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Sur les marchés

Sur les marchés

L’attrait des acquéreurs en série sur les marchés boursiers / Les entreprises scandinaves sont particulièrement représentées

Afin de mesurer l’intérêt, pour des entreprises cotées aux capitalisations moyennes, de mener des stratégies d’acquisitions en série, une étude en a regroupé 44 d’entre elles dans un indice destiné à analyser leurs performances et leurs niveaux de valorisation. Il en ressort, sur du long terme, qu’elles surpassent leurs homologues lorsque plusieurs facteurs témoignent de la pertinence avec lesquelles les opérations de croissance externe sont menées.
Professionals shaking hands in business meeting (Photo by Gabriel Sanchez / AltoPress / PhotoAlto via AFP)
Professionals shaking hands in business meeting (Photo by Gabriel Sanchez / AltoPress / PhotoAlto via AFP)

Si les bienfaits d’une acquisition bien choisie et menée sont avérés sur les trajectoires de croissance d’une entreprise, il semblerait que ce type de stratégie produise aussi son effet sur les marchés boursiers. La société d’investissement Alpera Partners publie, ce mardi, la première édition de son "Serial Acquirers (SA) Index", un indice destiné à être mis à jour régulièrement et agrégeant les performances boursières de 44 entreprises, dont le modèle d’affaires repose sur un rythme d’acquisitions soutenu dans leur secteur principal. Les sociétés choisies ont aussi une capitalisation boursière se situant entre 0,5 et 10 milliards d’euros et opèrent dans des secteurs variés, comme les logiciels, les industries spécialisées, la santé ou encore les services aux entreprises et le conseil.

Il en ressort à date que l’indice est valorisé à 15,6 fois la valeur d’entreprise rapportée à l’Ebitda, contre 15,7 fois pour le S & P 500. "La prime historiquement accordée aux Serial Acquirers, en raison de leur capacité à générer une croissance relutive, s’est resserrée sous l’effet de la surperformance récente des mégacaps technologiques, notamment Nvidia, dans un contexte d’investissement massif en intelligence artificielle", explique l’étude. Sur cinq ans, la performance de cet indice est aussi comparable à celle des grands autres, mais à plus long terme, l’écart est néanmoins plus marqué : le retour sur l’investissement initial s’affiche à 5,1 fois à dix ans et 15,8 fois à quinze ans, contre 3,9 fois et 7,6 fois pour le S & P 500. 

Enfin, depuis novembre 2015, la progression de l’indice de 395 % dépasse nettement l’ensemble des autres faisant référence (comme le Russel 2000 Small Cap, en hausse de 141 %, ou le Stoxx 600, en hausse de 129 %, ou 289 % pour le S & P 500). Ceci signifiant que, sur la durée, des acquisitions fréquentes et bien exécutées permettent aux entreprises de générer des rendements supérieurs sur les marchés, estime l’étude.

 

Les moteurs de ces performances

 

"Les niveaux de valorisation sont motivés par trois facteurs : la croissance organique, la profitabilité et la capacité à convertir les profits d’une acquisition en cash. La surperformance de ces entreprises tient donc à leur capacité à composer des intérêts sur le long terme et à générer ce cercle vertueux de profitabilité, de cash et de croissance, grâce à des opérations de croissance externe bien menées", estime auprès de WanSquare Alexis Delannoy, associé chez Alpera Partners.

Sur le plan des performances sectorielles, ce type de stratégie semble néanmoins produire des résultats différents. Par exemple, les consolidateurs dans les industries de niche et les logiciels métiers présentent les performances parmi les plus soutenues, portées par leur position dans des chaînes de valeur critique et une capacité avérée à relever leurs prix. "Ce n’est pas étonnant, dans la mesure où elles opèrent au travers de savoir-faire spécialisés", remarque Alexis Delannoy. 

À l’inverse, les modèles de services et de conseil aux entreprises, ou encore celui du facility management voient la performance de leurs stratégies de consolidations demeurer plus limitée. "La maintenance d’immeubles ou d’infrastructures a beaucoup souffert. Les marchés sont moins friands de ces modèles, car les promesses de récurrence et de bonnes performances sont écrasées par la cyclicité de leur marché sous-jacent, celui de la construction. Grandir par acquisition ne permet pas d’inverser cette tendance", indique Alexis Delannoy.

 

Spécificités françaises

 

Il reste par ailleurs intéressant de scruter de plus près la répartition géographique de l’indice. S’il est mondial et composé d’entreprises nord-américaines et européennes, la grande majorité d’entre elles (26 sur 44) est issue des pays scandinaves. "Les entreprises des pays du Nord de l’Europe opèrent sur des marchés fragmentés et ont des stratégies de consolidation éprouvées. Un certain nombre de champions se sont construits ainsi. De plus, l’information financière y est facilement accessible : tout est public, il est presque plus évident d’y trouver des cibles", explique Alexis Delannoy. À l’inverse, les entreprises françaises ne répondent que peu à l’appel. Seule Eurofins Scientific est coté à la Bourse de Paris au sein de l’indice.

Un résultat qui tient, selon Alexis Delannoy, à la dimension moins profonde du marché boursier de l’Hexagone – en raison de l’absence de fonds de pension français capable d’investir en Bourse sur du long terme, par exemple - et au spectre d’analyse de cette recherche, qui ne s’intéresse donc qu’aux entreprises cotées. "La France n’est pas moins attractive ou moins financée, le facteur différenciant tient davantage à la rareté des entreprises qui s’introduisent en Bourse. Celles qui se développent pour l’heure par acquisition (et elles sont nombreuses) n’ont pas nécessairement vocation à s’installer sur les marchés publics, elles sont plutôt accompagnées par des fonds de private equity mid et large cap, ou détenues par des actionnaires familiaux. Le financement de ces opérations n’est pas ce qui bloque, les marchés de private equity, de dette privée ou bancaire sont profonds", observe Alexis Delannoy.

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