème d’investissement », observe Natacha Minniti, co-responsable mondiale de la Family Office Practice chez J.P. Morgan Private Bank. Mais dans les faits, plus de la moitié des répondants n’ont aucune exposition au capital-croissance ou au capital-risque, et plus de 70 % ne détiennent pas d’actifs d’infrastructures, alors même que le développement de l’IA repose largement sur les centres de données, l’énergie et les réseaux.
En décalage avec les nouveaux foyers de valeur
Ce décalage pose la question de la capacité des family offices à capter la création de valeur là où elle se concentre désormais. « Pour saisir pleinement l’opportunité IA, les investisseurs doivent aller au-delà des leaders méga-caps et s’intéresser aux acteurs qui alimentent la chaîne d’approvisionnement – des semi-conducteurs et infrastructures énergétiques aux réseaux et systèmes de refroidissement », souligne Christophe Aba, responsable international des investissements et du conseil chez J.P. Morgan Private Bank.
La concentration de valeur sur les marchés privés renforce ce constat. Les dix premières entreprises d’IA y sont déjà valorisées autour de 1,5 trillion de dollars, rappelle le rapport. Une masse qui échappe largement aux family offices, encore majoritairement positionnés sur les actions cotées, lesquelles représentent 38,4 % de l’allocation globale moyenne. Les actifs privés pèsent pour leur part 30,8 %, mais leur ventilation interne révèle une préférence marquée pour le private equity traditionnel (9,8 %) et l’immobilier (7,4 %), au détriment du growth equity et du venture capital, qui ne captent que 3,3 % du total.
Entre risque macro et vulnérabilités internes
Au-delà de l’IA, le rapport met en lumière un environnement de risque perçu comme durablement dégradé. La géopolitique s’impose désormais comme le premier facteur d’inquiétude pour 64 % des family offices, devant l’inflation ou les taux d’intérêt. Pour autant, cette anxiété ne se traduit pas par un retour massif vers les couvertures traditionnelles. Près des trois quarts des structures interrogées n’ont aucune exposition à l’or, et 89 % ne détiennent pas de cryptomonnaies. Les arbitrages privilégient des actifs jugés plus tangibles ou plus maîtrisables, comme l’immobilier et les hedge funds, en particulier chez les family offices les plus sensibles au risque inflationniste.
Cette gestion du risque reste toutefois largement financière, alors que les vulnérabilités internes apparaissent de plus en plus centrales. Toutes les familles suivies par un family office ne sont pas des familles d’entrepreneurs : selon le rapport, 58 % des structures interrogées accompagnent encore une famille propriétaire d’une entreprise en activité. Or, les familles propriétaires d’entreprises sont près de deux fois plus nombreuses que les autres à citer les conflits internes comme un risque majeur, et moins de la moitié construisent leurs investissements financiers en tenant compte du risque déjà concentré au sein de leur propre entreprise.
« Les plus grands risques pour les family offices proviennent souvent de synergies manquées, de ressources humaines insuffisantes et d’un manque de gestion holistique du risque », avertit Elisa Shevlin Rizzo, responsable du Family Office Advisory chez J.P. Morgan Private Bank, c’est-à-dire d’une approche fragmentée des enjeux financiers, opérationnels et familiaux. Un constat d’autant plus préoccupant que 86 % des family offices n’ont pas de plan de succession clair pour leurs décideurs clés, à l’heure où les transitions générationnelles s’accélèrent.
Des family offices plus sophistiqués, mais aussi plus coûteux
Parallèlement, le modèle organisationnel des family offices se transforme rapidement. La complexité croissante pèse sur les coûts. Le family office moyen dépense 3 millions de dollars par an en frais opérationnels, un montant qui grimpe à 6,6 millions pour ceux gérant plus d'un milliard d'actifs. Si 40% dépensent moins d'un million annuellement, 11% dépassent les 7 millions. Entre 25 et 28% des coûts sont alloués à des services externes : juridique (52%), trading et exécution de marché (45%), cybersécurité (38%). Cette dernière devient d'ailleurs prioritaire pour 32% des structures, à mesure que la numérisation et la consolidation des données progressent.
L'externalisation s'impose comme levier stratégique face à la guerre des talents et au besoin de compétences spécialisées. Mais elle soulève aussi des questions de contrôle et de cohérence dans la coordination des fonctions financières, juridiques et opérationnelles du family office.
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