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La FCD défend « une marge faible » dans la grande distribution / Un indicateur qui explique les difficultés du secteur

Auditionnée par la commission d’enquête sénatoriale sur les marges de la grande distribution, la déléguée générale de la Fédération du commerce et de la distribution, Judith Jiguet, a défendu un modèle économique qu’elle juge sous forte tension, confronté notamment à une pression fiscale élevée et affirmant que le secteur ne dégage en moyenne qu’1 % de marge nette. De quoi, selon elle, ne pas donner beaucoup de perspectives d’investissement à certaines enseignes, contraintes de fermer leurs magasins.
Judith Jiguet, déléguée générale FCD (Sénat)
Judith Jiguet, déléguée générale FCD (Sénat)

Une audition qui intervient à un moment charnière. Alors que cette année, les négociations commerciales tendent à évoluer par la signature, en novembre dernier, d’une charte, regroupant pour la première fois producteurs, industriels et distributeurs, et engageant, les différentes parties à un dialogue voulu plus apaisé avec une meilleure prise en compte des impératifs des petites et moyennes entreprises, la question des marges de la grande distribution demeure centrale dans le débat politique.

C’est dans ce contexte que la commission d’enquête sénatoriale, conduite par les sénatrices Anne-Catherine Loisier et Antoinette Guhl, a auditionné ce jeudi Judith Jiguet, déléguée générale de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), présidée, rappelons-le, par le président-directeur général de Carrefour, Alexandre Bompard.

 

Cent taxes pour un seul secteur

 

Et selon la déléguée générale, si la grande distribution a généré, en 2023, 275 milliards d’euros de chiffre d’affaires, sa marge nette est structurellement faible. « Environ 1 % de marge nette en moyenne », a-t-elle assuré. Et Judith Jiguet d’en détailler le calcul. « Sur 100 euros de chiffre d’affaires, 77 servent à payer les achats de marchandises et d’approvisionnement. Sur les 23 euros restant, 10 servent au financement des coûts fixes, 10 aux salaires et 1 aux impôts de production. Reste un excédent d’exploitation (EBE) de 2 euros mais avant impôt sur les sociétés. A la fin, il ne reste donc que 1 euro pour les investissements », a-t-elle expliqué.

Un équilibre économique qu’elle a qualifié de particulièrement fragile. « Avec un tel niveau, le moindre choc sur les coûts, les prix, la fiscalité, fragilise la capacité de contenir les prix pour les consommateurs », a-t-elle alerté, rappelant que la grande distribution était l’un des secteurs les plus taxés de France. « Nous avons 100 taxes et prélèvements. 67 % de l’EBE est absorbé par les impôts contre en moyenne 44 % pour les autres secteurs. Et pourtant, le secteur investit tout de même 10 milliards d’euros par an pour sa transformation (transition énergétique, numérique, etc). Des investissements qui devraient être doublés si l’on veut atteindre nos objectifs. La marge nette que l’on dégage est le pari sur l’avenir. C’est là que l’on sait ou pas si l’on peut faire des investissements ».

 

Une indispensable péréquation des marges

 

Cette marge nette de 1 % n’a pas manqué de susciter l’étonnement des sénatrices. Judith Jiguet a alors tenu à rappeler la diversité des situations selon les rayons. « Tous les rayons n’ont pas la même marge. Elle est un peu près la même s’agissant de la marge brute mais chaque rayon a ses charges afférentes (comme le besoin en personnel, la casse, la péremption, etc). Il y a donc des rayons qui gagnent et d’autres qui perdent. La péréquation des marges est la condition pour maintenir tous les rayons ouverts », a-t-elle indiqué.

Elle a également mis en garde contre les comparaisons sectorielles simplistes. « Ce qui est important, ce n’est pas de comparer les marges dans des secteurs qui sont pourtant interdépendants. La grande distribution et l’industrie agro-alimentaire ne sont pas le même métier. Les marges des industriels oscillent entre 3 et 3,5 % mais avec un grand contraste selon les acteurs. Coca-Cola, c’est 20 % de marge nette, Mondelez 13 %, quand des PME sont en dessous de la moyenne. Par ailleurs, l’industrie vit de capital quand la grande distribution vit de volumes et de cash. Nous ne regardons pas les mêmes ratios. L’industrie regarde sa capacité d’autofinancement et son ROCE pour savoir si elle crée de la valeur, le distributeur regarde, lui, son EBE et sa dette nette pour savoir s’il peut investir sans fragiliser sa trésorerie. Un magasin peut en effet faire du chiffre tout en perdant de l’argent en même temps. Cette marge nette de 1 % explique les difficultés actuelles des distributeurs. Le secteur est menacé et comme l’on ne peut pas délocaliser, on ferme. Ce sont les histoires de restructuration de Casino, d’Auchan, etc », a insisté Judith Jiguet.

 

Les marges arrière, pas un gros mot

 

Dans ce contexte, elle s’est dite opposée à tout encadrement ou plafonnement des marges des distributeurs sur certains produits. « Ce genre de dispositif serait non seulement très complexe d’un point de vue juridique. Il serait aussi illégal au niveau européen, inefficace et inflationniste », a-t-elle prévenu.

Interrogé sur les « marges arrière », le directeur des affaires juridiques et fiscales, Jacques Day, a considéré que « ce n’était pas un gros mot. Un certain nombre de services peuvent être vendus aux industriels et notamment des multinationales comme le retail média. Nous estimons que ce sont des pratiques tout à fait habituelles dans un environnement international ».

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