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Comment Orange cimente ses capacités à faire passer les innovations à l’échelle / Une stratégie technologique qui s'articule à une logique d’anticipation, d’écosystème et de progrès
L’ordre de grandeur est éloquent. En Europe, en Afrique et au Moyen-Orient, du côté des consommateurs particuliers et des entreprises, la présence d’Orange lui permet de toucher une clientèle équivalente à une personne sur 25 dans le monde. Une force de frappe offrant à l’opérateur télécoms de quoi s’apparenter à un véritable diffuseur de technologies et d’innovations numériques, bien articulées aux besoins de ceux qui les utilisent. Tout en permettant à ces dernières d’être véritablement passées à l’échelle, à l’aide d’une stratégie en la matière définie. "Dans un monde qui évolue aussi rapidement, le challenge pour nous n’est pas d’avoir la dernière technologie et de savoir l’utiliser. Avec l’intelligence artificielle, n’importe qui peut désormais créer une application. Les vrais sujets sont finalement ceux de l’anticipation et de créer le meilleur des écosystèmes, puisque nous sommes un acteur du "scale", entre notre recherche en interne, les partenariats avec le monde académique et les leaders technologiques", explique Bruno Zerbib, chief technology and innovation officer (CTIO) du groupe, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.
Des sujets de prédilection que le groupe n’hésite pas à illustrer et à traduire de manière concrète. Du côté de l’anticipation tout d’abord, comme en a par exemple témoigné le lancement par Orange Business il y a quelques mois d’un service commercial de réseau sécurisé quantique au travers d'une collaboration avec Toshiba, ou de plusieurs autres innovations ayant été présentées lors de son salon Orange OpenTech au mois de novembre, à l’instar de solutions d’IA au service de la détection proactive de menaces, parmi bien d’autres. Un évènement dédié, justement, à réunir l’écosystème d’innovation du groupe - collaborateurs, partenaires industriels, start-ups, clients -, qui fut aussi l’occasion de dévoiler un partenariat avec Skylo, un opérateur de réseau non-terrestre, afin de lancer une offre de SMS satellites.
Pour renforcer cet écosystème, l’opérateur télécoms révélait aussi quelques jours auparavant une nouvelle alliance stratégique avec l’École Polytechnique, incluant la création d’une chaire académique de recherche dédiée à la cybersécurité et l’IA. Un partenariat académique venant s’ajouter aux nombreux autres qu’Orange déploie aussi avec des acteurs de la Tech, comme Mistral AI, ou encore Meta et OpenAI pour intégrer les langues régionales africaines dans les modèles open source.
Des chiffres parlants
IA, transformation des réseaux, cybersécurité, développement des produits, association avec les géants et les pépites de la Tech, engagements à soutenir les start-ups françaises, recherche et développement en interne… il faut dire qu’en matière d’innovation, le groupe est effectivement sur tous les fronts. Ce qui ne l’empêche pas d’être prolifique : plus 11 000 brevets en portfolio (ce qui fait d'Orange le premier opérateur en dépôts de brevets en Europe avec 200 nouvelles inventions chaque année), 700 chercheurs, 90 partenariats académiques, 8 chaires de recherche actives, 8 000 salariés chez Orange Innovation (sans être les seuls à y innover), ainsi que 612 millions d’euros investis en recherche et innovation en 2024.
Le tout se liant à un impact business concret : "Notre recherche est complètement intégrée au processus de développement des produits", rappelle Bruno Zerbib. "Nous nous réservons le droit de développer des cas qui n’aboutissent pas nécessairement, c’est finalement le propre de la recherche. Mais dans le même temps, nos chercheurs ont l’obsession de travailler sur des cas d’usage émergents, qui pourront se transformer en produit un an plus tard. C’est notamment le cas de notre partenariat avec Toshiba, par exemple. Nous avons le track record d’une recherche qui contribue à la création de valeur", explique le CTIO du groupe, qui a lui-même passé 25 ans à évoluer aux États-Unis et notamment dans la Silicon Valley.
Cette stratégie de recherche et d’innovation, le groupe entend la structurer autour de différents piliers : celle d’être encadrée par une vision de progrès, tout d’abord. Puis de permettre aux collaborateurs du groupe de transitionner vers des tâches à plus forte ajoutée et de faire en sorte que la technologie permette à la science d’aller plus loin. "Alors que la confiance dans le numérique est mise à l’épreuve, du fait des attaques de cybersécurité par exemple, il est nécessaire d’être un acteur capable de répondre à ces défis. Derrière, il y a évidemment la notion de souveraineté européenne et française, ainsi qu’en Afrique, puisque nous opérons dans 26 pays – qu’il s’agisse de services de gestion de la donnée ou, de plus en plus, avec l’intelligence artificielle", ajoute Bruno Zerbib.
Rester précis
Sur ce sujet, le groupe s’est gardé d’investir massivement dans des processeurs graphiques (les GPU, qui servent à faire tourner les grands modèles de langage notamment) par avance, dont la dépréciation reste rapide, avant que des utilisateurs réels n’arrivent. "Nous avons décidé d’investir sur notre expertise, de créer des outils en interne pour former nos collaborateurs à de hauts niveaux d’expertise, notamment chez Orange Business. Nous avons aussi travaillé sur la notion de souveraineté. Cela dépend finalement des clients, qu’elle soit adaptée aux cas d’usage", indique Bruno Zerbib. Par exemple, les GPU restent de fait majoritairement américains.
En revanche, sur les grands modèles de langage, les discussions sont plus graduées : des architectures de référence ont été créées par le groupe en fonction des besoins. Une manière de proposer des modèles de pointe, adaptés aux spécificités d’un client lorsqu’ils sont open source, ou bien en provenance des Français Mistral AI et LightOn lorsque les activités sont particulièrement sensibles, pour une entreprise du secteur de la défense par exemple. L’idée reste avant tout d’être proche des écosystèmes locaux et de répondre aux attentes et besoins sur place. Pour ses activités dans la zone Afrique et Moyen-Orient, Orange a par exemple récemment rencontré la pépite chinoise du secteur, Deepseek.
L'entreprise s’attelle aussi à relever le prochain défi de l’IA qui s’annonce colossal, celui des agents d’IA, dont des prises de décision erronées pourraient créer des effets boule de neige d’erreurs – et entraînant des risques de cybersécurité ou industriels. Cela passera notamment par le développement d’une place de marché d’agents IA souverains par Orange Business qui permettra de proposer aux entreprises ceux dont le comportement éviterait ce type d’erreur. Sur la question du cloud également, l’opérateur a pris les devants avec son offre Cloud Avenue SecNum, par exemple. "Nous avons nos data centers historiques, mais au fur et à mesure que la demande d’IA évoluera, se posera la question du scaling des infrastructures physiques. Il faudra qu’elle puisse être adressée localement et que nous soyons prêts à y répondre", souligne Bruno Zerbib, rappelant aussi l’implication du groupe dans les différentes initiatives européennes visant à gagner en souveraineté sur le sujet. Dernier exemple en date : l’association, lors du Sommet franco-allemand sur la souveraineté numérique, d’Orange avec d’autres grands groupes français et européens, au sein de la European Sovereign Tech Industry Alliance, qui s’engagera à défendre le sujet, aux côtés de plusieurs autres enjeux de services numériques et de technologies, sur la scène européenne.
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