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Sanofi séduit le marché et renoue avec la confiance / Dupixent bat des records mais la R&D reste attendue au tournant

Sanofi dépasse les attentes au troisième trimestre, dopé par la progression continue de Dupixent et la montée en puissance de ses nouveaux traitements. Mais la dépendance à son médicament vedette maintient la pression sur la R&D.
Paul Hudson, le directeur général de Sanofi (Photo by MIGUEL MEDINA / AFP)
Paul Hudson, le directeur général de Sanofi (Photo by MIGUEL MEDINA / AFP)

Le troisième trimestre de Sanofi a dépassé les attentes. Le chiffre d’affaires a atteint 12,4 milliards d’euros, en hausse de 7 % à taux constants (+2,3 % publié), et le résultat opérationnel courant s’est établi à 4,4 milliards d’euros, soit une progression de 8,5 %, environ 7 % au-dessus du consensus. Le BNPA “business” ressort à 2,91 euros, en hausse de 13 %. "Ces solides résultats illustrent notre capacité à générer de la croissance malgré les vents contraires", a fait valoir François Roger, le directeur financier de Sanofi, lors de la présentation des résultats aux analystes.

Porté par ce solide troisième trimestre, accueilli positivement par les investisseurs - l’action Sanofi a gagné 2,5 % à 88,8 euros vendredi, troisième plus forte hausse du CAC 40 -, le titre a retrouvé ses plus hauts niveaux depuis mai dernier, signe d’un regain de confiance après une séquence hésitante, marquée par des nouvelles mitigées sur le front clinique. Le groupe a confirmé ses objectifs d’une croissance du chiffre d’affaires à un chiffre élevé et d’une hausse à deux chiffres du BNPA à taux constants. Selon François Roger, le quatrième trimestre s’annonce comme le plus dynamique de l’exercice, avec un pic attendu sur les ventes, le résultat opérationnel courant et le bénéfice par action.

 

Le moteur Dupixent tourne à plein régime

 

La locomotive s’appelle toujours Dupixent. "Le médicament franchit un nouveau cap ce trimestre, dépassant pour la première fois les 4 milliards d’euros de ventes trimestrielles", a souligné de son côté Paul Hudson, le directeur général du groupe. Le traitement vedette contre l’asthme et l’eczéma, désormais indiqué dans la BPCO, l’urticaire chronique spontanée ou la pemphigoïde bulleuse (une maladie auto-immune rare de la peau, principalement observée chez les personnes âgées) représente 33 % du chiffre d’affaires total et progresse encore de 26 %. Selon le cabinet de recherche indépendant AlphaValue, il pourrait atteindre jusqu’à 20 milliards d’euros de ventes annuelles à son pic avant l’expiration des brevets au début des années 2030.

Du côté des vaccins, métier historique et qui reste une source de revenus essentielle pour Sanofi, l’activité a reculé de 7,8 % au troisième trimestre, mais elle a fait mieux qu’attendu. Les vaccins grippe et Covid ont souffert d’un effet de prix en Allemagne et d’un démarrage plus lent aux États-Unis, tandis que la gamme polio-coqueluche-Hib a été pénalisée par des déphasages de livraisons. En revanche, Beyfortus, destiné à la prévention du virus respiratoire syncytial (RSV) chez les nourrissons, a progressé de 20 % et est désormais commercialisé dans 40 pays.

 

Les nouveaux produits accélèrent

 

Point important, les nouveaux produits accélèrent nettement. Les dix médicaments lancés ces dernières années ont enregistré une croissance de 57 % sur le trimestre. Altuviiio, traitement de l’hémophilie, bondit de 81 % et pourrait devenir un blockbuster dès cette année. Avyakit, issu du rachat de Blueprint Medicines, a généré 137 millions d’euros de ventes, et Wayrilz, approuvé en août dans l’immunologie, pourrait lui aussi rapporter plusieurs milliards. Autrement dit, la croissance se nourrit désormais autant de Dupixent que de cette nouvelle génération de traitements, tandis que les vaccins maintiennent un socle de performance prévisible.

Or, le succès de Dupixent rend d’autant plus pressante la question de son relais dans le portefeuille du groupe. Amlitelimab, candidat successeur potentiel dans la dermatite atopique - une forme sévère d’eczéma -, a bien atteint ses critères principaux en phase III, mais sans montrer d’efficacité supérieure à celle de Dupixent. Le portefeuille de recherche a par ailleurs été ajusté à la marge, avec l’arrêt du programme de vaccin contre le virus respiratoire syncytial (RSV) chez les tout-petits et des résultats mitigés pour un anti-TNF oral destiné à traiter la polyarthrite rhumatoïde, une maladie inflammatoire chronique des articulations, dont l’essai a été perturbé par un taux inhabituellement élevé de réponse placebo. Des revers qui jettent un doute sur la pertinence de l’effort accru de R&D décidé fin 2023.

 

Tolebrutinib, prochain test de crédibilité pour la R&D

 

Le marché a désormais les yeux tournés vers les prochaines échéances cliniques, à commencer par un rendez-vous majeur en neurologie. Tolebrutinib, traitement expérimental de la sclérose en plaques qui agit en bloquant une enzyme clé dans l’inflammation du système nerveux central, est considéré comme l’un des projets les plus prometteurs du portefeuille. "Dans les neurosciences, tolebrutinib est actuellement en revue pour la sclérose en plaques secondairement progressive, avec une date PDUFA fixée au 28 décembre, et en phase III pour la forme primaire progressive, dont la lecture est attendue avant la fin de l’année", a indiqué vendredi Hooman Ashrafian, responsable mondial de la R&D du groupe.

L’issue de cette prochaine étape pourrait aider Sanofi à réduire sa décote de valorisation par rapport à ses pairs, en restaurant la confiance du marché dans le potentiel de son pipeline et dans sa capacité à prolonger, au-delà de Dupixent, la dynamique de sa croissance organique.

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