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Kurma, la fabrique française des biotechs de demain / ImCheck, une vente à 1 milliard fruit du capital patient
La fin de la semaine dernière a marqué un beau signal pour l’écosystème français de la biotech avec l’annonce du rachat d’ImCheck Therapeutics par Ipsen, une opération qui renforcera nettement le portefeuille d’oncologie du laboratoire. C’est aussi la confirmation d’un modèle d’investisseur-entrepreneur que Kurma Partners affine depuis quinze ans, fondé sur la transformation de la recherche académique en entreprises capables de développer leurs propres candidats-médicaments.
"La particularité de Kurma, c’est qu’environ la moitié des sociétés que nous finançons sont des entreprises que nous avons contribué à créer. Et ça, c’est assez unique en Europe. ImCheck est d’ailleurs très emblématique de cette stratégie d’investissement", souligne à WanSquare Rémi Droller, managing partner de Kurma Partners.
Un success story biotech née à Marseille
Le projet est né en 2014, dans le cadre des échanges du fonds avec Daniel Olive, chercheur à l’Institut Paoli-Calmettes de Marseille et spécialiste de l’immuno-oncologie, cette nouvelle génération de traitements visant à activer le système immunitaire pour éliminer les cellules cancéreuses. "Notre premier investissement a suivi en juillet 2015", se souvient l’associé. L’histoire illustre la méthode Kurma : relier directement la recherche et le capital en structurant, dès l’origine, une entreprise autour d’une découverte différenciante.
"Dans le passé, Daniel Olive avait valorisé ses travaux au travers de partenariats avec l’industrie pharmaceutique, mais il y trouvait une forme de frustration : il perdait la main sur sa science et se retrouvait spectateur du développement", raconte Rémi Droller. "Lorsqu’il a découvert ses travaux sur les cellules Gamma-Delta et leur activation, il a souhaité une approche plus collaborative. Ensemble, nous avons donc décidé de créer une biotech : c’est la naissance d’ImCheck."
Dix ans plus tard, la jeune pousse est devenue un acteur reconnu à l’international. "ImCheck est aujourd’hui une société d’environ 45 personnes, qui a atteint un niveau d’excellence scientifique reconnu à l’international. C’est le projet le plus avancé au monde dans l’activation des cellules Gamma-Delta", rappelle le managing partner. Son produit phare, ICT01, a obtenu en juillet 2025 la désignation de médicament orphelin des deux côtés de l’Atlantique et s’apprête à entrer dans un essai clinique de grande ampleur visant à confirmer son efficacité dans la leucémie myéloïde aiguë. La transaction avec Ipsen prévoit un paiement initial de 350 millions d’euros, assorti de compléments conditionnels pouvant porter le total jusqu’à 1 milliard, pour une finalisation attendue d’ici la fin du premier trimestre 2026.
Ipsen prend la suite pour mener les dernières étapes cliniques
Pour Ipsen, l’acquisition s’inscrit dans la refonte de son portefeuille en oncologie. "Ipsen a montré un intérêt très précoce pour la science d’ImCheck. Leur portefeuille oncologique s’était bâti sur des produits plus anciens, centrés sur les tumeurs hormonales, et ils ont amorcé leur virage vers l’immuno-oncologie récemment. Avec ImCheck, ils acquièrent non seulement un actif, mais aussi une expertise – celle d’une cinquantaine de personnes de classe internationale – et un accès direct à la science de Daniel Olive", observe l’associé. Le groupe met ainsi la main sur une technologie différenciante et sur les équipes capables de conduire les prochaines étapes cliniques, jusqu’à la commercialisation.
Côté Kurma, la décision de céder repose sur une logique industrielle. "Nous n’avons jamais de plan de sortie arrêté. Notre métier consiste à construire des sociétés solides ; lorsque l’une d’elles suscite l’intérêt d’un grand laboratoire, nous examinons les deux scénarios : poursuivre seuls en levant de nouveaux fonds, ou céder si l’offre permet de franchir un cap que nous ne pourrions pas atteindre seuls", explique Rémi Droller.
Le passage à une phase d’essais cliniques avancée a joué un rôle clé. "L’étude qui s’ouvre maintenant est une étape d’enregistrement, qui demande des moyens considérables : des relations étroites avec les agences réglementaires, la préparation du market access et de la commercialisation. Nous avons considéré qu’Ipsen serait plus à même de mener cette étape que nous, sauf à transformer radicalement l’entreprise." Et d’ajouter : "Ipsen a été malin. Ils ont proposé un accord qui permet aux actionnaires de réaliser un très beau retour immédiat, tout en conservant, via des paiements différés, la possibilité d’un gain supplémentaire si le potentiel du produit se confirme dans l’étude à venir."
Un track record qui assoit la crédibilité du modèle Kurma
Sur le plan financier, ImCheck a bénéficié d’une architecture capitalistique structurée dans la durée. "ImCheck était financée à la fois par Kurma BioFund 2 et par le fonds Kurma Growth Opportunities, qui accompagne les sociétés issues de nos fonds early stage dans leurs phases de transformation et de croissance", précise l’associé. Eurazeo, maison mère de Kurma, a d’ailleurs participé à chaque tour via plusieurs millésimes de FCPI, jusqu’à la série C de 2022. La mécanique a déjà fait ses preuves : Corlieve Therapeutics cédée à UniQure en 2021, Emergence Therapeutics vendue à Eli Lilly en 2023, Stilla Technologies reprise par Bio-Rad et Amolyt Pharma rachetée par AstraZeneca en 2025.
"Si ImCheck peut rendre Ipsen plus fort et, au passage, renforcer la place française, nous y voyons un retour non financier de grande valeur", observe encore Rémi Droller.
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