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2026, l’Europe en embuscade sur les marchés actions / Fidelity croit à une dernière jambe de hausse avant le rééquilibrage
Sommes-nous en 1998 ou en 1999 ? La manière d’aborder les actions en 2026 dépend largement de la réponse à cette question. En 1998, la Fed avait assoupli sa politique de manière préventive, convaincue que la croissance allait s’essouffler. Elle avait en réalité ravivé le cycle, prolongeant la bulle technologique jusqu’à l’année suivante. C’est cette zone grise, où l’assouplissement monétaire peut encore nourrir la hausse avant le retournement, que l’étude "L’ère de l’alpha" de Fidelity invite à regarder de près. "La Fed a changé son biais et a commencé à baisser les taux… et le marché américain s’est mis à réaccélérer", a rappelé jeudi devant la presse Bertrand Puiffe, gérant de portefeuille et porte-parole de la gestion de Fidelity.
Dans ce type de configuration, l’histoire montre que les actions peuvent encore progresser tant que l’économie ne bascule pas en récession. Si ce scénario se rejoue aujourd’hui, la surévaluation relative n’interdit pas une dernière jambe de hausse. Le sentiment de marché va dans ce sens : les indicateurs d’euphorie ne renvoient à rien de comparable avec l’exubérance de la fin des années 1990, mais les signaux de tension se multiplient. "On voit que les investisseurs se couvrent, mais on est loin d’une zone de panique.", observe le gérant. La volatilité implicite, les flux d’options et les positionnements tactiques décrivent un marché en altitude, conscient de sa vulnérabilité sans être encore gagné par l’hystérie.
Une dynamique américaine puissante mais sous tension
Cette fragilité se trouve d’abord dans les valorisations américaines. Elles flirtent avec des zones devenues sensibles, même si la dynamique fondamentale en atténue les excès. Dans son étude, Fidelity souligne une progression remarquable de la productivité et des marges depuis la pandémie, phénomène rarement observé si tard dans un cycle. La technologie en est un moteur, mais un moteur à deux vitesses. La première, spectaculaire, réunit les acteurs de l’IA et les fournisseurs d’infrastructures. La seconde rassemble des segments moins visibles, positionnés pour bénéficier du déploiement massif de l’intelligence artificielle dans la vieille économie. "Il y a toute une autre partie du marché qui est en retard… et ce sont ces sociétés qui vont bénéficier de l’IA", anticipe Bertrand Puiffe.
Pour autant, l’équilibre reste instable. La concentration du marché américain atteint des niveaux inédits. Les dix plus grosses sociétés représentent autour de 40 % de la capitalisation totale. "Il n’y a jamais eu dans l’histoire une concentration aussi importante des indices américains", insiste Bertrand Puiffe. Une déception ponctuelle d’un acteur systémique comme NVIDIA aurait des répercussions mécaniques sur l’ensemble de l’indice. Le parallèle historique avec Cisco - dont le point haut de 1999 n’a été retrouvé qu’après quatorze années - rappelle que l’alignement entre valorisation et profits peut se dérober durablement.
Le cas d’OpenAI illustre cette hypertrophie. Aujourd’hui, OpenAI fait 12 milliards de chiffre d’affaires et affiche des engagements d’investissement sur les dix prochaines années de 1,5 trillion. "Cela paraît complètement surréaliste", relève Bertrand Puiffe. Le recours envisagé à une garantie fédérale souligne l’ampleur du levier engagé pour soutenir l’écosystème. De plus, le système est fortement circulaire, avec Microsoft, OpenAI et NVIDIA s’achetant et se finançant mutuellement. Mais le gérant note aussi une différence majeure avec l’an 2000 : "Ces grandes sociétés magnifiques (…) génèrent déjà pas mal de cash et réinvestissent ce cash." Le risque de solvabilité généralisée apparaît donc moindre, même si la déception sur la croissance des profits peut être violente : si les 60 % anticipés se transforment en 40 %, la révision des multiples sera brutale.
Stimulus allemand et réarmement
L’exposition structurelle des marchés américains renforce encore l’ampleur potentielle des mouvements. La concentration extrême des indices se double d’une concentration de l’actionnariat : près de 40 % de la capitalisation américaine est détenue par les ménages, mais au sein d’un décile de revenus très réduit. Cette configuration limite le risque de ventes paniques, tout en accentuant la dépendance du cycle économique à la richesse boursière.
Face à ce bloc américain cher, concentré et financiarisé, Fidelity plaide d’abord pour la diversification géographique. C’est précisément cette hypertrophie américaine qui, selon Fidelity, redonne une place centrale à l’Europe dans une allocation 2026. Bertrand Puiffe insiste sur un point : la mise en œuvre du stimulus allemand n’a, pour l’instant, pratiquement produit aucun effet économique. Les procédures d’appels d’offres ont retardé l’exécution budgétaire, ce décalage créant un effet d’amortisseur pour l’année à venir. "Les premiers ordres devraient arriver au début de l’année prochaine", explique-t-il, ce qui signifie que "les sociétés n’ont pas encore bénéficié de ce booster" mais qu’il commencera à se matérialiser pleinement en 2026. À ce moteur s’ajoute un levier plus structurel encore : la montée en puissance des budgets de défense européens, Berlin comme plusieurs capitales s’engageant sur un passage progressif de 2 à 3 % du PIB, voire davantage. Bertrand Puiffe y voit "un élément de soutien structurel" pour les industriels du continent, qu’ils opèrent dans l’aéronautique, l’ingénierie, la cybersécurité ou la base industrielle de défense. L’Europe bénéficie ainsi d’un alignement rare : des valorisations attractives, des marges encore loin de leurs sommets, un cycle bénéficiaire moins avancé que celui des États-Unis, et deux moteurs de demande - stimulus allemand et réarmement - dont les effets restent devant nous.
Financières et utilities en premières lignes pour 2026
Fidelity assume aussi des choix sectoriels. "Nous sommes sous-pondérés sur la technologie", insiste Bertrand Puiffe. "Au sein de la technologie, il y a les segments très chers et ceux plus abordables. Et les segments moins chers peuvent, eux aussi, profiter indirectement de l’élan créé par l’intelligence artificielle."
Le cœur de l’allocation repose sur les financières, les utilities et les valeurs de dividendes. "On est surpondérés sur les financières", rappelle le gérant, notant que le retour de courbes de taux pentifiées redonne enfin de l’oxygène aux banques après une décennie "catastrophique" de taux zéro. Les banques et assureurs distribuent des dividendes supérieurs à 5 %, redevenus compétitifs dans un monde où le coût du capital a durablement remonté.
Dans cet environnement, la promesse de l’IA ne disparaît pas, elle change de visage. Les "pelles et pioches" de la première vague ont sans doute déjà largement intégré leurs profits futurs dans les cours. L’enjeu pour 2026 est plutôt de capter les gains de productivité qui irrigueront progressivement la vieille économie, des industriels aux services en passant par les utilities. C’est précisément dans cet interstice entre bulle et mégacycle que se joue, selon Fidelity, l’ "ère de l’alpha".
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